jeudi 3 juillet 2008

Golden chicken


Golden chicken, c’est d’abord une affiche reconnaissable entre toutes et qui déclare la vulgarité du film de Samson Chiu. On y voit une poupée gonflable aux cheveux orange sur un fond doré. La poupée a une bouche très largement ouverte, les yeux écarquillés. On reconnaît le visage si particulier de Sandra Ng, qui sera cette poupée, cette prostituée en or que le film nous annonce.

Ce film marque l’heure de gloire de l’actrice. Elle n’était jamais allé aussi loin dans l’art de la dérision et exprime toute l’envergure comique que peut donner Sandra Ng. Golden Chicken a été produit par son mari Peter Chan Ho-sun. Pour mettre en valeur au maximum sa femme et actrice, tout le gratin artistique de l’industrie technique a été réuni pour faire de Golden chicken un joyau du cinéma cantonais : Peter Kam à la musique, Dora Ng aux costumes, Cheung Ka-fai au montage. L’idée première du film est de déployer le génie de Sandra Ng dans une saga sur les 25 dernières années avec comme point de vue celui d’une prostituée.

Le récit est formé de saynètes qu’a vécu Kum et qu’elle raconte à un homme qu’elle ne connaît (Eric Tsang, un de ses vieux amis). Ils sont tous les deux coincés dans le local exigu d’une banque. Un orage a coupé l’électricité et les empêche de sortir. L’homme, qui voulait lui voler son argent, est déprimé. Elle va lui raconter sa vie qui selon elle est drôle. Eric Tsang a un peu de mal à croire que Sandra puisse être une pute. Son visage ingrat, loin des canons de beauté, ne peut pas facilement lui donner des clients.

Ainsi commence le récit de la vie de Kum qui commençait à quinze ans à se faire peloter par les hommes. Mais dans le noir, car son acné et ses grosses lunettes ne la mettaient pas en valeur. Très vite, elle se fait engager dans un club aux dorures kitschissimes. Là, elle ne pet que jouer les attractions face aux autres filles toutes de beauté classique. Qu’à cela ne tienne, elle fera rire les clients en imitant Jackie Chan et son kung-fu. Cela fera sa réputation. La vie continue, elle rencontre un homme qui la met enceinte. Elle décidera d’abandonner son bébé et les aléas de la vie ne seront pas toujours favorables à notre héroïne. Loin s’en faut.

Golden chicken raconte l’histoire de Hong Kong à travers ses événements les plus marquants : le crack boursier, l’angoisse devant le répression de Tien An Men (depuis Samson Chiu a retourné sa veste avec Mister Cinema), la peur de la rétrocession et son cortège de départs vers l’Australie, le SRAS et d’autres choses encore. On voit aussi parfois sur la télé les stars de l’époque : Jackie Chan, Chow Yun-fat, Maggie Cheung, Tony Leung Chiu-wai.

Mais c’est Sandra Ng qui fait le spectacle. Tout le film est porté par une énergie démesurée qui est plus que communicative. La première heure est du pur ressort comique où elle utilise a mieux son rire rauque et son sourire enfantin. Elle change de fringues à chaque scène, et chaque vêtement est plus kitsch que le précédent. On atteint un loufoque de situations parmi les plus intéressants car ni elle, ni Samson Chiu et Peter Can Ho-sun n’ont peur du ridicule. Et c’est cela qui fait la force de Golden chicken, c’est cette liberté d’aller tout plus fort que qu’on attend. Quand l’an dernier, Chiu a fait son Mister Cinema sur une idée analogue (le cinéma de Anthony Wong remplaçant la prostitution de Sandra Ng), il n’ira pas aussi loin. De plus, Sandra Ng est entourée d’excellents acteurs : Chapman To dans le rôle du proxénète au mauvais goût vestimentaire certain, Andy Lau dans le rôle d’Andy Lau, Tony Leung Ka-fai en professeur libidineux et Hu Jun dans un personnage énigmatique qui fera basculer dans le film dans un univers moins amusant.

Car si Kum la prostituée peut donner des conseils de sexualité aux spectateurs, elle s’avère elle-même totalement incapable d’atteindre un épanouissement sexuel ou même amoureux. Elle tombe ainsi amoureuse de ce personnage aux multiples cicatrices, qui n’a pas de nom, pas d’identité et la fait sombrer dans une étrange mélancolie non dénuée de joie. Mine de rien, le film bascule dans un sentiment d’immense tristesse. Un très beau film encore inédit en France. Le film se termine par une reprise déjantée de Mon beau sapin, en cantonais, par Sandra Ng, Eric Tsang et Chapman To. Un délice.

Golden chicken (金鸡, Hong Kong, 2002) Un film de Samson Chiu avec Sandra Ng, Eric Tsang, Hu Jun, Tony Leung Ka-fai, Chapman To, Alfred Cheung. Krystal Tin, Tiffany Lee, Irene Tsui, Wong Yap-wa, Eason Chan, Andy Lau.

mardi 1 juillet 2008

Run papa run


Un enterrement. Celui de Lee Tin-yun (Louis Koo) où tout le monde est là. Sa femme Mabel (René Liu), sa fille Hai-yi (Liu Yihan) et un grand nombre d’hommes en costumes sombres. Ce sont des membres des triades. Il y a aussi quatre « anciens » (Chan Wai-man, Kent Cheng, Susan Shaw, Wong Chung-kau) qui observent la cérémonie à l’église. Une voix off nous parle de Lee, mais cette voix, on la reconnaît, c’est celle de Louis Koo. Le procédé relève de Sunset Boulevard de Billy Wilder, le narrateur est le mort. Run papa run est l’histoire de Lee Tin-yun.

Le film de Sylvia Chang produit par Jackie Chan commence son récit par l’enfance de Lee. Une enfance misérable sans père. Sa mère (Nora Miao), toute en dignité et colère rentrée, l’élève seul et il va mal tourner. Elle soigne les membres de triades qui sont blessés. Elle reste fidèle mais on se doute que l’absence de son mari n’est pas sans rapport avec la mafia hongkongaise. Puis Lee devient adolescent. Louis Koo a une superbe coupe au bol, tout comme ses deux meilleurs amis Big Eyes (Max Mok) et Big Mouth (Lam Suet). Leurs coupes ressemblent à celles des acteurs cantonais, et Jackie Chan en tête, des années 1970.

Lee est blessé. Il est rentré dans les triades. Il va se faire soigner chez sa mère. Sur son torse, lorsqu’il enlève son T-shirt, on aperçoit de nombreux tatouages. Lee va en prison. Une jeune avocate Mabel Chan va le défendre. Elle est débutante et malhabile mais ils vont tomber amoureux l’un de l’autre. Enfin pour être plus précis, Mabel tombe amoureuse et Lee en profite pour faire l’amour. Mais, elle tombe enceinte ce qui provoque le rejet de son père, un homme très respectable incarné par le vétéran Ti Lung. C’est lui cependant qui trouvera le prénom de la fillette Hai-yi. Dès lors, c’est autour de la personne de cet enfant que Run papa run va se tourner. Les parents vont essayer de la préserver de leur réalité.

Le film va raconter aussi la grandeur et la chute d’un homme, dont le destin est tout tracé. Lee monte des affaires légales mais un ennemi se dresse, Big Head (Conroy Chan) qui essaye de lui prendre sa place. Il met sa fille dans une école catholique mais Lee se fait arrêter un jour et la gamine se retrouve toute seule. Ses amis l’entraînent dans une aventure extraconjugale avec une manucure, mais sa femme le quitte. Petit à petit, tout va aller mal pour Lee Tin-yun. Le film dure deux heures et le scénario est foisonnant. Parfois un peut trop comme quand Hai-yi, devenue adulte, tombe amoureuse du fils du chef de la police. Mais c’est une habitude à prendre dans le cinéma cantonais.

Run papa run est filmé de manière élégante. L’image est très léchée et les deux acteurs sont joliment mis en valeur. Louis Koo retrouve René Liu un an après le romantique Happy birthday. Louis Koo n’est pas le plus grand acteur de Hong Kong, certes. Mais Chang lui propose deux modes de jeu. Dans la première moitié du film, Koo est clairement animal et sexuel, la plupart du temps torse nu, en train de faire l’amour ou de se battre. Dans la deuxième moitié, il endosse le costume et devient calme et se met en scène comme un gentil papa. Le final tombe, en revanche, dans une mièvrerie assez peu satisfaisante et qui gâche un peu le film. Run papa run reste un film de grande qualité où Louis Koo est pour une fois bien employé.

Run papa run (一个好爸爸, Hong Kong, 2008) Un film de Sylvia Chang avec Louis Koo, René Liu, Liu Yihan, Lam Suet, Max Mok, Nora Miao, Conroy Chan, Ti Lung, Amy To, Chan Wai-man, Kent Cheng, Wong Chung-kau, Derek Tsang, Siu Yam-yam, Fruit Chan, Ken Lo.

lundi 30 juin 2008

18 jeunes gens en quête d’orage

Les 18 jeunes gens dont il est question dans ce cinquième film de Yoshida sont des loubards. Des jeunes adultes en marge de la société et qui vont se retrouver ensemble dans une ancienne caserne de l’armée américaine. C’est Shimazaki qui va s’en occuper. Seulement voilà, Shimazaki est lui-même en marge. Il dit d’ailleurs de sa propre personne qu’il est un vagabond.
C’est le comptable de l’entreprise du chantier naval dans lequel il travaille qui lui propose cet emploi. Car Shimazaki boit tout l’argent de sa paie dans les bars. Il a demandé de l’avance sur son salaire et risque de se retrouver le bec dans l’eau très vite. Après un vague refus, il accepte ce poste où il sera nourri et logé. Il quitte donc la chambre qu’il louait chez la mère de Nobu qui en pince pour lui.
Shimazaki est maintenant avec ces 18 garçons qui refusent toute discipline, qui veulent boire, jouer, voir des filles et ne pas travailler. Il les traite comme des merdes, leur parlent mal, les humilie. Il est tout prêt d’abandonner sa mission mais décide finalement de les civiliser, comme il dit. Ce qui ne va pas être une simple histoire. Ils ont remarqué que Nobu aimerait bien une aventure amoureuse et se moquent de lui.
La jeune femme va se faire violer par un des loubards. Un des jeunes va blesser un homme dans un bus. Ils vont se saouler et se battre comme des chiffonniers avec d’autres jeunes. Tout va mal. 18 jeunes gens en quête d’orage peut être vu comme un film moral, car il l’est d’une certaine manière. Mais il y a autre chose.
Yoshida oppose le groupe aux individualités. On ne connaîtra jamais tous les prénoms de ces jeunes. Car le groupe est vu comme un élément à part entière, un élément indivisible qui va s’affronter aux différentes individualités et en premier lieu Shimazaki et Nobu. Ordre contre désordre, le groupe se déplace sur des chemins sinueux pour descendre de la caserne à la ville de province. Et les jeunes qui forment un attroupement désordonné rencontre régulièrement dans les rues rectilignes des troupes de soldats bien rangés ou des lycéens qui font du footing en rang.
18 jeunes gens en quête d’orage est une critique sociale où Yoshida montre le monde du travail. Et ça n’est pas très beau. On y voit une société d’ouvriers qui fonctionne en différentes classes, des contremaîtres, des ouvriers qualifiés, des intérimaires et le lumpen prolétariat. Chaque classe méprisant la classe qui est en dessous de lui et celle au dessus. Bref, rien n’a changé semble-t-il.
18 jeunes gens en quête d’orage (嵐を呼ぶ十八人, Japon, 1963) Un film de Yoshishige Yoshida avec Tamotsu Hayakama, Yoshiko Kayama, Yôko Mihara, Gannosuke Ashiya.

mercredi 25 juin 2008

Soif de justice


En 1984, les Espagnols savaient tous parler cantonais. C’est ce que nous dit ce film assez moyen de Sammo Hung, bien en deçà de ce qu’il a pu tourner dans cette période phare de la Golden Harvest. Soif de justice se passe en Espagne pour des raisons aussi incompréhensibles que La Fureur du dragon de Bruce Lee se passait en Italie. A moins qu’en Espagne et à Barcelone en particulier, à cette époque, il se soit trouvé un très large public pour le trio d’acteurs.

L’intrigue se déroule donc dans une petite ville de la péninsule. Moby (Sammo Hung) est détective privé. Plus exactement, il est le larbin de Matt. Mais les affaires ne marchent pas. L’électricité a été coupée, le téléphone aussi. Les créanciers recherche le patron de Moby et il s’enfuit laissant Moby seul. Il devient, non sans fierté, son propre patron. Un homme vient alors l’engager pour rechercher une jeune femme dont il n’a aucune photo. Moby va mener l’enquête.

David (Yuen Biao) et Thomas (Jackie Chan) sont deux amis qui vivent et travaillent ensemble. Ils font leur gym d’un même mouvement et partagent tout. Ils sont d’honnêtes commerçants et tiennent un restaurant ambulant qui fait le bonheur des Espagnols. Lors d’une visite à l’asile de fous où habite le père de David, ils font la connaissance de Sylvia. On va vite comprendre que c’est la fille qui est au cœur des investigations de Moby. Pour l’anecdote, dans cet asile on aperçoit Wu Ma qui fait l’horloge, John Sham et Richard Ng.

Je reviens à Sylvia (Lola Forner) qui est au centre d’un héritage. Sa mère avait eu un enfant avec un comte espagnol et elle serait en droit de réclamer l’héritage. Là, des méchants à la solde d’un homme qui veut s’accaparer l’argent du comte vont entrer en scène. Sylvia pour se débrouiller dans la vie est devenue pickpocket. Pour attirer les hommes, elle fait croire qu’elle se prostitue. David et Thomas vont aller plus d’une fois à sa rescousse même si elle leur en fait baver.

Le scénario de Soif de justice est constamment poussif et manque de bout en bout de souffle. Et je ne parle même pas de crédibilité. Ici, c’est plutôt la débilité des gags qui resurgit, tous plus indigents les uns que les autres bien moins élaborés que dans la « trilogie » du Flic de Hong Kong. Les trois acteurs sont allés passer des vacances en Espagne. Pourquoi pas ?

Ce qui est drôle c’est de voir tous les acteurs parler cantonais à nos trois héros. On ne sait pas tout de suite que ça se passe en Espagne, et on se demande pourquoi ils ne parlent pas espagnol. Mais non. Ensuite, ce sont les fringues qu’ils portent. Une horreur de ringardise. Mais ces fringues-là étaient à la mode en 1984. Jackie et Biao sont habillés avec des sweast shirts flashy pas franchement sympas. Et puis, ils font du skate. C’était le début du mouvement.

Sammo n’est pas en reste. Je pourrais, rien qu’avec ce film, faire une nouvelle revue de mode avec toutes les tenues qu’il porte. En plus, il a eu le bon goût de se faire une permanente du plus bel effet. Bref, Sammo porte tout et n’importe quoi ici. Il se ridiculise comme rarement, mais sans que cela produise les effets comiques dont il a pu faire preuve à de maintes reprises. C’est bien entendu très regrettable.

Restent dans Soif de justice les combats que Sammo Hung a évidemment chorégraphiés. Ils sont pour la plupart d’entre eux offerts à Jackie Chan et à Yuen Biao qui sont, comme toujours, des maîtres de l’agilité. Mais, ça fait quand même bizarre de les voir se battre dans un château d’Espagne. Mais encore une fois, pourquoi pas ?

Soif de justice (快餐车, Wheels on meals, Hong Kong, 1984) Un film de Sammo Hung avec Jackie Chan, Yuen Biao, Sammo Hung, Lola Forner, Benny Urquidez.

lundi 23 juin 2008

Leaving me loving you


C’est une romance à l’eau de rose, un film où le romantisme est le personnage principal. Me quitter et t’aimer. C’est le programme de ce film de Wilson Yip qui n’a rien à voir avec les autre films que le cinéaste a pu proposer depuis. C’est d’abord et avant tout un film produit par sa star principale, l’acteur Leon Lai qui est un peu en perte de vitesse depuis quelques années.

Ça se passe à Shanghai, aujourd’hui. Leon Lai est le Dr. Wong et Faye Wong est Yuet San, son ex petite amie qui organise des soirées. Ils se sont séparés après avoir vécu une belle histoire ensemble. Wilson Yip montre cet amour avec quelques flash-back où on les voit faire du manège, manger une glace, sourire, bref la vie est belle. Mais aujourd’hui, ils ne se parlent plus même si le Dr. Wong est encore amoureux d’elle. Elle le déteste mais ils vont devoir travailler ensemble car ils ont le même client, un vieil riche homme. On s’en doute, le film passera sa durée à réconcilier les deux personnages.

Pour cela Leaving me loving you procède par étapes très simples pour montrer le rapprochement que Wong va faire pour se rapprocher de Yuet et à commencer par déménager dans la même rue qu’elle après qu’il a perdu sa trace dans la ville. Puis, une fois qu’ils se mettent à collaborer, il va chercher à montrer qu’il peut être à nouveau digne d’elle. C’est un chemin semé d’embûches pour lui comme pour elle.

Le parcours du médecin et de l’organisatrice de soirées est classique cependant, avec une bonne dose de musique sirupeuse et trois chansons de Leon Lai (après tout c’est lui qui produit). En revanche, l’image de Leaving me loving you est superbe d’une grâce comme on en voit trop rarement dans le cinéma hongkongais. D’une certaine manière, Wilson Yip et son directeur de la photo ont choisi de transmettre par les images ce que les personnage ressentent. Les travellings sont émouvants jusqu’à un certain point, car malheureusement le fil émotionnel est connu d’avance et le scénario est cousu de fil blanc.

Il y a une intrigue secondaire qui est intéressante. Celle qui concerne Kong le collègue du Dr. Wong. Il gare chaque fois mal la voiture et c’est toujours la même policière qui lui met une amende. Petit à petit, une amitié va naître qui va se transformer en romance pour Kong. Hélas pour lui, la jeune femme tombe amoureuse du Dr. Wong. Mais ce dernier fait en sorte que Kong sorte avec elle.

Leaving me loving you se regarde sans ennui même si Yip a fait mieux dans le genre romantisme avec Juliet in love. Il est finalement un cinéaste très inégal. Sans doute lui suffit-il d’avoir un beau projet pour faire exploser son talent.

Leaving me loving you (大城小事, Chine – Hong Kong, 2004) Un film de Wilson Yip avec Leon Lai, Faye Wong, Xiao Hai, Jiang Yihong, Chen Jianbin, Li Tang, Zhou Yue, Lee Na-yong.

dimanche 22 juin 2008

Le Royaume interdit

Jackie Chan et Jet Li dans un même film, cela faisait au moins vingt ans que les fans (et les autres) attendaient cela. Depuis cinq ans, les deux acteurs ont cherché à travailler ensemble. On pensait que cela n’arriverait plus et voici ce Royaume interdit réalisé par l’homme qui a commis les deux Little Stuart et d’autres comédies familiales pas franchement inventives.

Jet Li et Jackie Chan mettront quarante bonnes minutes à se rencontrer mais ils ne se sépareront plus jusqu’à la fin du film. Comme il se doit, cette rencontre se fait sur un combat entre les deux hommes, combat réglé par Yuen Woo-ping qui se contente de la routine. C’est une imitation de ce qui se fait en ce moment dans le film d’art martial : beaucoup de numérique et de moins en moins de câbles. La caméra virevolte autour des acteurs. C’est elle qui chorégraphie et non plus les jambes et les bras. C’est aussi peu gracile que dans les derniers films de Zhang Yimou.

Le personnage principal est un adolescent américain passionné de wu xia pian et de films de kung-fu. Sur son mur, il y a une affiche de Bruce Lee et d’autres films, sur sa télé on peut apercevoir que passe The Monkey goes West de Ho Meng-hua. Bref, notre ado est très versé dans l’Asie Vision. D’ailleurs le film commence par une séquence de rêve avec Jet Li dans le rôle du Roi Singe. Un Jet Li en costumes et maquillé. Ça continue bien avec un générique illustré par des affiches de célèbres de la Shaw Brothers. Et après le film commence et là ça se gâte sérieusement.

Notre jeune héros va dans un magasin tenu par un vieillard. C’est Jackie Chan atrocement grimé. Une bande de jeunes loubards vient voler la caisse de notre honorable commerçant et lui tire dessus au pistolet. Jackie Chan remet au garçon un bâton lui demandant de le rendre à son propriétaire. Le jeune atterrit dans une Chine (où le film a été entièrement tourné) de légende, celle du wu xia pian.

Il y retrouve un drunken master qui va lui apprendre les rudiments du kung-fu et devenir son sifu. Ce maître du combat ivre est bien sûr Jackie Chan qui se joue à nouveau un personnage qu’il a interprété il y a trente ans. Bonjour la modernité du scénario. Une fois la présentation des méchants, c’est-à-dire un roi aux diaboliques pouvoirs magiques et une sorcière aux longs cheveux blancs (mais n’est pas Brigitte Lin n’importe quelle actrice), Jet Li arrive dans le récit en moine. Au bout de quelques combats et de nombreux artefacts, on comprendra que ce moine est le propriétaire du bâton et qu’il est aussi le Roi Singe qui va nous débarrasser du méchant.

Rob Minkoff filme son film comme on lui a demandé de le faire : à grand renfort d’effets spéciaux qui enlève toute poésie. Comme Les Orphelins de Huang Shi, Le Royaume interdit est une commande de la Chine pour exporter, en l’occidentalisant à outrance du point de vue des rapports humains, l’imaginaire chinois. Il suffit d’espérer qu’un vrai créateur offrira un jour à Jackie Chan et Jet Li une vraie rencontre. D’ici à ce que Le Royaume interdit sorte (le film devait sortir cette semaine et sera visible dans trois mois), il faudra se farcir le nouveau Rob Cohen, soir La Momie 3 où Jet Li sera la méchante momie d’une armée de soldats de terre cuite. Mais pour l’instant, ce film est bête, laid et inutile.

Le Royaume interdit (The Forbidden kingdom, Etats-Unis – Chine, 2008) Un film de Rob Minkoff avec Jackie Chan et Jet Li.

vendredi 20 juin 2008

Une ville d'amour et d'espoir


Une ville d’amour et d’espoir est un film sur l’échec. L’échec d’un adolescent qui espère beaucoup et qui n’arrivera jamais à ses fins. Ce qu’il y a d’assez étonnant dans ce long métrage plutôt court (62 minutes), c’est son ton qui reste celui de la comédie jusqu’à la toute fin qui verse dans le drame.

L’ado s’appelle Masao. Il vit avec sa mère malade et cacochyme et sa petite sœur débile légère. Masao va au collège et sa mère souhaite qu’il aille au lycée. La mère travaille dans la rue à cirer les chaussures. Masao va vendre son pigeon à une jeune femme de bonne famille. Son père est le chef d’une entreprise voisine. Elle veut absolument aider Masao en lui donnant de l’argent mais il préfère vendre son pigeon. Car il a une combine : le pigeon rentre au bercail et il vend à nouveau. Jamais il n’acceptera de l’aide mais veut travailler, mais son plan ne se déroulera pas comme il le souhaiterait et il va se retrouver le bec.

Une ville d’amour et d’espoir est un film social, c’est-à-dire une critique de la société japonaise et de son mode de fonctionnement. Oshima a beaucoup d’empathie pour son personnage principal et le montre entre sa pauvreté et la richesse des autres. Il montre surtout que cet état est héréditaire avec tout le poids du destin. On naît pauvre et on reste pauvre, de père en fils. La même situation s’applique pour les riches. Et quand les riches veulent aider les pauvres, cela se retourne contre eux. Certes, cela est un peu schématique voire caricatural et démonstratif.

Mais ce qui intéresse le plus est la figure de Masao interprété par Hiroshi Fujikawa. L’adolescent est toujours filmé droit comme un piquet, l’air vaguement hébété et le regard vide. Cette position au milieu des autres qui sont assis ou en mouvement le singularise. Masao est en retrait de la société, il ne l’acceptera jamais ou la société le rejettera. Cette jeunesse en rupture, Oshima la montera dans ses autres films bien mieux.

Une ville d’amour et d’espoir (愛と希望の街, Japon, 1959) Un film de Nagisa Oshima avec Hiroshi Fujikawa, Yuki Tominaga, Yuko Mochizuki, Michiko Ito, Fumio Watanabe, Fujio Suga.

jeudi 19 juin 2008

Sparrow


Le nouveau film de Johnnie To nous lance un défi : raconter l’histoire la plus ténue qui soit et tenir sur la durée standard d’un long métrage. Le cinéaste, c’est vrai, n’a plus rien à prouver et on pourrait facilement dire qu’il est un formaliste, formule facile qu’il faudrait prouver. Si être formaliste aujourd’hui consiste à fignoler ses plans, à les rendre plus beaux les uns que les autres, à esthétiser à outrance et constamment, alors Johnnie To est formaliste. Sauf que Sparrow peut être vu comme une simple récréation d’un cinéaste qui a envie de filmer des lieux qu’il a aime. Pour cela, il a créé une histoire amusante et insignifiante.

Cette histoire est donc simple. Quatre pickpockets cyclistes rencontrent une jeune femme chinoise mariée à un riche et vieux hongkongais. Ils vont s’aider pour voler l’argent de l’homme d’affaires. Mais tel est pris qui croyait prendre. C’est à peu près tout. Ce scénario permettra de se promener dans Hong Kong, car il faut bien semer ses poursuivants.

Johnnie To filme les vieilles maisons de Hong Kong comme il filmait celle de Macao dans Exilés. Il s’agit pour lui de témoigner que ces vieilles bâtisses existent encore et qu’elles sont cinégéniques. Les quatre pickpockets se promènent de quartier en quartier, mais pas dans les lieux trop peuplés. Ils ne vont pas à Mongkok, ils vont plutôt sur les buttes (pas facile de les grimper en vélo), dans les quartiers cossus de la métropole. Bref, c’est à une promenade touristique que convie le spectateur de Sparrow. Johnnie To va promener sa caméra et faire quelques jolis plans que l’on pourra facilement qualifier d’imagerie. Des escaliers, le toit d’un immeuble ancien, des intérieurs art déco. C’est très beau et rarement vu dans son cinéma qui par souci de rapidité à toujours filmer les immeubles modernes, notamment ceux de la Milkyway transformés la plupart du temps en commissariat.

Cette volonté de filmer ces lieux produit directement le scénario. Plus question de mettre en scène la grosse artillerie, des combats au pistolet. Ici le calme règne. Plus question non plus de filmer en voiture qui demande trop de travail pour placer la caméra. Simon Yam et sa troupe marchent et vont parfois du vélo. Même si le vélo a du mal à supporter le poids de quatre grands gaillards comme eux. Pas question non plus de créer des personnages de policiers. Le film reste entre gens d’immoralité. Ce sont des dandys. Le beau moment du film restera celui du vol du passeport de Kelly Lin qui lui ouvrira sa liberté. Ou non. Nos pickpockets se promènent sous la pluie, armés de parapluie et de lames de rasoir. Johnnie To réinvente mine de rien le gunfight. C’est très beau et assez amusant.

Tout cela apporte son lot de nostalgie. Malgré l’humour pince sans rire entre les quatre garçons, on sent que Johnnie To est à la fin d’une étape. D’ailleurs, n’a-t-il pas annoncé qu’il quittait la Milkyway. Après son retour à Lau Chin-wan en compagnie de Wai Ka-fai pour le superbe Mad detective, Sparrow semble l’aboutissement du cinéma délicieusement superficiel qu’il a pu faire et qui a donné Yesterday once more, The Mission ou Exilé. Je me demande bien ce que sera le prochain film de Johnnie To.

Sparrow (文雀, Hong Kong, 2008) Un film de Johnnie To avec Simon Yam, Kelly Lin, Lam Ka-tung, Law Wing-cheong, Kenneth Cheung, Lam Suet, Lo Hoi-pang.

Sorties à Hong Kong (juin 2008)

City without baseball (無野之城)

Un film de Lawrence Ah Mon et Scud avec Leung Yu-chung, Ron Heung, Lin Yuan, Monie Tung, Daai Ji-ching, Tsang Kin-chung, Au Wing-leung. 101 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 19 juin 2008.




Sparrow (文雀)

Un film de Johnnie To avec Simon Yam, Kelly Lin, Lam Ka-tung, Law Wing-cheong, Kenneth Cheung, Lo Hoi-pang, Lam Suet. 87 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 19 juin 2008.





mardi 17 juin 2008

Invisible target


Quand Benny Chan ne tourne pas avec Jackie Chan, il met en scène les jeunes acteurs qu’il a contribué à lancer : Nicholas Tse et Shawn Yue. Il faut ajouter le jeune Jaycee Chan dont le nom de famille vient directement de son papa, Jackie.

Jaycee, Shawn et Nicholas sont trois flics. Ils ne se connaissent pas mais vont être amenés à travailler ensemble lors d’une enquête aux multiples rebondissements. Une bande de truands menée par de vilains et cruels Chinois vont semer la pagaille dans Hong Kong. Cette bande des quatre est dirigée par Wu Jing, qui était déjà très méchant dans SPL, qui sert ici de modèle tout à fait assumé. Wu Jing et ses potes (dont Andy On qui ne cesse pas d’être bouffi au fil des films – faut arrêter la muscu Andy) ont attaqué un fourgon blindé et on piqué le pognon. Dommage collatéral : la fiancée de Nicholas Tse meurt dans l’attaque. Il va chercher à se venger.

Par ailleurs, Shawn Yue travaille sur une autre enquête mais il va rencontrer Nicholas dans un taxi alors qu’il poursuivait un suspect. Ils vont faire équipe. Puis viendra Jaycee. Son cas est différent, c’est un simple flic qui vit avec sa grand-mère et qui est très serviable. C’est un doux alors que les deux autres sont des excités de première qui foutent des coups de poing à la moindre contrariété. Et des contrariétés, ils vont en avoir pendant les deux heures que dure Invisible target.

En dehors de moments de comédie inhérents au genre de la comédie d’action cantonaise, il n’y a que de l’action. La comédie consiste ici à de l’humour sans grande finesse et toujours situé en dessous de la ceinture. Shawn Yue doit chier des balles qu’un méchant lui a fait avaler de force. La grand-mère de Jaycee croit qu’il aime les garçons, d’où quelques quiproquos lorsqu’il ramène chez lui ses nouveaux amis couverts de bleus et qu’ils se badigeonnent d’onguent. Faut aimer, c’est la routine, ils se sont pas cassé le cul pour les blagues.

Quant à l’action, c’est un feu d’artifices permanent. Les méchants étant très, très, très méchants, ils dézinguent à tout va. Il y a au moins quinze flics tués à chaque scène de gunfight. Etant donné, qu’il y a une scène de gunfight toutes les dix minutes, on en conclue vite que les forces de police hongkongaise doivent compter environ la moitié de la population de la ville. Mais quand on aime on ne compte pas les morts.

Quand les méchants ne tirent pas, ils font exploser à la grenade tout ce qui les gène. Et des explosions aussi il y en a beaucoup, beaucoup. Et des cascades, que les acteurs ont semble-t-il fait eux-mêmes comme l’exige la tradition de la comédie d’action dans la lignée de Jackie Chan. Elles sont bien sûr spectaculaires ces cascades. Et des poursuites, à pied, sur les toits, dans la rue, au milieu de la foule, en voiture, un peu partout, en bus avec plein d’enfants. Ça n’arrête jamais. On se demande comment ils font.

Après avoir couru, sauté d’un haut d’un immeuble, évité quelques balles, quelques grenades et d’autres objets contendant, nos trois héros vont se battre avec les méchants. Wu Jing et Andy On sont costauds et leurs coups sur les corps frêles de Nicholas, Shawn et Jaycee fait mal. Très mal. Là encore, ça n’arrête pas et ça vole dans tous les sens. Ils tombent sans délicatesse sur les tables et les chaises, sans doute le plus gros budget du film tant ils en cassent.

Entre deux explosions et trois coups de poing, il n’est pas facile de déterminer si les acteurs jouent bien. Jaycee Chan tente quelques moments de dramaturgie : il pleure deux fois. Il grimace plutôt. Il est jeune, il ne pourra que s’améliorer. En revanche, Shawn Yue est impeccable et pourrait bien devenir l’un des meilleurs acteurs de Hong Kong. En deux mots comme en cent, Invisible target est super divertissant mais tout à fait sans intérêt.

Invisible target (男儿本色, Hong Kong, 2007) Un film de Benny Chan avec Nicholas Tse, Jaycee Chan, Shawn Yue, Wu Jing, Andy On, Mark Cheng, Sam Lee, Candy Liu, Elanne Kwong, Lam Ka-wah, Lam Suet, Lisa Lu.