lundi 17 juin 2013

Le Fils unique


Douze ans après avoir laissé son fils Ryosuke partir à Tokyo pour entrer au collège, sa mère, madame Tsuno Nonomyia (Chôko Iida) quitte son petit village pour lui rendre enfin visite. Elle avait accepté qu’il parte s’instruire plutôt qu’il commence à travailler comme elle à l’usine ou aux champs. Veuve, cette mère travaille dans une usine de vers à soie. Le boulot est difficile, elle défait les fils des cocons dans la chaleur avec les roues bruyantes qui filent sans discontinuer derrière elle. Le Fils unique commence sur la métaphore du cocon : la mère doit-elle laisser son fils s’épanouir ou au contraire le garder avec elle pour avoir une vie décente. Sur les conseils d’un voisin qui tente sa chance à Tokyo, elle le laisse partir.

Arrivée à la Tokyo, Tsuno s’émerveille de la taille de la ville. Dans le taxi, Rysouke (Shinichi Himori), tout sourire, lui présente Tokyo, ses ponts, ses immeubles si différents du village. Le trajet est un peu long puisqu’il habite dans une lointaine banlieue où il n’y a même pas de train (rare film d’Ozu sans train). Tsuno apprend que son fils est marié et qu’il a un fils. Elle qui allait voit son fils pour l’inciter à trouver une épouse, c’est une surprise de poids pour elle. Chaque jour, il va emmener sa mère visiter un peu de Tokyo, voir un film allemand où elle s’endormira ou manger des plats dignes d’une invitée. On ne dérode pas au protocole. Les sourires fusent, les discussions sont courtoises, la famille est réunie.

Derrière les sourires de façade, Ryosuke doit trouver de l’argent. Contrairement à son souhait, il n’a pas réussi à Tokyo. Il donne des cours du soir à des étudiants mais va quémander un peu d’argent à ses collègues, pas toujours heureux de devoir l’aider. Son épouse va chercher des aliments chez son père restaurateur. Bientôt, la visite de la mère va se transformer en véritable parcours du combattant pour Ryosuke. L’argent, sujet unique du film, venant à manquer, les règles de la bienséance, telles qu’elles avaient court alors, vont éclater. Le sourire du fils va disparaitre de son visage mais le plus difficile pour lui sera de reconnaitre qu’il n’a pas réussi et de le dire à sa mère.

Premier film parlant de Yasujiro Ozu, Le Fils unique est d’une grande tristesse. Ses personnages apparaissent tous défaits par la société. Le fils est pauvre et sa fierté de père s’en trouve détruite. La visite chez l’ancien voisin parti à Tokyo montre un homme qui a abandonné tout goût pour la vie, obligé de vendre des côtelettes pour subvenir aux besoins de sa famille. Quant à la mère, elle avoue avoir vendu sa maison pour permettre à son fils de faire des études. La longue séquence finale où Ryosuke retrouve sa fierté, après avoir aidé sa voisine encore plus dans le besoin que lui, semble une pure convenance scénaristique pour garantir l’adhésion du personnage du fils auprès du public. Ozu veut terminer son film sur une note positive qui, paradoxalement, contredit la force de l'ensemble.

Le Fils unique (一人息子, Japon, 1936) Un film de Yasujiro Ozu avec Chôko Iida, Shinichi Himori, Masao Hayama, Yoshiko Tsubouchi, Mitsuko Yoshikawa, Chishū Ryū, Tomoko Naniwa.

vendredi 14 juin 2013

Gosses de Tokyo


Les deux jeunes héros de Gosses de Tokyo aiment beaucoup l’école. Ils aiment y aller, ils aiment en revenir, c’est entre les deux qu’ils aiment moins, disent-ils sérieusement à leurs parents amusés. Le père vient d’emménager dans un pavillon de banlieue et habite désormais dans le même quartier que son patron. La mère prépare aux deux frères leur bento pour le repas du midi. Direction l’école mais ils rechignent quand ils font face à une bande de sept écoliers avec lesquels ils s’étaient déjà disputés. Les deux gamins décident de faire l’école buissonnière mais, pour pas se faire gronder par les parents, notent eux-mêmes leur devoir de calligraphie. Le père l’apprend par l’instituteur et leur fait la morale : pour être important, il faut aller à l’école.

Etre important est donc le sens de la vie dans ce Japon de 1932. Les règles sont les mêmes pour les écoliers comme pour les employés. Yasujiro Ozu compare le travail à l’école et le boulot des salarymen. Avec quelques travellings latéraux, il passe d’un lieu à un autre montrant des attitudes similaires et de la lassitude à respecter ces règles intangibles apprises depuis toujours. Par exemple, tous font de la gym, les enfants obéissent comme des soldats. On découvre que le patron a filmé ses employés en train de faire des exercices mais aussi le père en train de faire des grimaces. Cela navre les deux enfants qui en concluent que leur père n’est pas un homme important : il amuse la galerie mais pas du tout ces deux fils. Cela les chagrine d’autant plus que le fils du patron est l’un de leur camarade de classe et qu’il est dans le gang ennemi.

Le film est clairement divisé en deux parties. La première montre les enfants vivre dans la confrontation avec leurs sept autres camarades : bagarres, menaces, peur, rejet. En dehors de l’école, ils ont leur propre code (un doigt pointé, tu meurs, une paume en avant, tu revis) qui établit la hiérarchie et que les parents ne peuvent pas comprendre. Galvanisé par leur père, les deux frères vont évincer le chef de bande et prendre le pouvoir. Mais déçu par la position sociale de leur père, ils vont décider d’imposer leur règle au foyer et d’affronter leur père, notamment avec une grève de l’obéissance. Cette deuxième partie montre avec mélancolie, mais également beaucoup d’humour, le dur apprentissage des règles sociales. La scène finale de Gosses de Tokyo est tout en tendresse où tous les enfants deviennent amis. Mais on sent que le cinéaste n’est pas dupe de cette entente soudaine et forcée.

Gosses de Tokyo (大人の見る絵本 生れてはみたけれど, Japon, 1932) Un film de Yasujiro Ozu avec Tatsuo Saitō, Tomio Aoki, Hideo Sugawara, Tokkan Kozō, Mitsuko Yoshikawa.

jeudi 13 juin 2013

Sorties à Hong Kong (juin 2013) So young


So young (致我們終將逝去的青春, Chine, 2013)
Un film de Vicki Zhao avec Mark Chao, Han Geng, Yang Zi-shan, Jiang Shu-ying, Tong Liya, Zhang Yao, Bao Beier, Wang Jia-jia, Huang Ming, Zheng Kai, Liu Ya-se. 131 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 13 juin 2013.

mercredi 12 juin 2013

Sorties à Hong Kong (juin 2013) Switch


Switch (天機.富春山居圖, Hong Kong – Chine, 2013)
Un film de Francis Brown avec Andy Lau, Zhang Jing-chu, Tong Da-wei, Lin Chi-ling, Vanessa Wang, Zeng Linshu, Luo Wenbo, Wang Ruizi, Li Wanyi, Cherry Wang, Lin Xiya, Shi Tianqi, Zou Na, Baha Guli, Tan Songyun, Tian Tong. 113 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 12 juin 2013.

mardi 11 juin 2013

Voyage à Tokyo


Tourné en 1953 et sorti en France le 8 février 1978, Voyage à Tokyo est le plus connu des films de Yasujiro Ozu, peut-être tout simplement parce qu’il est le premier à avoir eu une large diffusion. Ce voyage, c’est un couple de personnes âgées qui l’entreprend. Le père (Chishū Ryū) et la mère (Chieko Higashiyama) préparent minutieusement leur bagage pour partir à Tokyo rendre visite à leurs enfants. Le voyage sera long, ils arrivent dans la capitale fatigués d’autant que le fils Koichi (Sō Yamamura), allé les chercher à la gare, habite en banlieue. Tout cela, ce sont les dialogues qui l’apprennent, une ellipse est faite sur le voyage et la fatigue. Les deux parents sont âgés, se déplacent lentement, les cheveux sont gris mais ils sont heureux de faire ce voyage.

L’accueil est courtois mais peu enthousiaste. C’est d’abord chez Koichi que les deux parents se rendent. Il est médecin et doit annuler la sortie à la campagne prévue au grand dam de ses deux fils. La mère ira avec le plus jeune se promener à côté tandis que le plus grand ira bouder. Il est d’autant moins content que ses grands parents doivent dormir dans sa chambre. Les petits-enfants ne sont pas aussi polis que les enfants. Ils disent ce qu’ils pensent. Ils vont vite quitter le récit et laisser les deux générations se confronter dans l’espace exiguë de leur maison. La courtoisie est également abandonnée par les parents. Le soir, seuls dans leur chambre, ils constatent que le fils n’a pas une aussi belle carrière de médecin qu’ils le croyaient.

La sœur Shige (Haruko Sugimura) n’est guère mieux. Coiffeuse, elle ne veut pas perdre des clients pour s’occuper de ses parents. Comme ni elle ni son frère ne peut et ne veut les emmener visiter Tokyo, elle convainc Noriko (Stesuko Hara), la veuve de guerre et donc sa belle-sœur de faire sortir les parents. Noriko prend sur son travail une journée, mais Shige pense que ce n’est pas grave puisqu’elle n’est qu’employée et qu’elle n’a pas d’enfants. Noriko n’avait pas ses beaux parents depuis plusieurs années, et ils se rendent compte qu’elle possède un plus grand sens filial que leurs propres enfants. Ainsi quand ils décideront de rentrer plus tôt que prévu du séjour au bord de la mer offert par Shige et Koichi, la mère ira dormir chez sa bru plutôt que chez ses enfants tandis que le père ruminera dans l’alcool sa rancœur contre ses enfants.

Ce Voyage à Tokyo devait rapprocher les membres de la famille, il va les diviser inexorablement et atomiser la cellule familiale. Contrairement à ce qu’on peut souvent lire sur le film concernant la simplicité du scénario, de nouveaux personnages se greffent au récit tout au long du film. Kyoko (Kyoko Kagawa) n’est pas immédiatement identifiée comme leur fille et peut d’abord apparaitre comme la bonne des parents. Elle est institutrice. Shiro (Shirô Osaka) est un autre frère qui débarque au milieu du film. Et encore la belle famille, la voisine curieuse, la voisine serviable, chacun apporte non pas un coup de théâtre, un retournement de situation, mais vient préciser la place des deux parents au sein de la famille, vient ajouter une touche au portrait de cette famille typiquement japonaise où les souvenirs, les regrets et les déceptions sont les plus forts.

Cette impression de récit simple vient également du traitement des séquences de Yasujiro Ozu. Dans les affrontements entre les personnages, certains interprètes disent leur dialogue de dos, le cinéaste choisit ainsi les visages, et don les réactions faciales, qu’il souhaite montrer au spectateur. Les moments creux (repas, politesse entre les personnages) sont sur le même ton que les moments de tension (colère rentrée, reproches, décisions). Ce ton monocorde passe pour de la monotonie et parfois crée un certain ennui chez le spectateur. Cette lenteur est typique du cinéma d’Ozu qui prend le temps de raconter un court voyage de personnes âgées à leur rythme. Le montage est pourtant très rapide, les plans sont souvent courts, y compris lors des discussions entre les personnages, accentuant l’idée de peintre impressionniste dessinant par touche la famille.

Voyage à Tokyo (東京物語, Japon, 1953) Un film de Yasujiro Ozu avec Chishū Ryū, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura, Sō Yamamura, Kuniko Miyake, Kyōko Kagawa, Eijirô Tôno, Nobuo Nakamura, Shirô Osaka.

dimanche 9 juin 2013

Casino


Interviewé par la télévision, Giant Wan (Simon Yam) raconte son parcours de parrain des triades de Macao. Il s’adresse directement au spectateur, regard caméra, créant ainsi une proximité et une confiance. La journaliste semble avoir tiré le bon client avec cet homme souriant, bon vivant et joueur impénitent. Avec son pote Liu (Alex Fong Chung-sun), Wan passe son temps dans les tripots à essayer de gagner aux cartes dans les casinos, à défier les arnaqueurs de rue en misant sur la bonne carte et à ne pas croiser la route de l’incorruptible inspecteur To (Kent Cheng) qui sermonne tous ceux qui viendraient mettre le trouble dans sa juridiction. Et de temps en temps, il chante en boîte de nuit la chanson des Il était une fois en Chine, très belle scène. Casino se déroule en 1991, huit ans avant la rétrocession de Macao à la Chine. La différence entre Hong Kong et Macao, ce sont donc ces casinos qui sont autorisés et le portugais qui remplace l’anglais.

Comme dans tout film de triades qui se respecte, les affrontements entre les clans constituent le socle du récit. Ici, en l’occurrence, Lo Ping (Frankie Ng) qui aimerait s’accaparer le marché de Wan. Le film montre les manigances de Lo Ping dans sa lutte du pouvoir, les combats entre clans avec coups brutaux et sang qui gicle (d’où l’une des raisons du classement Catégorie III) et les habituels scories sur les valeurs des membres des triades. Lo Ping est à l’opposé de Wan, c’est un homme très sympathique, charismatique et sain qui ne boit pas d’alcool ni ne fume. L’inspecteur To en viendrait presque à faire son éloge. En tout, dit le film, comparé aux autres parrains, Wan est un héros des temps modernes. C’était la mode de valoriser les triades à l’époque ou, plutôt, de fantasmer sur leur mode de vie. Le film nage régulièrement dans les pires clichés sur le milieu. Qui plus est Casino présente sous un mode volontairement plaisant son duo d’acteurs.

C’est justement le duo Simon Yam/Alex Fong Chung-sun qui mène le récit. Si le premier est aujourd’hui, grâce aux films de Johnnie To, très connu, le deuxième reste encore bien inconnu malgré sa centaine de films où il incarne souvent des seconds rôles. L’intérêt majeur de Casino est dans le rapport entre Wan et Liu que l’on peut qualifier de passionnel. Comme dans bon nombre de films de triades, les deux hommes se considèrent comme deux frères et se sont sans aucun doute connus dès l’enfance. Liu, physiquement plus grand que Wan et à la voix bien plus grave, n’a pas le même caractère : fumeur, irascible et volontiers violent, il représente cependant l’archétype de l’homme de main qui n’hésite à donner du coup de poing pour son patron quand un adversaire les menace ou les arnaque. Leur réussite et leur amitié sont représentées par un jeton de casino, le premier gagné par Liu, à la valeur sentimentale. Symboliquement, les deux hommes sont les deux faces d’une même pièce.

Mais Liu est plus qu’un homme de main, le film laisse transparaitre une relation de couple, quasi amoureuse entre les deux hommes. Au beau milieu du film, on apprend que Wan est marié et sa femme va bientôt accoucher. Mais Wan semble n’en avoir rien à foutre et quand elle va à la maternité, il ne s’intéresse ni à elle ni au bébé. Passée cette scène arrivée comme un cheveu sur la soupe, l’épouse disparait. Rarement deux personnages ne s’intéresseront aussi peu aux femmes que dans Casino. En revanche, Liu tombe subitement malade, du sang coule de son nez, là Wan prend soin de lui, va le voir à l’hôpital, l’aide à se rétablir et passe tout son temps avec lui. Si l’on ajoute à cela des regards langoureux filmés au ralenti entre les deux hommes, des caresses sur le visage de Liu de la part de Wan dans la scène finale, on peut considérer que le vrai couple d’amoureux est bien Wan et Liu. C’était peut-être cela le véritable sujet de l’interview de la journaliste, prétexte à ce double portrait.

Casino (濠江風雲, Hong Kong, 1998) Un film de Billy Tang avec Simon Yam, Alex Fong Chung-sun, Kent Cheng, Kenix Kwok, Frankie Ng, Moses Chan, Michael Lam, Raven Choi, John Ching, Ada Choi, Michael Chan, Ben Ng, Teresa Ha, Tommy Law, Ng Ting-yip.

vendredi 7 juin 2013

Downtown torpedoes


De Zürich à la Hongrie en passant par Hong Kong, les héros de Downtown torpedoes voyagent aux quatre coins du monde tout comme le faisait la troupe de Ethan Hunt dans Mission impossible (celui de Brian De Palma), référence manifeste du film de Teddy Chan. La goutte de sueur, perle d’angoisse, symbole ultime du suspense en cette année 1996, dégouline sur le front de Cash (Jordan Chan) en mission à haut risque avec son comparse Chacal (Takeshi Kaneshiro). Les deux hommes travaillent dans le secret en usant de toutes les technologies possibles, donc à cette époque les débuts des téléphones portables, de l’Internet et du traçage par satellite. Tandis que Cash est derrière un ordi en train de pirater le système d’alarme d’une entreprise, Chacal escalade les murs pour s’emparer de documents : la tête et les jambes, le cerveau et l’action. La scène d’ouverture se veut comme un étalage du savoir-faire des deux personnages principaux et n’a pas d’influence sur le reste du récit.

Leurs exploits ne passent pas inaperçus et ils sont « invités » par Stanley Wong (Alex Fong Chung-sun), chef des services secrets à participer à une nouvelle mission où ils devront récupérer un logiciel qui permet de contrefaire de l’argent (la grande préoccupation du moment). Dans l’entrepôt où Stanley les a obligés à venir, ils rencontrent leurs deux nouveaux camarades de jeu : Sam (Charlie Young) et Titan (Ken Wong), qui a la mauvaise habitude de boire pour se calmer. Après avoir découvert leurs compétences respectives, Cash, en tant que chef de bande, va contacter une de ses vieilles amies, Phénix (Theresa Lee), experte en ordinateur et en piratage de la NASA, qui a la particularité d’être muette. C’est parti pour une aventure avec de nombreux termes techniques, des gros plans sur des fils électriques, cartes mémoires et écrans d’ordinateur où les gadgets sont nombreux (les lunettes caméra).

Downtown torpedoes gomme volontairement ses éléments les plus typiques du cinéma cantonais (les triades, les combats d’arts martiaux, les rapports avec la famille, la loyauté, la ville est presque absente des décors) au profit d’un récit plus axé sur la chasse au trésor (les faux monnayeurs) sans se soucier des effets du réel sur l’action. Comme le faisait De Palma, les héros ne vivent que pour l’action, n’ont pas de vie sociale, ni de famille et encore moins d’appartement. Les personnages vivent en vase clos, et c’est tout juste si le film s’autorise une romance entre Sam et Chacal mais c’est pour mieux accentuer un nouveau retournement de situation. Ainsi, comme dans Mission impossible, les héros sont manipulés, ce qui apparaissait à l’écran s’avérait un simulacre, la mort de Stanley est fausse, Sam n’est pas si claire que cela et Titan plus fiable que prévu. Le film comprend de trop nombreux twists scénaristiques et les dialogues sont parfois un peu longs ce qui rend le film à la fois distrayant mais un peu superficiel.

Downtwon torpedoes (偷諜, Hong Kong, 1997) Un film de Teddy Chan avec Jordan Chan, Takeshi Kaneshiro, Charlie Young, Ken Wong, Theresa Lee, Alex Fong Chung-sun.

mercredi 5 juin 2013

Shokuzai, celles qui voulaient oublier


Les trois épisodes qui composent Shokuzai, celles qui voulaient oublier sont consacrés respectivement à Akiko (Sakuro Ando) et  Yuka (Chizuru Ikewaki). Akiko est l’amie d’Emili qui était allée prévenir Asako (Kyôko Koizumi) de la mort de sa fille. Quinze ans après, elle est internée et raconte sa vie à Asako venue lui rendre visite. Akiko avait taché sa belle robe le jour du drame et depuis elle ne porte que des vêtements ternes. Elle retrouve son grand frère Koji, marié à une femme mère d’une petite fille. Au contact de cette dernière, Akiko s’ouvre à la vie mais elle soupçonne son frère d’être pédophile. Ce chapitre est l’un des meilleurs des cinq, le personnage d’Akiko est un monstre énigmatique, montrant combien la scène primitive de la mort d’Emili a tué toutes les fillettes, au moins au sens figuré

Quant à Yuka, c’est elle qui est allée prévenir la police de l’assassinat d’Emili. Elle vit avec sa mère qui préfère s’occuper de Mayu (Ayumi Itô), sa grande sœur malade, plutôt que d’écouter Yuka et de la consoler du drame. De là nait une jalousie maladive qui va la pousser, quinze ans plus tard, à s’immiscer dans le couple de Mayu et de coucher avec Keita (Tomoharu Hasegawa), son beau frère. La bataille entre les deux sœurs est intense, Yuka lui fait payer le manque d’affection maternel mais cela révèle aussi une passion pour les policiers, Keita exerçant cette profession, passion malsaine proche de la pédophilie à l’envers. Mais le récit va changer quand elle pense reconnaitre la voix de l’assassin d’Emili. Jusqu’alors, elle avait refusé de répondre à Asako, estimant que la promesse faite quinze ans plus tôt ne la concernait plus. Elle se résout à l’appeler.

Ce sont les rapports avec les mères que traite ici Kiyoshi Kurosawa. Celle d’Akiko est très possessive, elle traite sa fille, même quand elle est adulte, comme une gamine, lui indiquant les tenues qu’elle doit porter, décidant tout pour elle. Yuka, quant à elle, a toujours détesté sa mère, monstre d’égoïsme et sans amour. Ce sont aussi les parents d’élèves qui se confrontent avec Maki, l’enseignante du deuxième chapitre, tous versatiles. Mais fondamentalement, c’est Asako qui devient leur mère de substitution. Les quatre enfants de Shokuzai doivent leurs vies d’adultes à cette femme vêtue de noir, impitoyable et fantomatique, qui en quinze ans ne semble pas avoir vieillie. Mais elle est aussi responsable de leurs vies funestes et de leurs dérèglements sociaux.

Logiquement, la troisième partie (et donc cinquième chapitre) de Shokuzai, celles qui voulaient oublier est la plus longue et se consacre à l’aboutissement de l’enquête d’Asako. Je me garderai bien de révéler quoi que ce soit du dénouement du film qui s’avère riche en rebondissements, en secrets intimes et en rancœurs si longtemps gardées. On peut cependant regretter de deviner toujours à l’avance chaque révélation. On peut également trouver dommage que chacun des coups de théâtre soit répétés à plusieurs interlocuteurs qu’Asako a en face d’elle. Cela dit, Shokuzai est totalement hors norme à la fois dans sa narration en chapitres (les quatre enfants ne se rencontrent jamais une fois adultes) et dans son style extrêmement théâtral (les personnages débitent les dialogues les bras ballants) mais encore et toujours indolent.

Shokuzai, celles qui voulaient oublier (贖罪, Japon, 2012) Un film de Kiyoshi Kurosawa avec Kyôko Koizumi, Hazuki Kimura, Yû Aoi, Mirai Moriyama, Eiko Koike, Kenji Mizuhashi, Sakura Andô, Chizuru Ikewaki, Ayumi Itô, Tomoharu Hasegawa, Teruyuki Kagawa.

lundi 3 juin 2013

Gigolo and whore


Jeune chinoise tout juste débarquée de sa campagne à Hong Kong, Hung (Carina Lau) est timide, prude et naïve. Elle veut retrouver sa cousine Kiki (Angile Leung), venue elle aussi des années auparavant pour se faire héberger et elle se rend compte qu'elle est devenue une « animatrice de bar ». Elle met un peu de temps à comprendre ce que ça veut dire d'autant que cela heurte son éducation continentale. Le spectateur a vite compris car ce film s'appelle Gigolo and whore et en l'occurrence, le gigolo est Sam (Simon Yam), l'homme le plus demandé à Hong Kong, comme le dit un homme en début de film. Sam se joint à Kiki dans le bar et c'est là qu'il rencontre Hung et qu'il va la prendre sous son aile.

Hung s'étonne de tout : qu'un verre de vin coûte si cher, qu'on puisse parler de sexe si franchement, qu'on ait pu lui voler ses valises qu'elle avait laissées dehors. Mais aussi découvre les belles technologies du moment, c'est à dire de 1991, le caméscope ou le CD. Elle finit par comprendre que Sam vend son corps pour de l'argent. La scène est d’ailleurs plutôt amusante, comme toute la première moitié du film, puisque Hung, par maladresse, a allumé le caméscope et voit Sam en train de coucher avec une femme. Sam espère que Hung pourra trouver du boulot dans le bar où il bosse mais là encore la terrible maladresse dont elle fait preuve ne lui permet pas de faire simple barmaid. Une idée jaillit alors, Hung, en attendant de trouver un vrai boulot, va faire l’escort girl quelques temps. Hung lui affirme que cela est dangereux, qu’une fois ce boulot commencé, il est difficile d’en sortir.

La transformation de Hung peut commencer : la gentille pucelle va devenir une superbe bimbo. D’abord son look. Sam, en expert de la gent féminine, va lui choisir sa robe, ses chaussures et, bien entendu, son soutien-gorge devant la vendeuse médusée de son habileté à les ouvrir d’un simple contact de son doigt. Puis, direction salon de coiffure et maquillages. Il continue par des exercices de souplesse car ça peut servir. Viennent les cours de cantonais. Ensuite, Sam lui apprend à simuler l’orgasme et à imiter les petits couinements de plaisir. Tout cela est sur le mode de la comédie légère et parodie les enseignements des maitres d’arts martiaux à son disciple. Mais la plus importante recommandation est de ne jamais tomber amoureuse de son client. La référence à Pretty woman est non seulement évidente mais littéralement citée dans les dialogues.

Malgré son titre bien racoleur et son classement en Catégorie III, Gigolo and whore est une comédie romantique bien sage. Peu de scènes érotiques pour égayer les yeux. Comme on s’en doute un peu, Sam va tomber amoureux de Hung, et réciproquement. Tout cela va se compliquer avec une mission que Hung accepte. Elle est engagée pour distraire Dickson Lee (Alex Fong Shung-sun), jeune millionnaire éploré depuis que sa femme est décédée. Elle va se prendre d’affection pour Dickson qui tombe amoureux d’elle. Le film fait semblant de se demander qui elle va choisir entre le gigolo et le millionnaire. Ce sont essentiellement les trois acteurs principaux, Simon Yam, Carina Lau et Alex Fong Chung-sun, sans oublier Angile Leung en pimbêche rigolote, qui font passer cette comédie romantique plus sucrée qu’acidulée.

Gigolo and whore (雞鴨戀, Hong Kong, 1991) Un film de Terry Tong avec Simon Yam, Carina Lau, Alex Fong Chung-sun, Angile Leung, Yiu Chi-wan.

samedi 1 juin 2013

Iron angels


Quand des vilains japonais tuent les membres les plus performants d’Interpol, qui appelle-t-on ? Les Iron Angels, une bande de mercenaires qui, tels l’Agence tous risques, vont aller faire la guerre à ces horribles trafiquants de cocaïne qui inonde toute l’Asie. Dans cette association de justiciers dirigée par le milliardaire John Keung (David Chaing) est composée de Moon (Moon Lee), gentille secrétaire dévouée, d’Elaine (Elaine Lui) bimbo amoureuse de tous les hommes et de Saijo (Saijo Hideki), professeur de karaté qui va venir du Japon. Pour donner un aspect légal à cette mission de l’Association des Anges, Interpol envoie un policier américain, Fong (Alex Fong Chung-sun), qui aura bien du mal à se faire accepter par l’équipe, mais au début seulement, car ensuite son expertise sera reconnue.

Face aux anges, l’ennemi est des plus retors. Cet ennemi est une femme, Yeung (Oshima Yukari) dirige l’entreprise Dai Nippon d’une main de fer. Elle n’hésite pas à abattre son patron d’une balle dans la tête, à trancher la main d’un collaborateur qui est en désaccord avec elle et, comme dit plus haut, à assassiner les policiers qui peuvent mettre à mal son odieux trafic de drogues. Le sadisme de Yeung sera de chaque scène, l’actrice l’accentue par un regard très dur et une tenue noire et stricte. Dans une cave, elle fait fouetter jusqu’au sang des policiers tenus en otage pendant qu’elle prend une collation. Son prochain méfait sera de voler un grand stock d’or. Pour avoir des renseignements, Fong se fera faire capturer par Yeung et, sous la torture de cette méchante femme, parviendra à lui faire dire ce qu’il va se passer.

Iron angels (qui aura deux suites) accuse le coup d’une production chaotique avec pas moins de quatre réalisateurs au générique. Le récit est particulièrement incohérent dans son montage, chaque séquence semble collée à la suivante de manière hasardeuse. Les indices donnés aux « gentils » sont trop évidents et absurdes pour être crédibles. Les décors sont d’une grande pauvreté (c’est quoi cette cave qui sert de repère à Yeung ?). L’humour est balourd et consiste surtout à faire d’Elaine une nymphomane. Seule la scène finale de combat vaut le détour où les trois femmes se battent avec une violence inouïe. D’ailleurs, la violence est si omniprésente dans tout le film (ces gunfights qui n’en finissent pas avec 15 hommes armés de mitraillette qui abattent quatre pauvres flics pendant cinq minutes – j’exagère à peine) que tout parait franchement ridicule.

Iron angels (天使行動, Hong Kong, 1987) Un film de Teresa Woo, Tony Leung Siu-hung, Ivan Lai et Raymond Leung avec David Chiang, Saijo Hideki, Moon Lee, Elaine Lui, Oshima Yukari, Alex Fong Chung-sun, Hwang Jang-lee, Peter Yang.