jeudi 17 novembre 2011
Sorties à Hong Kong (novembre 2011)
mardi 15 novembre 2011
Les Plaisirs de la chair

Il ne faudra pas moins de quatre femmes à Wakizaka (Katsuo Nakamura) pour essayer de remplacer Shoko (Mariko Kaga), la seule et unique femme qu’il a toujours aimée. Les Plaisirs de la chair est le récit de cette tentative d’oubli de cet amour unilatéral. Wakizaka est un simple étudiant quand il rencontre Shoko puis devient professeur, ce qui signifie qu’il est pauvre. Shoko l’invite a son mariage, à son grand dam et il y va. Les parents de la jeune mariée, connaissant la passion de Wakizaka pour leur fille, en profite pour lui demander de tuer l’homme qui a violé Shoko. Il accompli cet acte criminel par amour.
Peu de temps après, il reçoit dans son modeste appartement, la visite d’un fonctionnaire qui affirme être l’unique témoin du meurtre. Il lui propose un marché. Le fonctionnaire a détourné de l’argent public, il sait qu’il va être découvert, arrêté et mis en prison. Il veut que Wakizaka garde trente millions de yens pendant ses cinq ans de geôles pour les récupérer à sa sortie. Il ne devra pas en dépenser et, en contrepartie, le fonctionnaire se taira. Il accepte ce marché, quatre ans se passent et il a soudain une idée. Il va dépenser tout l’argent en un an, il va coucher avec des femmes et, juste avant que le fonctionnaire ne sorte de prison, mettre fin à sa vie.
Les femmes, pour un puceau comme Wakizaka, il n’est pas évident de les aborder. Il engage Hitomi (Yumiko Nogawa) dans un bar à prostituées. Elle accepte le marché contre un million de yens par mois. Tout se déroule bien au début, elle s’achète de beaux vêtements, se parfume, se fait belle, mais leurs rapports restent superficiels. La deuxième femme est Shizuko (Masako Yagi), son époux vient s’immiscer dans leurs aventures sexuelles. C’est un minable, incapable de garder un boulot. Ils ont deux enfants. Il va leur léguer beaucoup d’argent et sa maison pour qu’ils s’en sortent en leur écrivant une lettre d’une rare cruauté.
Puis il passe à Keiko (Toshiko Higuchi), une femme rencontrée chez son médecin. Elle est froide, refuse de coucher avec lui, elle est à la fois frigide et castratrice. Finalement, il met son dévolu sur Mari (Hiroko Shimizu), une jeune muette que son proxénète présente comme idiote. Elle devient, en opposition avec Keiko, un corps avec lequel il peut faire l’amour, avec lequel il peut enfin assumer ses désirs, de la chair et rien d’autre. Mais là, le proxénète va venir s’en mêler. Et l’argent commence à manquer, l’année finit par s’écouler.
Le film n’est pas du tout sensuel et Wakizaka ne retire aucun réel plaisir de la chair tant les obstacles qui se mettent sur son chemin l’en empêchent. Plus la sortie du fonctionnaire approche, plus son état mental s’aggrave. Il commence à voir le visage de Shoko quand il étreint ses femmes. Ce qui lui coupe tous ses élans. Puis, c’est le fonctionnaire qui lui apparait, venant réclamer l’argent qu’il n’a plus. Nagisa Oshima joue sur les couleurs pour donner un effet proche du fantastique. Les scènes de tension (avec les différents « époux » ou proxénètes) sont filmées en plan séquence. Chacune des femmes est montrée dans une scène où les surimpressions des corps ou des objets déterminent son caractère. Mais ce qui ressort avant tout est que Wakizaka est incapable d’aimer dans le vrai monde, que ses désirs sont mortifères et sa vie est une tragédie.
Les Plaisirs de la chair (悦楽, Japon, 1965) Un film de Nagisa Oshima avec Katsuo Nakamura, Mariko Kaga, Yumiko Nogawa, Masako Yagi, Toshiko Higuchi, Hiroko Shimizu.
vendredi 11 novembre 2011
Merry-go-round
Merry-go-round est un film gentil, tellement gentil qu’il est classé Catégorie I, tellement gentil que je m’étonne que la UFO ait produit ça et qu’en plus Eric Tsang, patron de cette compagnie, joue dedans. C’était l’unique raison pour laquelle j’ai regardé ce film. Il joue monsieur Kuk, un veuf, qui vient d’acheter un fond de commerce pour y lancer son restaurant de nouilles. Il vit avec son fiston adolescent un peu couillon, Fung (Lawrence Chou), coupe afro et sa fillette Ku (Lai Yuen-tung) qui sera la narratrice du film. C’est sans doute pour cela que tout y sera gentil.
Le père achète le restaurant dans un quartier très peu fréquenté. Tout le mobilier du restau s’écroule (rires) puis le jour de l’ouverture, tous les clients s’enfuient en courant parce que Kuk cuisine très mal (rires). Ya plus personne pour acheter des nouilles, mais le père cherche à progresser (notions sur les valeurs de persévérance et du travail). Malgré le faible rendement, Kuk engage Carlily (Rainie Yang), dont l’oncle était l’ancien tenancier des lieux. C’est une jeune fille timide mais elle va s’entendre très bien avec Fung et commencer à sortir avec lui. Ils font chaque jour la même promenade et se pèsent chaque jour sur une balance de fête foraine. Carlily conserve tous les tickets dans un album comme autant de moments partagés.
Carlily a une sœur, Heman (Zeny Kwok) qui ne s’entend pas du tout avec Fung. Quand ce dernier téléphone à sa petite amie, ils s’envoient de bonnes bâches (rire), ils se disputent mais ils vont bien s’entendre (soulagement, l’amitié est une vraie valeur). Ils vont devenir amis et partenaires d’un jeu télévisiuel où le lot est un voyage au Japon. Heman, bien que grande gueule a un grand cœur et compte offrir le voyage à sa Carlily qui rêve de faire du carrousel (le titre du film) à Tokyo. Mais par un malheureux concours de circonstance, elle ne le pourra pas. C’est sans doute là le début de la fin de sa romance avec Fung qui serait éventuellement amoureux de Heman.
Parlons maintenant de la petite sœur, un adorable enfant qui va se lier d’amitié avec un adorable marmot qui passe souvent devant le magasin avec sa grand-mère. Locuste (Darren Cheng) et sa mamie (Helena Law) sont très pauvres. Ils ont à peine de quoi se payer un plat de nouilles pour deux et le môme porte chaque jour les mêmes vêtements. Mais Fung va prendre sous son aile le gamin qui pourra manger à sa faim. C’est une douce amitié entre les deux enfants qui se développe, une relation de respect où chacun donne de l’espoir à l’autre. Alors, bien sûr, Merry-go-round est un film relativement culcul la praline, où tout le monde sourit tout le temps (c’en est presque énervant), où les problèmes de pauvreté sont réglés à grands coups de bons sentiments et de couleurs pimpantes. Voilà, c’est un film gentil comme il en existe partout.
Merry-go-round (初戀拿喳麵, Hong Kong, 2001) Un film de Thomas Chow avec Lawrence Chou, Rainie Yang, Zeny Kwok, Darren Cheng, Lai Yuen-tung, Eric Tsang, Helena Law.
jeudi 10 novembre 2011
Sorties à Hong Kong (novembre 2011)
Sorties à Hong Kong (novembre 2011)
mercredi 9 novembre 2011
Overheard 2

dimanche 6 novembre 2011
The Lost Bladesman

jeudi 3 novembre 2011
Love and bruises

Sorties à Hong Kong (novembre 2011)
mercredi 2 novembre 2011
Les Funérailles des roses

Plonger dans Les Funérailles des roses, c’est ce retrouver dans un autre espace-temps, un cinéma qui n’est ni narratif, ni documentaire, ni expérimental, mais un peu tout cela à la fois. Film hybride comme il s’en faisait beaucoup dans la nouvelle vague japonaise mais qui est resté dans les mémoires à cause de son sujet, somme toute rarement abordé, les travestis. Eddie (Peter), jeune et joli travesti est suivi à la trace dans sa vie amoureuse, dans son travail et dans sa vie familiale. Eddie sort avec un homme plus âgé, qui semble être son patron. Il bosse dans un night-club avec d’autres travestis. On découvre cette vie nocturne où des clients viennent s’encanailler loin de leurs foyers, loin de leurs femmes. Les jeunes travestis les divertissent avec leurs jeux de séduction auxquels personne n’est dupe.
A priori, ce night-club ne cache pas un réseau de prostitution mais se distingue des autres boites de nuit, justement parce que la clientèle est gay. Face caméra, les travestis (Eddie et ses amis) répondent tant bien que mal à quelques questions maladroites sur leur mode de vie « allez vous vous habiller en femmes toute votre vie ». En parallèle, des images de manifestants réprimés par la police sont montrées. On est en pleine guerre du Viet-Nam et certains étudiants, comme les travestis qui regardent une manif silencieuse et hiératique, ne veulent plus des règles de ce monde. Le film refuse de la même manière la narration traditionnelle, la fiction habituelle. Ici, seules des bribes de récit (la vie d’Eddie, la jalousie de Leda, le pouvoir de Rabbit) est le fil conducteur du film. Tout est déstructuré comme la mise en scène, comme la vie d’Eddie, comme la société japonaise de 1969. Il fallait alors surprendre le spectateur, le mettre mal à l’aise et faire dans l’originalité. En fait, le film retombe un peu trop facilement sur ses pattes et finit par être classique.
Toute une panoplie d’effets est mise en œuvre pour rendre Funérailles des roses original. La peau d’Eddie et de son amant sont filmées de très près, dans une lumière quasi blanche, comme surexposée (le film est en noir et blanc). Régulièrement, une scène est coupée cut par une image qui intervient de manière quasi subliminale (une ligne d’hommes nus, une photo de famille où le visage du père brûle, le numéro de visa en gros plan). On y découvre une courte scène où une femme saigne de l’abdomen, image récurrente qui s’avèrera être celle de la mère d’Eddie. A de nombreuses reprises, un vase rempli de roses tombe sur le sol au ralenti. Deux fois, pour donne un effet comique, la scène est accélérée : une fois sur une danse de French cancan, plus tard dans une baston entre travestis et rockeuses. Le réalisateur rend évidemment, avec toute cette variété d’images, hommage à plusieurs cinéastes parmi lesquels Jean-Luc Godard et Ingmar Bergman dont les ombres planent de manière évidente.
Film cerveau, celui d’Eddie que l’on peut considérer comme malade et dégénéré, Les Funérailles des roses alterne l’humour et la plus grande tristesse. Sans dévoiler le finale, on comprend qu’Eddie aie la haine de la société dans laquelle il vit. Eddie se cherche et le réalisateur multiplie les scènes avec des miroirs. A commencer par celle de la réplique dans Blanche Neige et les sept nains. Plus tard, Eddie fera l’amour avec son patron devant un miroir ou il fera une confession face à la caméra qui s’avère être une mise en abyme. Enfin, il s’embrassera dans un miroir après s’être maquillé et se ramassera une grosse gifle de sa mère. Les dialogues sont décousus, ce qui procure encore plus de mystère et la musique typique de cette période évoque les expérimentations musicales de Richard Wright dans les albums de Pink Floyd (More, Ummagumma) du même millésime. Bref, Les Funérailles des roses est à la fois intrigant, démodé, intéressant, trop long, fascinant, sublime et cucul la praline. Un film incontournable.
Les Funérailles des roses (Funeral parade of roses, 薔薇の葬列, Japon, 1969) Un film de Toshio Matsumoto avec Peter, Osamu Ogasawara, Yoshio Tsuchiya, Emiko Azuma.


