lundi 16 juin 2014

Mes voisins les Yamada


La grand-mère Shige, sa fille la mère Matsuko, le père Takashi, le fils aîné Noburo et la fillette Nonoko. La famille Yamada est composée de trois générations qui habitent dans une maison en banlieue, sans oublier le chien qui vit dans sa niche dans le jardin. Mes voisins les Yamada montre leur vie quotidienne sous la forme d’une chronique, dans une suite de petits sketches à durée variable, de quelques secondes à environ un quart d’heure.

Ce qui frappe d’abord, c’est le dessin inhabituel pour un animé japonais. Les décors sont constitués de quelques traits, tout comme les meubles de la maison, quelques taches de gouache colorent le fond blanc. Les dessins sont griffonnés, esquissés, proches de la caricature, dans le sens le plus simple du terme. Tout est croqué par un caricaturiste qui serait donc le voisin de cette famille.

Les personnages eux-mêmes sont filmés très simplement. Visages ronds, grandes bouches, yeux expressifs. Le père et le fils portent des lunettes, la maman est plutôt rondouillarde, la grand-mère un visage plus sec et des cheveux gros. Le tempérament des personnages tient lieu de fil conducteur et les rapports entre eux sont vus comme des variations du récit, avec un point d’orgue quand ils sont tous ensemble.

C’est la grand-mère qui ouvre le film, vieille dame qui n’aime rien tant que faire des reproches aux autres, se moquer gentiment d’eux comme dans la scène d’ouverture où elle observe les fleurs d’un voisin très fier. Mais, elle ne complimente pas sur ses talents de jardinier mais au contraire fait remarquer d’une grosse chenille se promène sur les feuilles. Contente de son effet, elle part faire des reproches aux autres.

Elle vit avec sa fille et son gendre, couple banal. Il est col blanc et part chaque matin en courant prendre le train pour aller au boulot. Elle est mère au foyer, mais n’aime pas faire le ménage où les repas. Un matin, tout content d’avoir un copieux repas, il se rend compte qu’elle n’a fait réchauffer des restes. Plutôt que d’aller étendre le linge, elle préfère regarder la télévision. Ils se chamaillent pour un rien puis se réconcilient.

Enfin, les deux enfants. Le fils est un lycéen plutôt paresseux, il est débordé par les devoirs qu’il doit rendre le lendemain. La fillette est pleine d’insouciance, même quand ses parents l’oublient dans un supermarché et qu’elle est persuadée que ce sont eux qui sont perdus, les laissant angoissés. Et puis le chien, placide, qui semble observer toute cette agitation en ouvrant de temps en temps les yeux.

Le ton général du film est celui d’une comédie où l’humour est bienveillant, jamais méchant et où chacun peut s’y reconnaitre. Des haïku concluent chaque saynète apportant quelques pointes de poésie. C’est le fils qui résume le mieux l’état général de la famille Yamada. Tout le monde vit en harmonie dans la famille car tous ses membres sont tordus. Si quelqu’un était normal, l’équilibre de la famille serait perturbé.

Mes voisins les Yamada (ホーホケキョ となりの山田くん, Japon, 1999) Un film d’Isao Takahata avec les voix de Hayato Isohata, Masako Araki, Naomi Uno, Tôru Masuoka, Yukiji Asaoka, Akiko Yano, Kosanji Yanagiya.

vendredi 13 juin 2014

Porco Rosso


Des machines volantes, des enfants hilares, des pirates loufoques, la mer, un homme à l’aspect de cochon. Porco Rosso contient toutes les caractéristiques du cinéma d’Hayao Miyazaki dès sa première séquence. L’action se déroule dans le ciel au dessus de la mer Adriatique de l’Italie des années 1920. La Méditerranée est infestée de pirates qui braquent les navires de plaisance avec leurs hydravions. Des pirates hauts en couleurs, avec des grosses moustaches ébouriffées, des yeux très ronds et au cerveau tellement vide qu’ils échouent dans tous leurs méfaits.

En l’occurrence, ils kidnappent une quinzaine de gamines qu’ils embarquent sur leur avion. La scène pourrait être tragique puisqu’on s’en prend à des enfants, mais elle devient vite hilarante tant les petites filles n’en font qu’à leur tête, dérangeant les pilotes entre leur caprice enfantin et leur innocence. Elles vont même jusqu’à prendre un bain, échappant à leurs ravisseurs. Pendant ce temps, Porco Rosso se prélasse sur sa place, jusqu’à ce qu’on l’appelle pour venir sauver les enfants, toutes ravies de voir une légende vivante.

Un homme au corps et à la tête de cochon, Porco (comme tout le monde l’appelle) s’appelait dans une vie précédente Marco. Pilote héroïque pendant la première guerre mondiale, il est l’unique survivant d’une attaque d’avions allemands, son escouade a été décimée. Depuis, il traine son vague à l’âme et son amertume entre son ile où il vit en solitaire et l’hôtel Adriano où son amie Gina est chanteuse de cabaret. Elle seule semble savoir pourquoi le bel homme que Marco était est devenu un cochon. Jamais on ne le saura.

Porco Rosso est d’abord une romance où Porco a un rude adversaire en la personne de Curtis, un Américain venu en Italie pour vivre quelques aventures. Vantard, Curtis se croit séducteur et flirte avec Gina, au grand dam de Porco. La rivalité entre les deux hommes est le motif du film. Pour provoquer Porco, Curtis s’engage auprès des pirates pour former une ligue et attaquer les navires. Il défie le cochon sur le terrain de l’agilité à piloter. Devant toute une horde de pirates, le bel avion rouge vif de Porco Rosso est abimé.

Les enjeux amoureux se prolongent avec le personnage de Fio Piccolo, jeune femme de 17 ans aux longs cheveux roux. Porco Rosso fait réparer son avion par son grand-père, un vieil ingénieur de Milan. Son usine est entièrement composée de femmes puisque les hommes sont réquisitionnés par l’armée de Mussolini. Fio est le pendant féminin du cochon, têtue, rebelle et sûre d’elle. Après avoir réparé et améliorer l’avion, elle forcera Porco à la prendre comme co-pilote. Elle ne lui laisse pas vraiment le choix.

Evidemment, Curtis va également tomber amoureux d’elle, causant une deuxième rivalité qui va causer un deuxième défi dans le ciel (les avions des deux pilotes font des loopings virevoltants) puis dans l’eau où ils boxent l’un contre l’autre (leurs visages prennent un aspect grotesque) devant tous les pirates dans une longue séquence qui distille un suspense sur tous les enjeux du film. Enjeux personnels et amoureux tout en ménageant beaucoup d’humour grâce à la balourdise des pirates.

Rétrospectivement, Porco Rosso fait penser Le Vent se lève, tourné plus de 20 ans plus tard tant certains motifs narratifs sont proches. Chacun des deux films montrent une société en proie à un gouvernement dictatorial. L’Italie fasciste reproche à Marco le cochon son indépendance d’esprit et sa liberté. L’armée ira le pourchasser dans les airs, à lui tirer dessus dans l’usine de Milan, pour ne pas laisser un esprit frondeur contaminer les autres. C’est bien entendu l’inverse qui se produit car Miyazaki n’aime que les esprits libres.

Porco Rosso (紅の豚, Japon, 1992) Un film de Hayao Miyazaki avec les voix de Shûichirô Moriyama, Tokiko Katô, Bunshi Katsura, Tsunehiko Kamijô, Akemi Okamura, Akio Ôtsuka, Hiroko Seki, Osamu Saka, Mahito Tsujimura, Minoru Yada.

mercredi 11 juin 2014

Black coal


Doublement primé au Festival de Berlin 2014, meilleur film et Liao Fan meilleur acteur, Black coal sort amputé en France de la moitié de son titre mais avec une presse extrêmement élogieuse. « Un grand film, Une merveille, un film sublime », lit-on sur l’affiche du film qui sort dans plus de cent salles, presque comme un blockbuster. On imagine que le distributeur table sur le succès de A touch of sin, l’autre polar macabre et sanglant venu de Chine.

Tout commence donc en 1999 avec du charbon noir (le black coal) qui contient un bras tranché enveloppé dans un sac plastic. La police arrive immédiatement à la mine pour lancer une enquête. Les inspecteurs Zhang Zili (Liao Fan) et Wang (Yu Ailei) ne comprennent pas ce qu’il s’est passé. D’autant que d’autres morceaux de corps sont disséminés dans d’autres centres de traitement du charbon.

Par chance, les papiers du défunt sont dans sa veste. Liang Zhijun est son nom. Sa veuve (Kwai Lunmei) travaille dans une blanchisserie. Elle va enterrer les cendres dans la terre d’un arbre devant son travail. L’enquête va vite, Wang et Zhang soupçonnent deux transporteurs de charbon. Quand les inspecteurs viennent les appréhender, les suspects tirent dans le tas et tuent deux collègues qui accompagnaient les inspecteurs.

Le film reprend cinq ans plus tard avec un travelling sous un pont où l’on découvre Zhang endormi à côté de sa moto. Il dort sur le bas côté, visiblement soûl comme une barrique. Il ne s’est jamais remis de la mort de ses collègues pas plus que du départ de sa femme. Il a depuis bien grossi (remarquable transformation de l’acteur) et erre de petits boulots en petits boulots. Son patron est incommodé par son alcoolisme.

Ce qui semblait être une enquête close va se transformer en quête de la vérité. A nouveau des morceaux de corps sont découverts dans du charbon. Comme les deux suspects sont morts, c’est vers la blanchisseuse que se portent désormais les soupçons. Elle est suivie, filée et interrogée. Sa timidité maladive la rend encore plus coupable aux yeux des flics qui voient dans son caractère mutique une preuve de culpabilité.

La partie polar du film fonctionne comme un puzzle dont les pièces s’emboitent au fur et à mesure. Une veste en cuir laissée dans la blanchisserie depuis cinq ans, une boîte de nuit appelée « Feux d’artifices en plein jour », des patins à glace tranchants. Zhang s’implique dans l’enquête en se faisant passer pour un simple client, furetant partout dans la vie de la veuve de Liang Zhijun.

Toute la deuxième partie de Black coal se déroule en plein hiver, avec sa neige glaciale (les gens frissonnent), ses patinoires où Zhang tente de faire du patin avec la veuve (le thin ice du titre original). Métaphoriquement, Zhang cherche à briser la glace en construisant une relation amoureuse avec la veuve, en la protégeant de son patron libidineux (Wang Jingchun). Tous les personnages sont amorphes comme frigorifiés par le froid, mais le scénario est aussi un peu trop alambiqué pour vraiment passionner.

Le film est très noir, comme un paradoxe à la neige blanche qui s’étend dans les rues que parcourent les personnages. Il est aussi traversé de scènes burlesques où Zhang est toujours un peu décalé, où il se casse la figure et apparait hébété devant ce qu’il découvre. Zhang n’a pas changé de mentalité en cinq ans, mais les gens qu’il rencontre ont pris le train du changement économique et sont devenus égoïstes, constituant une très vague critique politique du film

Black coal (Black coal thin ice, 白日焰火, Chine, 2014) Un film de Diao Yinan avec Liao Fan, Kwai Lunmei, Wang Xuebing, Wang Jingchun, Yu Ailei, Ni Jingyang.

mardi 10 juin 2014

L'Impitoyable (Shaolin wooden men)


Les titres français des premiers Jackie Chan étaient souvent composés d’un unique adjectif. Le Vengeur, Le Magnifique, L’Irrésistible ou L’Impitoyable. Le titre chinois et anglais se traduit par les hommes de bois de Shaolin. Ces féroces combattants sont les gardiens d’une allée qu’un apprenti doit affronter pour pouvoir quitter le monastère. Ces hommes de bois sont des pantins articulés dans un long couloir qui donnent mécaniquement des coups de poings ou de pieds. Peu parviennent à les vaincre mais c’est le rêve du personnage de muet qu’incarne Jackie Chan.

Ce rêve de redevenir un laïc et retourner dans le monde profane, le muet l’a depuis dix ans. Il revoit les images d’un homme qui tue son père devant ses yeux. Le muet veut se venger et pour cela doit quitter le monastère. Pour l’instant, il subit l’apprentissage du vénérable Fa-tsi (Chang I-fei). Porter des seaux d’eau de la rivière jusqu’au sommet d’une colline les pieds dans des sandales en fer. Couper des buches avec une serpette. Et surtout, se contenter de deux maigres repas quotidiens. Le muet ne supporte plus cette discipline mais il se rend bien compte qu’il n’a pas la technique pour se rendre dans le couloir des hommes de bois.

Son salut viendra de sa curiosité qui le pousse à se rendre dans une grotte pourtant interdite dans laquelle est enfermé un prisonnier. L’homme, les mains enchainées aux parois, ne cesse de crier contre les moines et de les insulter qui viennent lui apporter à manger. Cet homme (Kam Kong) dont on ne connaitra pas immédiatement le nom, ni la raison de son enfermement, éructe d’abord contre le muet. Puis, voyant l’obstination avec laquelle il lui procure des brioches ou du vin, il décide d’en faire son disciple et de lui enseigner son kung-fu. Le jeune homme accepte sans rechigner.

L’impitoyable du titre français, c’est donc ce prisonnier qui prétend pratiquer le kung-fu du rugissement. Au monastère, certains moines comprennent bien que le muet est en train de muer, de passer d’un homme frêle et timide à un combattant fort et expert. Le moine ivre (Miu Tak-san) lui enseigne la confiance en soi en le nommant commis à la cuisine. La nonne bouddhiste (Cheung Bing-yuk) cherche à lui apprendre l’art de l’esquive et du respect de l’adversaire pour ne pas faire couler le sang. Le muet apprendra autant de chacun de ces maîtres en kung-fu que du prisonnier.

La soif de vengeance est plus forte que l’art de l’esquive, se dit en substance le muet, qui choisit de rester loyal à l’impitoyable Fa-ju (car tel est son nom). Sorti vainqueur du couloir des hommes de bois, il peut enfin accomplir son dessein. C’est sans compter sur le destin qui va lui mettre bien des bâtons dans les roues. Les complots contre ceux qui avaient enfermé Fa-ju, contre les moines ou contre un aimable aubergiste et sa jolie fille se fomentent. Chaque fois, le muet se trompe de camp jusqu’à ce qu’il comprenne que l’homme qu’il défendait était son premier ennemi.

Jackie Chan fait son apprentissage d’acteur vedette en cumulant ici avec la charge de chorégraphe des combats qui sont nombreux et très inégaux en qualité. On remarquera l’utilisation qu’il fait des bancs et qui deviendra l’une de ses marques de fabrique. Jackie Chan ne dit pas un mot de tout le film, vu qu’il incarne un muet, mais il joue de ses mimiques pour s’exprimer. C’est au personnage du moine ivre qu’est dévolue la fonction comique sans que cela n’atteigne la splendeur de Drunken master, dont L’Impitoyable est un brouillon acceptable.

L’Impitoyable (Shaolin wooden men (少林木人巷, Hong Kong, 1976) Un film de Lo Wei avec Jackie Chan, Kam Kong, Doris Lung, Chang I-fei, Chiang Kam, Cheung Bing-yuk, Miu Tak-san, Liu Ping, Li Min-lang, Weng Hsiao-hu, To Wai-wo, Yuen Biao, Miao Tian, Lee Siu-chung.

lundi 9 juin 2014

Le Royaume des chats


La vie de la lycéenne Haru est tout ce qu’il y a de plus normale. Elle se lève précipitamment le matin en oubliant d’avaler son petit déjeuner, elle passe sa journée au lycée avec sa meilleure amie, elle rentre chez elle en fin de journée en discutant des garçons. Normale jusqu’à ce qu’un chat au collier doré manque de se faire écraser par un camion. Elle prend son courage à deux mains, traverse la rue, attrape le chat et saute sur le trottoir.

Son geste héroïque ne va passer inaperçu. Le chat se dresse sur ses pattes, s’époussète et la remercie. Haru les yeux écarquillés n’y croit pas. Un chat qui parle.  L’extraordinaire continue avec à la nuit tombée une parade d’autres chats tout aussi doués de la parole et au comportement humain viennent la remercier d’avoir sauvé le chat Loon. Parmi eux, son père, le roi des chats sur sa chaise à porteurs ornée d’un drapeau avec un poisson dessiné.

Des cadeaux sont offerts à Haru, des souris dans son casier, des l’herbe à chat dans son jardin, comme si la jeune femme mangeait comme un chat. Et le roi des chats souhaite inviter la lycéenne à visiter son royaume avec comme but avoué qu’elle épouse son fils, le prince Loon. La vie normale d’Haru commence à ne plus être tout à fait comme celle d’une adolescente comme les autres, d’autant qu’elle seule parvient à parler aux chats.

Le voyage vers le royaume des chats est largement inspiré de celui d’Alice au pays des merveilles ou du Magicien d’Oz. Un monde avec ses propres règles se déploie sous les yeux d’Haru. L’excitation de découvrir l’inconnu est moteur de la jeune femme, bien qu’une voix mystérieuse l’ait prévenu du danger qu’elle encoure. La voix lui conseille d’aller rencontrer le chat Mouta qui pourra la conduire au Bureau des Chats.

L’attrait majeur du Royaume des chats est la variété des chats. Mouta est un gros matou blanc à l’oreille verte râleur et égoïste mais qui cache un cœur tendre. Le Baron Humbert don Gikkengen, responsable du Bureau des Chats est aussi distingué que Mouta est vulgaire. C’est avec eux, et un corbeau parlant, que Haru va faire le voyage vers le royaume où de nombreuses péripéties les attendent sur un mode foncièrement comique

Dans le royaume, le roi est un gros chat bleu aux poils ébouriffés semble être devenu fou tant ses ordres sont délirants. Son premier ministre évoque le snobisme des siamois tandis que des chats noirs et blancs symbolisent les forces de l’ordre. Le film se fait là moins léger évoquant une dictature dirigée par un homme qui inspire la terreur comme l’exprime la crainte de la chatte Neige, tout blanche, qui avait prévenu Haru.

Le film n’est pas le plus abouti des studios Ghibli, du point de vue de l’animation il est même souvent un peu pataud. On sourit aux jeux de mots avec le mot miaou qui ponctuent les dialogues : Sa miajesté, un mialentenu, etc. Le récit est relativement convenu, le périple d’Haru dans ce monde merveilleux mais tyrannique fait grandir la jeune lycéenne qui, en fin de film, se lèvera avant sa mère pour préparer le petit déjeuner.

Le Royaume des chats (猫の恩返し, Japon, 2002) Un film de Hiroyuki Morita avec les voix de Chizuru Ikewaki, Yoshihiko Hakamada, Tetsu Watanabe, Tetsuro Tamba, Mari Hamada, Kenta Sentoi, Aki Maeda, Takayuki Yamada, Yosuke Saito, Hitomi Sato, Kumiko Okae.

samedi 7 juin 2014

Kiki la petite sorcière


A treize ans, il temps pour Kiki de mettre sa plus belle robe noire, son joli nœud rouge dans ses cheveux et d’enfourcher le vieux balai de sa mère pour faire son apprentissage de sorcière. Il en est ainsi dans cette famille, où l’on est sorcière de mère en fille, et dans ce pays imaginaire tout droit sorti d’un conte de la Mitteleuropa des années 1950. Kiki ne part pas seule, son fidèle chat noir Jiji l’accompagne. Ce soir de pleine lune marque le départ de Kiki pour un nouveau monde.

La magie dans Kiki la petite sorcière se contente de deux éléments. Pas de tours extraordinaires, pas de sorts pendables et pas de transformations. Kiki vole sur son balai. Elle est encore un peu maladroite et brusque avec le balai maternel. Elle observe le monde, rencontre une autre sorcière qui rentre dans sa ville, suit avec les oies sauvages. Kiki cherche une ville où s’installer, une cité sans autre sorcière pour ne pas déranger, mais surtout un endroit au bord de la mer.

L’autre élément magique est que son chat Jiji parle. Non seulement il cause, mais en plus il râle, il donne des conseils, il plaisante. Jiji est le compagnon indispensable car il communique avec les autres animaux, ce qui est commode quand on doit demander à un chien un peu d’aide, le sens du vent à des oiseaux ou prévenir l’assaut de corbeaux. Le chat Jiji est un élément comique qui va de pair avec le caractère plutôt naïf de Kiki. Elle découvre le monde les yeux ébahis, il semble revenu de tout.

Ce sont quatre générations de femmes qui sont mises en avant dans le scénario. Kiki est la plus jeune. Elle rencontre une boulangère qui lui fournit un logement. La boulangère, très bavarde, et son mari, silencieux, sont des parents de substitution. Dans la forêt, Kiki rencontre une artiste d’une vingtaine d’années, libre et libérée qui s’habille comme un garçon. Enfin, elle se lie d’amitié avec une grand-mère généreuse. Kiki rencontre toutes ces femmes lors des livraisons qu’elle fait chevauchant son balai. Elle gagne ainsi sa vie.

Ces quatre femmes servent de modèle à Kiki. Elle a, en revanche, du mal à accepter l’amitié de Tombo, un garçon de son âge, rouquin à lunettes. Elle le repousse avec dédain quand il lui propose de se joindre à sa bande d’amis. Elle peut voler sur son balai. Il est en admiration devant elle car lui aussi aimerait voler. Il a construit un vélo équipé d’une hélice. Il va observer un dirigeable en panne et tout faire pour pouvoir voler. L’amitié qui va se lier entre Kiki et Tombo est compliquée, comme chez tous les adolescents.

L’initiation à l’âge adulte qui se produit chez Kiki passe par la phase de la perte de ses pouvoirs magiques. Elle ne peut plus voler et son chat ne peut que miauler. Cette épreuve est durement ressentie par Kiki qui aimerait pouvoir rester dans cet état constant d’insouciante adolescence mais elle est nécessaire pour être l’égal de son ami Tombo qu’elle va aider à sortir d’une situation dangereuse. Kiki a bien réussi son apprentissage de sorcière.

Kiki la petite sorcière (魔女の宅急便, Japon, 1989) Un film de Hayao Miyazaki avec les voix de Minami Takayama, Rei Sakuma, Kappei Yamaguchi, Keiko Toda, Mieko Nobusawa, Kôichi Miura, Haruko Kato, Hiroko Seki, Yuriko Fuchizaki.

vendredi 6 juin 2014

Le Vengeur (To kill with intrigue)


Une grande tunique blanche immaculée, des cheveux longs, des sourcils en pointe, telle est l’apparence de Jackie Chan pour interpréter son rôle de Siao-lei dans Le Vengeur. Il est le fils de Maître Lei, un notable qui fête son anniversaire en présence de nombreux invité à qui Siao-lei, tout plein d’arrogance et d’insolence demande de partir sous prétexte qu’ils « se remboursent le cadeau offert en se goinfrant au repas ». Offusqués devant tant de manque de savoir vivre, les invités quittent les lieux furieux.

De la même manière, le jeune impétueux avait humilié Tsien-tsien (Yu ling-lung), sa servante dont il est amoureux. Elle lui avait annoncé qu’elle est enceinte de lui mais il a mis en doute sa paternité. Ces deux actes qui rendent le personnage de Jackie Chan particulièrement déplaisants sont en fait un stratagème pour protéger sa bien-aimée, comme son père, contre l’ennemi dont Siao-lei a décelé l’arrivée imminente. Cet ennemi est la bande dite des « Abeilles tueuses » combattue 15 ans auparavant par Maître Lei.

L’arrivée des « Abeilles tueuses » est spectaculaire et spectrale : voix d’outre tombe d’un homme qui vient réclamer une main tranchée, combattants qui surgissent sur le toit torche à la main, cercueils qui volent jusque dans la cour des Lei. Destinée à impressionner tout autant le spectateur (par la richesse de ses effets spéciaux) que la famille Lei (par l’effroi qu’ils doivent ressentir), cette scène est l’une des meilleures du film. Elle permet de présenter le personnage de Ting Chan-yen (Hsu Feng).

Elle est une jeune femme de 20 ans venue venger la mort de ses parents par Maître Lei. Ce dernier l’avait aussi défigurée quand elle avait 5 ans. Depuis, elle porte constamment un voile sur son visage, accentuant son mystère. Qu’on se rassure, la blessure est superficielle et l’actrice reste très belle. Sa tunique changera de couleur à chacune de ses apparitions, verte, blanche, rose, jaune. Elle humilie Siao-Lei en le blessant. Il veut se venger d’elle pour cela comme pour la mort de son père qu’elle a causé en grande experte de kung-fu qu’elle est.

Assez vite le film s’embarque dans une double histoire d’amour contrariée. Ting se rend compte qu’elle a des sentiments pour Siao-lei qui refuse de les voir alors qu’il cherche à retrouver Tsien-tsien qui s’apprête à épouser Jin Chuan (Sin Il-ryong), le meilleur ami de Siao-lei, qui a pris soin d’elle après leur rupture, qu’elle prétend haïr mais aime encore. Le film est agrémenté de scènes romantiques avec harpe en fond sonore, sourires gentils et batifolages dans l’herbe. Niaiserie garantie.

Le Vengeur n’est pas avare de retournement de situations, de coups de théâtre et de rebondissements. C’est tant mieux que l’histoire parte dans tous les sens car l’intrigue initiale de simple vengeance n’est pas des plus originales. L’ambition du film est pourtant de faire aussi beau et intriguant qu’un film de King Hu, notamment dans son personnage féminin au tempérament fort. On y pense souvent même si les chorégraphies des combats sont bien plus monotones et peu inspirées.

Le Vengeur (To kill with intrigue, 劍花煙雨江南, Hong Kong, 1977) Un film de Lo Wei avec Hsu Feng, Jackie Chan, Sin Il-ryong, Yu Ling-lung, George Wang, Tung Lam, Ma Kei, Kong Ching-ha, Chan Wai-lau. PS : Le dvd édité en 2006 comprend deux versions. L’une intégrale en VO dure 102 minutes, l’autre en VF est amputée des 15 premières minutes, le film commence avec l’arrivée des « Abeilles tueuses ».

jeudi 5 juin 2014

Sorties à Hong Kong (juin 2014) Overheard 3


Overheard 3 (竊聽風雲3, Hong Kong – Chine, 2014) Un film d’Alan Mak et Felix Chong avec Louis Koo, Lau Ching-wan, Daniel Wu, Crystal Huang, Zhou Xun, Michelle Ye, Alex Fong Chung-sun, Zhang Jing-chu, Wu Xiubo, Ng Man-tat, Kenneth Tsang, Lam Ka-tung, Huang Lei, Dominic Lam, Stephen Au, Samuel Kwok, Helena Law, Felix Lok, Chin Ka-lok. 132 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 5 juin 2014.

Sorties à Hong Kong (juin 2014) Coming home


Coming home (歸來, Chine, 2014) Un film de Zhang Yimou avec Gong Li, Chen Dao-Ming, Zhang Jiayi, Chen Xiao-yi, Ding Jia-li, Zhang Hui-wen, Zu Feng, Liu Pei-qi, Yan Ni, Xin Bai-qing, Guo Tao, Wang Zhi-fei. 109 minutes. Classé Catégorie I. Sortie à Hong Kong : 5 juin 2014.

lundi 2 juin 2014

Le Tombeau des lucioles


L’événement de ce mois de juin sera la sortie au cinéma du Conte de la princesse Kaguya, le dernier film d’Isao Takahata présenté, avec succès, à la Quinzaine des Réalisateurs. Je n’avais pas encore parlé de certains vieux films du cinéaste japonais, c’est l’occasion pour moi de les revoir (et ceux de Hayao Miyazaki aussi). Le Tombeau des lucioles est sorti la même année que Mon voisin Totoro, qui semble en être l’antithèse si ce n’est que dans les deux films, les deux enfants souffrent de leur grande solitude face à l’absence de leur mère.

La maladie de la maman des petites filles dans Mon voisin Totoro, la mort de celle du grand frère et de la petite sœur dans Le Tombeau des lucioles. La douleur est grande dans les deux cas et plus grave chez Isao Takahata parce que le film se déroule dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale quand les avions américains bombardent le Japon. C’est lors d’un bombardement que la mère est brûlée vive, comme de nombreux autres villageois, laissant les deux enfants seuls.

L’aîné est Seita. Il porte son uniforme de collégien. Sa petite sœur est Setsuko qui n’aime rien d’autre que manger des bonbons aux fruits. Ils espèrent que leur père, soldat dans la marine, va venir s’occuper d’eux. Il ne viendra jamais, la flotte est décimée. Ils vont se réfugier chez une parente éloignée qui les accueille à bras ouverts mais très vite, les deux enfants doivent déchanter. Elle vend les kimonos de leur défunte mère pour acheter du riz. Son caractère va changer quand elle leur reproche de n’être que des oisifs et profiteurs.

Le film est une chronique de leur lente et inexorable déchéance. Dans Mon voisin Totoro, la plus petite allait se réfugier dans un tunnel qui accédait à la forêt magique. Ici, c’est un abri au bord d’une rivière qui leur sert de refuge après être partis de chez la parente ingrate. Mais, l’abri ne mène nulle part. Seita part dans leur ancienne maison chercher des duvets, un réchaud, une moustiquaire. C’est d’abord un jeu pour eux, chacun vaquant à sa tâche, puis la nourriture vient terriblement à manquer.

La pénurie de repas n’est pas le seul danger. Les avions continuent de lancer leurs bombes qui éclairent la nuit rouge de points rouges. Dans leur petit abri, les lucioles qu’ils ramassent à la tombée de la nuit et qui éclairent leur sommeil de leur lumière jaune et douce. L’inquiétude des bombes qui tombent au sol face à l’esprit rassurant des lucioles qui s’élèvent. Chacun de ces deux éléments annonce pourtant la mort qui va s’emparer du corps des deux enfants. Les lucioles, si protectrices, sont des insectes éphémères que Setsuko enterre le matin.

La douceur avec laquelle Isao Takahata filme la fin des deux enfants (Seita apparait mort dès l’ouverture du film) est d’une grande violence. Solitude, maladie, faim. Tout autant que l’indifférence des enfants devant le sort des deux gamins. La parente qui se plaint d’eux après les avoir volés, un vieux paysan qui refuse de leur donner à manger en sirotant son thé, un fermier qui roue de coups Seita qui a arraché des patates. Le film est la métaphore d’une société qui s’effondre et qui tue ses enfants. 

Le Tombeau des lucioles (火垂るの墓, Japon, 1988) Un film d’Isao Takahata avec les voix de Tsutomu Tatsumi, Ayano Shiraishi, Yoshiko Shinohara, Akemi Yamaguchi.