lundi 23 juin 2014

Le Château dans le ciel


Je garde un très bon souvenir du Château dans le ciel que je n’avais pas vu depuis sa sortie au cinéma en janvier 2003. Largement plus abouti que Nausicaä de la vallée du vent, le film m’est toujours apparu comme le premier grand film d’Hayao Miyzazaki avec son mélange des genres (comédie, action), son ton à la fois poétique et romanesque, et son imagination débridée. Je dois dire que depuis le temps, j’avais un peu oublié le récit, c’est donc une redécouverte pour moi que ce nouveau visionnage.

Tout commence évidemment dans les airs dans un aéronef géant. A l’intérieur, Shiita, une jeune adolescente au regard doux, et c’est son point de vue d’Hayao Miyazaki va adopter. Le spectateur du film sera exactement dans la même position que Shiita à découvrir ce qui va lui arriver. Ainsi dans la première scène, elle est menacée de deux côtés. Dans l’aéronef, elle cherche à échapper à l’armée qui l’a fait prisonnière, à l’extérieur, une bande de pirates attaque la machine volante.

Pour entretenir le flot ininterrompu des aventures, on apprendra en même temps qu’elle, coup sur coup, que Shiita possède un médaillon que l’armée convoite (pour de mauvaises raisons sans doute) et que les pirates le veulent pour l’argent. Que ce médaillon se met en marche grâce à une formule magique, qu’il permet de flotter dans les airs et qu’il vient d’une île dans le ciel, appelé Laputa (prononcer Lappeta), pays disparu depuis des siècles mais dont Shiita est l’une des descendantes.

A propos de descendre, la jeune fille en s’échappant tombe de l’aéronef et atterrit, littéralement, dans les bras du jeune Pazu, son alter ego masculin. Aussi libre qu’elle, aussi espiègle, ils vont partir tous les deux dans des aventures les plus folles, course poursuite dans un train lancé à toute vitesse, puis dans une machine volante au milieu des orages, rencontre avec un robot qui crache le feu. Le mieux est encore de se laisser porter et contempler l’imaginaire débridé du scénario.

Les deux adolescents s’opposent pour mieux se ressembler. Elle vient du ciel, de ce pays fantastique et inconnu, elle est la descendante d’une famille royale, il travaille dans une mine au fond des entrailles de la terre, il est pauvre. Ce qui le rassemble est plus triste car Shiita comme Pazu sont orphelins. Ils devaient se rencontrer et faire équipe, le destin était dès le départ lié. Le père de Pazu était le seul homme à avoir pu photographier l’île céleste de Laputa.

De la même manière, le film oppose les adversaires des deux enfants. Muska, l’homme des armées, est un homme froid mais bien vêtu, tiré à quatre épingles mais au regard inquiétant. Il traque sans pitié Shiita. A l’opposé, Dora, la vieille grand-mère aux cheveux roses et sa bande de pirates dépenaillés sont croqués plus grossièrement, mais avec tendresse. La sympathie du cinéaste va pour Dora qui sait prendre soin de Shiita et Pazu. En les emmenant dans son aéronef, elle leur confie chacun une tâche, il sera vigie au sommet de la machine, elle aidera aux cuisines.

Le Château dans le ciel peut parfois être très violent, comme lors de la destruction du QG de l’armée par le robot où tout se termine dans les flammes, dans les tourments subis par les enfants. Il peut aussi être très doux lors de la découverte de l’île céleste par Shiita et Pazu, sorte d’Eden où les animaux vivent en harmonie. Souvent l’humour est irrésistible et il est dévolu à la bande de pirates, gaffeurs et pittoresques. Deux scènes sont hilarantes, quand ils se battent dans la rue contre le patron de Pazu et quand ils viennent tous aider Shiita dans la cuisine. Le premier incontestable chef d’œuvre d’Hayao Miyazaki.

Le Château dans le ciel (天空の城ラピュタ, Japon, 1986) Un film de Hayao Miyazaki avec les voix de Keiko Yokozawa, Mayumi Tanaka, Kotoe Hatsui, Minori Terada, Fujio Tokita, Ichirô Nagai, Hiroshi Ito, Takumi Kamiyama, Yoshito Yasuhara, Sukekiyo Kameyama, Ryûji Saikachi, Machiko Washio, Tarako, Eken Mine.

samedi 21 juin 2014

That demon within


J’ai toujours trouvé que le visage de Daniel Wu avait quelque chose de très enfantin, qu’il dégage une innocence avec ses yeux doux, son nez ronds et ses dents qui se chevauchent. Cette image candide, Dante Lam l’utilise pour montrer toute la bonté et le calme du flic Dave Wong qu’incarne Daniel Wu, en le filmant dans un lent travelling arrière. Dave Wong travaille dans un hôpital public dont il est le gardien, une sorte de policier d’accueil. En voix off, il exprime sa joie d’avoir un travail si tranquille.

Ce visage serein est immédiatement opposé à celui de Hon (Nick Cheung), l’alter ego maléfique de Dave Wong. Hon est membre d’un gang de sept malfrats. On les découvre en ouverture de films priant pour que leur casse de déroule bien. Ils commettent leurs forfaits en portant des masques de démon. Ultra violents, ils n’hésitent pas à utiliser des gros calibres pour tirer sur les flics et les passants. Lors d’un vol de bijoux qui se termine mal, Hon finit à l’hôpital.

Le premier regard entre les deux hommes, le gentil flic et le violent braqueur, a lieu sur deux lits d’hôpital. Dave, avec son bon cœur, accepte de donner un peu de sang à Hon qui en a beaucoup perdu dans la fusillade. Pops (Dominic Lam), comme ses hommes l’appellent, est le chef de la brigade anti-gang et engueule le jeune flic comme du poisson pourri. Alors que plusieurs de ses policiers sont morts, lui sauve le tireur.

Derrière ses allures classiques de film de flics qui chassent les braqueurs, That demon within cherche à dresser le portrait d’un homme mentalement dérangé. Non pas celui de Hon, tueur froid que Nick Cheung incarne encore une fois brillamment, non pas ceux de ses six collègues braqueurs que l’appât du gain va rendre nerveux au point de ne plus se faire confiance, mais celui du brave policier qu’est Dave. Derrière ce visage impavide et neutre se cache un fou.

Il n’est pas présenté comme fou, mais plutôt comme un flic têtu, respectant le code à la lettre, étant un policier procédurier qui reproche à ses collègues de faire des pauses. Personne ne veut être son équipier et il est d’ailleurs solitaire. Chez lui, quand il estime avoir mal fait son travail, il se punit lui-même, torse nu il se flagelle avec la boucle de sa ceinture, comme pour expier ses péchés. Petit à petit, on comprendra que tout ne tourne pas rond.

C’est que tout cela vient d’un traumatisme de l’enfance, explique en long, en large et en travers le film. Il faut d’abord en passer par la cellule psychologique que lui impose sa supérieure (Christie Chen). Peu loquace, Dave avoue ne pas avoir d’amis et que la seule chose qui le calme est de nager. Sous hypnose, il confessera que son père le battait et qu’il répète ce geste. Il affirme aussi vouloir venger la mort des collègues morts sous le feu de Hon lançant le film dans un long règlement de comptes.

Le démon qui habite Dave, pour reprendre le titre du film, est celui d’une justice aveugle. That demon within adoptera l’unique point de vue de Dave, alternant les images mentales (regard caméra, caméra harnachée sur Daniel Wu qui filme ses déplacements, filtres rouges quand il perd la raison) avec des scènes d’action où les coups de feu sont incessants. Le mystère qui s’épaissit est gangréné par les explications de fin de film.

C’est rien de dire que tout le film repose sur le jeu de Daniel Wu qui excelle dans sa partition de personnage aux multiples personnalités. Il passe en un clin d’œil du gentil garçon qui prend soin de sa grand-mère au salaud qui tue de sang froid les malfrats. Seulement voilà, face à lui, les autres acteurs font un peu office de figurants,  (il est assez étonnant que Nick Cheung se retrouve finalement dans un second rôle) rendant parfois bancale la progression du film.

That demon within (魔警, Hong Kong – Chine, 2014) Un film de Dante Lam avec Daniel Wu, Nick Cheung, Christie Chen, Andy On, Dominic Lam, Liu Kai-chi, Stephen Au, Lee Kwok-lun, Chi Kuan-chun, Astrid Chan, Samuel Leung, Fung So-po.

vendredi 20 juin 2014

Goshu le violoncelliste


Goshu le violoncelliste est, avec ses deux épisodes de Panda petit panda, l’un des films les plus courts d’Isao Takahata, tout juste une heure autour de ce jeune homme, à peine rentré dans l’âge adulte qui joue du violoncelle dans un orchestre au beau milieu de la campagne japonaise dans les années 1920.  Il a une bonne bouille mais semble bien inexpérimenté en comparaison de ses collègues de l’orchestre, tous plus âgés et plus mûrs. Le chef d’orchestre, avec sa grosse moustache et son air sévère, lui reproche de ne pas avoir accordé son instrument, ce qui ralentit les répétitions pour interpréter la pièce musicale d’accompagnement du film muet qui se joue au cinéma du village.

Goshu rentre chez lui le soir. Il vit seul dans une modeste maison au bord d’une rivière.  Il vit en solitaire avec comme seul présence humaine, la photo de Beethoven, son idole, accrochée au mur. Le compositeur regarde fixement Goshu quand il s’entraine chez lui, un fort zoom sur ses yeux semble le montrer encore plus sévère que le chef d’orchestre au fur et à mesure que le violoncelle se fait entendre, comme un jugement sur l’absence d’implication du jeune musicien sur son art. Goshu parle tout seul, se plaignant de ne pas être reconnu à sa juste valeur. Il se jure d’être un bon musicien et pour cela va s’exercer.

Quatre mignons animaux de la forêt vont venir aider Gosghu pour qu’il s’améliore dans son art. D’abord un chat espiègle qui lui apporte des tomates vertes, ce qui met Goshu dans une colère noire. Il va justement lui apprendre à maitriser sa rage. Ensuite, un coucou qui l’incite à faire des variations sur un tempo. Plus tard un raton laveur qui vient faire des percussions pour lui apprendre le rythme. Enfin, un souris et son souriceau qui vient lui montrer que la musique sert à adoucir les mœurs et que Goshu ne doit pas jouer pour lui mais bel et bien pour le public.

Les quatre animaux discutent longuement avec Goshu (car les animaux parlent dans les films de Takahata) dans un forme de leçon appliquée et forcément édifiante. Le film passe tout à tour de l’humour burlesque (le chat a les poils hérissés quand il entend la musique et il gigote comme un diable) à l’émotion (la souris fait exprimer à Goshu le meilleur de lui-même). De la même manière, l’animation évolue. L’animation classique montre l’entrainement en huis-clos dans la petite maison, puis se transforme an aquarelles illustrant la nature, la forêt, des prés quand Goshu se calme et joue avec plénitude. Un gentil petit film.

Goshu le violoncelliste (セロ弾きのゴーシュ, Japon, 1981) Un film d’Isao Takahata avec les voix de Hideki Sasaki, Masashi Amenomori, Fuyumi Shiraishi, Kaneto Kimotsuki, Keiko Yokozawa, Akiko Takamura.

jeudi 19 juin 2014

Sorties à Hong Kong (juin 2013) Z storm


Z storm (Z 風暴, Hong Kong, 2014) Un film de David Lam avec Louis Koo, Lam Ka-tung, Dada Chan, Janelle Sing, Michael Wong, Lo Hoi-pang, Stephen Au, Derek Tsang, Eddie Cheung, Felix Lok, Liu Kai-chi, Patrick Keung, Tony Ho, Cheung Chung-kei, Tin Hok-wai, Tsui Ching-man, Alfred Cheung, May Law, Henry Fong, Joe Cheung. 92 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 19 juin 2014.

Sorties à Hong Kong (juin 2014) May we chat


May we chat (微交少女, Hong Kong, 2014) Un film de Philip Yung avec Irene Wan, Kabby Hui, Peter Mak, Rainky Wai, Heidi Li, Derek Kwok, Fung Chih-chiang, Dominic Ho, Yu Yu, Danny Poon, Au Cheuk-man, Wong Hin-chung, Chan Lai-wan. 100 minutes. Classé Catégorie III. Sortie à Hong Kong : 19 juin 2014.

mardi 17 juin 2014

L'Irrésistible (Spiritual kung fu)


Le premier plan de L’Irrésistible montre Jackie Chan portant deux grands bols pleins d’eau dans chaque main et un banc sur ses épaules, comme une image de marque montrant bien qu’il est maintenant maître des films dans lesquels il joue. Il a bien entendu le rôle principal et il dirige les chorégraphies des nombreux combats qui ponctuent le film. Il incarne Yi-lang, un jeune disciple en plein apprentissage au monastère de Shaolin. S’il porte des bols et un banc, c’est qu’il est encore une fois puni par son maître spirituel.

Yi-lang est un jeune homme indiscipliné et espiègle. Comme ses camarades (dont Dean Shek, ici en apprenti un peu veule), il a toujours vécu dans le monastère, n’a jamais connu le monde extérieur et n’a jamais vu aucune femme. Il va être confronté à des événements qui le dépassent. Un manuel de boxe, dit des Sept Démons, a été subtilisé dans la bibliothèque par un ravisseur masqué. Ce dernier a tué un moine. Le Vénérable de Shaolin se sentant responsable s’isole dans une grotte pour se repentir.

Le manuscrit décrit une boxe particulièrement violente et interdite depuis un siècle à Shaolin. L’auteur du vol est Lu-Ching (James Tin) qui cherche à se venger des moines pour une histoire qui remonte à trente ans. Certains Chinois ont la vengeance tenace. L’unique boxe qui pourra arrêter celui qui utilise les Sept Démons est le kung-fu des Cinq Formes. Pas de chance, le manuel a disparu depuis cinq siècles. C’était sans compter sans un orage providentiel qui brise un mur et libère le manuel.

Il faut décrire le mieux possible ces cinq esprits qui donnent leur sens au titre anglais (le kung-fu des esprits). Ils ne disent pas un mot, mais s’expriment par gestes tels des mimes. Ils sont tout en blanc, couleur de la mort, avec une sorte de tutu autour de la taille et porte une étrange et longue perruque rouge. L’idée ici est de les rendre ridicules pour apporter du comique au récit. Chacun représente une forme d’art martial : celui du dragon, du serpent, de la grue, du tigre et du léopard.

Ils effrayent certains moines car ils les considèrent comme des fantômes malfaisants et ne sont pas visibles des laïcs. Pourtant, Yi-lang va pouvoir les voir et devenir leur disciple. Avec leurs costumes grotesques et la mentalité de Yi-lang, l’apprentissage est avant tout le moyen pour Jackie Chan de déployer ses talents comiques. Il s’en donne à cœur joie avec certains gags parfois régressifs, comme quand il se met à leur pisser dessus quand les esprits prennent une taille miniature.

Le scénario est inconsistant et bourré d’invraisemblances. Assez vite, les rebondissements vont s’enchainer comme chaque fois dans un film de Lo Wei. Les moines sont accusés les uns après les autres d’avoir tué Maître Feng, un visiteur. La fille (Mo Man-sau) de se dernier veut se venger. Elle est la première femme que voit Yi-lang qui a un air d’ahuri quand il la voit. Elle est l’unique personnage féminin de tout le récit, mélange de séduction et de fort caractère.

Peu importe, ce qui compte dans L’Irrésistible, ce sont les combats, filmés en longs plans fixes où les acteurs se déplacent à l’intérieur du cadre, mais qui ne portent pas encore la marque de Jackie Chan (les objets du quotidien servent d’armes). Jackie Chan se bat contre presque tous les autres acteurs du film, et aussi contre Miss Feng, bien qu’ils soient du même bord. Il faudra attendre quelques films (Dragon Lord en 1982) pour que son art prenne toute son ampleur.

L’Irrésistible (Spititual kung fu, 拳精, Hong Kong, 1978) Un film de Lo Wei avec Jackie Chan, James Tin, Mo Man-sau, Li Tong-chun, Lee Kwan, Dean Shek, Ko Keung, Lee Hoi-lung, Lee Man-tai, Wang Kuang-yu, Wong Ching.                   

lundi 16 juin 2014

Mes voisins les Yamada


La grand-mère Shige, sa fille la mère Matsuko, le père Takashi, le fils aîné Noburo et la fillette Nonoko. La famille Yamada est composée de trois générations qui habitent dans une maison en banlieue, sans oublier le chien qui vit dans sa niche dans le jardin. Mes voisins les Yamada montre leur vie quotidienne sous la forme d’une chronique, dans une suite de petits sketches à durée variable, de quelques secondes à environ un quart d’heure.

Ce qui frappe d’abord, c’est le dessin inhabituel pour un animé japonais. Les décors sont constitués de quelques traits, tout comme les meubles de la maison, quelques taches de gouache colorent le fond blanc. Les dessins sont griffonnés, esquissés, proches de la caricature, dans le sens le plus simple du terme. Tout est croqué par un caricaturiste qui serait donc le voisin de cette famille.

Les personnages eux-mêmes sont filmés très simplement. Visages ronds, grandes bouches, yeux expressifs. Le père et le fils portent des lunettes, la maman est plutôt rondouillarde, la grand-mère un visage plus sec et des cheveux gros. Le tempérament des personnages tient lieu de fil conducteur et les rapports entre eux sont vus comme des variations du récit, avec un point d’orgue quand ils sont tous ensemble.

C’est la grand-mère qui ouvre le film, vieille dame qui n’aime rien tant que faire des reproches aux autres, se moquer gentiment d’eux comme dans la scène d’ouverture où elle observe les fleurs d’un voisin très fier. Mais, elle ne complimente pas sur ses talents de jardinier mais au contraire fait remarquer d’une grosse chenille se promène sur les feuilles. Contente de son effet, elle part faire des reproches aux autres.

Elle vit avec sa fille et son gendre, couple banal. Il est col blanc et part chaque matin en courant prendre le train pour aller au boulot. Elle est mère au foyer, mais n’aime pas faire le ménage où les repas. Un matin, tout content d’avoir un copieux repas, il se rend compte qu’elle n’a fait réchauffer des restes. Plutôt que d’aller étendre le linge, elle préfère regarder la télévision. Ils se chamaillent pour un rien puis se réconcilient.

Enfin, les deux enfants. Le fils est un lycéen plutôt paresseux, il est débordé par les devoirs qu’il doit rendre le lendemain. La fillette est pleine d’insouciance, même quand ses parents l’oublient dans un supermarché et qu’elle est persuadée que ce sont eux qui sont perdus, les laissant angoissés. Et puis le chien, placide, qui semble observer toute cette agitation en ouvrant de temps en temps les yeux.

Le ton général du film est celui d’une comédie où l’humour est bienveillant, jamais méchant et où chacun peut s’y reconnaitre. Des haïku concluent chaque saynète apportant quelques pointes de poésie. C’est le fils qui résume le mieux l’état général de la famille Yamada. Tout le monde vit en harmonie dans la famille car tous ses membres sont tordus. Si quelqu’un était normal, l’équilibre de la famille serait perturbé.

Mes voisins les Yamada (ホーホケキョ となりの山田くん, Japon, 1999) Un film d’Isao Takahata avec les voix de Hayato Isohata, Masako Araki, Naomi Uno, Tôru Masuoka, Yukiji Asaoka, Akiko Yano, Kosanji Yanagiya.

vendredi 13 juin 2014

Porco Rosso


Des machines volantes, des enfants hilares, des pirates loufoques, la mer, un homme à l’aspect de cochon. Porco Rosso contient toutes les caractéristiques du cinéma d’Hayao Miyazaki dès sa première séquence. L’action se déroule dans le ciel au dessus de la mer Adriatique de l’Italie des années 1920. La Méditerranée est infestée de pirates qui braquent les navires de plaisance avec leurs hydravions. Des pirates hauts en couleurs, avec des grosses moustaches ébouriffées, des yeux très ronds et au cerveau tellement vide qu’ils échouent dans tous leurs méfaits.

En l’occurrence, ils kidnappent une quinzaine de gamines qu’ils embarquent sur leur avion. La scène pourrait être tragique puisqu’on s’en prend à des enfants, mais elle devient vite hilarante tant les petites filles n’en font qu’à leur tête, dérangeant les pilotes entre leur caprice enfantin et leur innocence. Elles vont même jusqu’à prendre un bain, échappant à leurs ravisseurs. Pendant ce temps, Porco Rosso se prélasse sur sa place, jusqu’à ce qu’on l’appelle pour venir sauver les enfants, toutes ravies de voir une légende vivante.

Un homme au corps et à la tête de cochon, Porco (comme tout le monde l’appelle) s’appelait dans une vie précédente Marco. Pilote héroïque pendant la première guerre mondiale, il est l’unique survivant d’une attaque d’avions allemands, son escouade a été décimée. Depuis, il traine son vague à l’âme et son amertume entre son ile où il vit en solitaire et l’hôtel Adriano où son amie Gina est chanteuse de cabaret. Elle seule semble savoir pourquoi le bel homme que Marco était est devenu un cochon. Jamais on ne le saura.

Porco Rosso est d’abord une romance où Porco a un rude adversaire en la personne de Curtis, un Américain venu en Italie pour vivre quelques aventures. Vantard, Curtis se croit séducteur et flirte avec Gina, au grand dam de Porco. La rivalité entre les deux hommes est le motif du film. Pour provoquer Porco, Curtis s’engage auprès des pirates pour former une ligue et attaquer les navires. Il défie le cochon sur le terrain de l’agilité à piloter. Devant toute une horde de pirates, le bel avion rouge vif de Porco Rosso est abimé.

Les enjeux amoureux se prolongent avec le personnage de Fio Piccolo, jeune femme de 17 ans aux longs cheveux roux. Porco Rosso fait réparer son avion par son grand-père, un vieil ingénieur de Milan. Son usine est entièrement composée de femmes puisque les hommes sont réquisitionnés par l’armée de Mussolini. Fio est le pendant féminin du cochon, têtue, rebelle et sûre d’elle. Après avoir réparé et améliorer l’avion, elle forcera Porco à la prendre comme co-pilote. Elle ne lui laisse pas vraiment le choix.

Evidemment, Curtis va également tomber amoureux d’elle, causant une deuxième rivalité qui va causer un deuxième défi dans le ciel (les avions des deux pilotes font des loopings virevoltants) puis dans l’eau où ils boxent l’un contre l’autre (leurs visages prennent un aspect grotesque) devant tous les pirates dans une longue séquence qui distille un suspense sur tous les enjeux du film. Enjeux personnels et amoureux tout en ménageant beaucoup d’humour grâce à la balourdise des pirates.

Rétrospectivement, Porco Rosso fait penser Le Vent se lève, tourné plus de 20 ans plus tard tant certains motifs narratifs sont proches. Chacun des deux films montrent une société en proie à un gouvernement dictatorial. L’Italie fasciste reproche à Marco le cochon son indépendance d’esprit et sa liberté. L’armée ira le pourchasser dans les airs, à lui tirer dessus dans l’usine de Milan, pour ne pas laisser un esprit frondeur contaminer les autres. C’est bien entendu l’inverse qui se produit car Miyazaki n’aime que les esprits libres.

Porco Rosso (紅の豚, Japon, 1992) Un film de Hayao Miyazaki avec les voix de Shûichirô Moriyama, Tokiko Katô, Bunshi Katsura, Tsunehiko Kamijô, Akemi Okamura, Akio Ôtsuka, Hiroko Seki, Osamu Saka, Mahito Tsujimura, Minoru Yada.

mercredi 11 juin 2014

Black coal


Doublement primé au Festival de Berlin 2014, meilleur film et Liao Fan meilleur acteur, Black coal sort amputé en France de la moitié de son titre mais avec une presse extrêmement élogieuse. « Un grand film, Une merveille, un film sublime », lit-on sur l’affiche du film qui sort dans plus de cent salles, presque comme un blockbuster. On imagine que le distributeur table sur le succès de A touch of sin, l’autre polar macabre et sanglant venu de Chine.

Tout commence donc en 1999 avec du charbon noir (le black coal) qui contient un bras tranché enveloppé dans un sac plastic. La police arrive immédiatement à la mine pour lancer une enquête. Les inspecteurs Zhang Zili (Liao Fan) et Wang (Yu Ailei) ne comprennent pas ce qu’il s’est passé. D’autant que d’autres morceaux de corps sont disséminés dans d’autres centres de traitement du charbon.

Par chance, les papiers du défunt sont dans sa veste. Liang Zhijun est son nom. Sa veuve (Kwai Lunmei) travaille dans une blanchisserie. Elle va enterrer les cendres dans la terre d’un arbre devant son travail. L’enquête va vite, Wang et Zhang soupçonnent deux transporteurs de charbon. Quand les inspecteurs viennent les appréhender, les suspects tirent dans le tas et tuent deux collègues qui accompagnaient les inspecteurs.

Le film reprend cinq ans plus tard avec un travelling sous un pont où l’on découvre Zhang endormi à côté de sa moto. Il dort sur le bas côté, visiblement soûl comme une barrique. Il ne s’est jamais remis de la mort de ses collègues pas plus que du départ de sa femme. Il a depuis bien grossi (remarquable transformation de l’acteur) et erre de petits boulots en petits boulots. Son patron est incommodé par son alcoolisme.

Ce qui semblait être une enquête close va se transformer en quête de la vérité. A nouveau des morceaux de corps sont découverts dans du charbon. Comme les deux suspects sont morts, c’est vers la blanchisseuse que se portent désormais les soupçons. Elle est suivie, filée et interrogée. Sa timidité maladive la rend encore plus coupable aux yeux des flics qui voient dans son caractère mutique une preuve de culpabilité.

La partie polar du film fonctionne comme un puzzle dont les pièces s’emboitent au fur et à mesure. Une veste en cuir laissée dans la blanchisserie depuis cinq ans, une boîte de nuit appelée « Feux d’artifices en plein jour », des patins à glace tranchants. Zhang s’implique dans l’enquête en se faisant passer pour un simple client, furetant partout dans la vie de la veuve de Liang Zhijun.

Toute la deuxième partie de Black coal se déroule en plein hiver, avec sa neige glaciale (les gens frissonnent), ses patinoires où Zhang tente de faire du patin avec la veuve (le thin ice du titre original). Métaphoriquement, Zhang cherche à briser la glace en construisant une relation amoureuse avec la veuve, en la protégeant de son patron libidineux (Wang Jingchun). Tous les personnages sont amorphes comme frigorifiés par le froid, mais le scénario est aussi un peu trop alambiqué pour vraiment passionner.

Le film est très noir, comme un paradoxe à la neige blanche qui s’étend dans les rues que parcourent les personnages. Il est aussi traversé de scènes burlesques où Zhang est toujours un peu décalé, où il se casse la figure et apparait hébété devant ce qu’il découvre. Zhang n’a pas changé de mentalité en cinq ans, mais les gens qu’il rencontre ont pris le train du changement économique et sont devenus égoïstes, constituant une très vague critique politique du film

Black coal (Black coal thin ice, 白日焰火, Chine, 2014) Un film de Diao Yinan avec Liao Fan, Kwai Lunmei, Wang Xuebing, Wang Jingchun, Yu Ailei, Ni Jingyang.

mardi 10 juin 2014

L'Impitoyable (Shaolin wooden men)


Les titres français des premiers Jackie Chan étaient souvent composés d’un unique adjectif. Le Vengeur, Le Magnifique, L’Irrésistible ou L’Impitoyable. Le titre chinois et anglais se traduit par les hommes de bois de Shaolin. Ces féroces combattants sont les gardiens d’une allée qu’un apprenti doit affronter pour pouvoir quitter le monastère. Ces hommes de bois sont des pantins articulés dans un long couloir qui donnent mécaniquement des coups de poings ou de pieds. Peu parviennent à les vaincre mais c’est le rêve du personnage de muet qu’incarne Jackie Chan.

Ce rêve de redevenir un laïc et retourner dans le monde profane, le muet l’a depuis dix ans. Il revoit les images d’un homme qui tue son père devant ses yeux. Le muet veut se venger et pour cela doit quitter le monastère. Pour l’instant, il subit l’apprentissage du vénérable Fa-tsi (Chang I-fei). Porter des seaux d’eau de la rivière jusqu’au sommet d’une colline les pieds dans des sandales en fer. Couper des buches avec une serpette. Et surtout, se contenter de deux maigres repas quotidiens. Le muet ne supporte plus cette discipline mais il se rend bien compte qu’il n’a pas la technique pour se rendre dans le couloir des hommes de bois.

Son salut viendra de sa curiosité qui le pousse à se rendre dans une grotte pourtant interdite dans laquelle est enfermé un prisonnier. L’homme, les mains enchainées aux parois, ne cesse de crier contre les moines et de les insulter qui viennent lui apporter à manger. Cet homme (Kam Kong) dont on ne connaitra pas immédiatement le nom, ni la raison de son enfermement, éructe d’abord contre le muet. Puis, voyant l’obstination avec laquelle il lui procure des brioches ou du vin, il décide d’en faire son disciple et de lui enseigner son kung-fu. Le jeune homme accepte sans rechigner.

L’impitoyable du titre français, c’est donc ce prisonnier qui prétend pratiquer le kung-fu du rugissement. Au monastère, certains moines comprennent bien que le muet est en train de muer, de passer d’un homme frêle et timide à un combattant fort et expert. Le moine ivre (Miu Tak-san) lui enseigne la confiance en soi en le nommant commis à la cuisine. La nonne bouddhiste (Cheung Bing-yuk) cherche à lui apprendre l’art de l’esquive et du respect de l’adversaire pour ne pas faire couler le sang. Le muet apprendra autant de chacun de ces maîtres en kung-fu que du prisonnier.

La soif de vengeance est plus forte que l’art de l’esquive, se dit en substance le muet, qui choisit de rester loyal à l’impitoyable Fa-ju (car tel est son nom). Sorti vainqueur du couloir des hommes de bois, il peut enfin accomplir son dessein. C’est sans compter sur le destin qui va lui mettre bien des bâtons dans les roues. Les complots contre ceux qui avaient enfermé Fa-ju, contre les moines ou contre un aimable aubergiste et sa jolie fille se fomentent. Chaque fois, le muet se trompe de camp jusqu’à ce qu’il comprenne que l’homme qu’il défendait était son premier ennemi.

Jackie Chan fait son apprentissage d’acteur vedette en cumulant ici avec la charge de chorégraphe des combats qui sont nombreux et très inégaux en qualité. On remarquera l’utilisation qu’il fait des bancs et qui deviendra l’une de ses marques de fabrique. Jackie Chan ne dit pas un mot de tout le film, vu qu’il incarne un muet, mais il joue de ses mimiques pour s’exprimer. C’est au personnage du moine ivre qu’est dévolue la fonction comique sans que cela n’atteigne la splendeur de Drunken master, dont L’Impitoyable est un brouillon acceptable.

L’Impitoyable (Shaolin wooden men (少林木人巷, Hong Kong, 1976) Un film de Lo Wei avec Jackie Chan, Kam Kong, Doris Lung, Chang I-fei, Chiang Kam, Cheung Bing-yuk, Miu Tak-san, Liu Ping, Li Min-lang, Weng Hsiao-hu, To Wai-wo, Yuen Biao, Miao Tian, Lee Siu-chung.