mercredi 5 décembre 2007

Love battlefield


Il y a quelque chose d’assez émouvant de se rendre compte qu’on n’a pas eu tort. Il y a un an, je parlais dans mon ancien site de Dog bite dog, désormais visible en France, et en disait tout le bien que j’en pense. La question que je me pose toujours avec ce genre de coup de cœur, est de savoir si le film du cinéaste Soi Cheang, était un heureux hasard ou si l’homme avait déjà quelques chose de bien. Il faut dire que certains ses titres de ses films font peur.

Sans atteindre le niveau de Dog bite dog, il faut reconnaître que Love battlefield est très recommandable. Le dvd vient de sortir en France en complément du magazine Score Asia dont je dirai deux mots dès ma lecture achevée. En revanche, est-ce une mauvaise impression, mais on dirait que l’image est coupée sur la droite : les noms des acteurs sont pas en entiers. Mei Ah aurait-il escroqué Kubik ? Et quelle idée de mettre une VF !

Ce qui frappe d’abord dès les cinq premières minutes, c’est la rapidité avec laquelle Soi Cheang met en place ses deux personnages. Leur rencontre est vite mise en boîte. Deux jeunes en vacances, un vélo et très vite on les retrouve avec quelques mois de vie commune et déjà l’ennui du quotidien, la routine. Mais l’amour est un champ de bataille et la guerre qu’ils vont mener n’est pas des plus calmes.

On comprend très vite de toute façon que le cinéaste n’est pas à l’aise avec cette histoire de couple et que, ce qui l’intéresse, c’est la bataille, c’est l’affrontement entre deux raisons d’être. Donc, en guise de voyage romantique en Europe, lui, Yui (Eason Chan) se dispute avec elle, Ching (Niki Chow) parce qu’on leur a volée leur voiture. Yui retrouve le véhicule, mais surtout les voleurs autour.

Commence alors la galère, les coups de feu, le sang, les blessures, les cris, la douleur, les morts en rafale. Ching, qui voulait quitter son homme, se met à le rechercher avec deux amis et éventuellement un pote, flic, (Carl Ng), qui s’avèrera très con. Le route est semée de chausse-trapes et surtout de la femme du malfrat en chef, enceinte jusqu’aux dents et plus enragée que tout le monde.

Les voleurs viennent de Chine, parlent mandarin et veulent vendre de la drogue. Etrangement, on dirait que Yui les comprend, qu’il veut les aider. Il est infirmier et les soigne. Certes, contre son gré, mais il y a quelque chose d’étrange et d’ambiguë dans sa situation. Une idée comme le syndrome de Stockholm. D’autant, que les malfrats sont imprévisibles et vraiment tarés.

Mais, cela n’est pas le plus intéressant. Soi Cheang expérimente dans son film deux ou trois choses qui, sans être révolutionnaires, sont rares dans le film policier cantonais. Lors du premier affrontement entre les malfrats et la police, on voit les photos des cadavres des flics. Belle idée de flash forward. On y voit aussi pas mal de travail sur la lumière, comme il y en aura dans Dog bite dog. Lumière très bleue, très frontale, comme aux débuts de la Milkyway.

Sans arriver à la grandeur de Dog bite dog, Love battlefield est déjà quelque chose de troublant et de fort. Ainsi, ce que Soi Cheang envisage dans Love battlefield, il le concrétisera dans son autre film. Il n’y a pas encore de « message » politique, mais plutôt une envie de créer un univers visuel. Et ça, c’est de plus en plus rare à Hong Kong.

Love battlefield (.作戰, Hong Kong, 2004) Un film de Soi Cheang avec Eason Chan, Niki Chow, Wang Zhiwen, Qin Hailu, Raymond Wong, Kenny Kwan, Carl Ng.

mardi 4 décembre 2007

No regret


Su-min (Lee Yeong-hoon) travaille à l’usine. Il est un prolétaire qui fait différents petits boulots pour survivre. Le soir, il va prendre des cours d’informatique pour tenter de sortir de sa condition sociale et de s’élever dans le monde. Su-min est orphelin et habite avec un de ses amis de l’orphelinat. Ensemble, ils mènent une vie simple.

Un soir, il reçoit un coup de fil pour ramener un homme qui est trop soul pour conduire. Cela fait partie des jobs qu’il pratique pour gagner plus dans la Corée ultra libérale. Il conduit son client. Il s’agit d’un homme qui s’avèrera être le fils du patron de l’usine (Lee Han). Et ce fiston propose à Su-min de venir chez lui pour boire un verre et plus si affinités. Su-min refuse.

Plus tard dans la semaine, Su-min et l’autre se rencontrent à l’usine. Il y a des licenciements à l’ordre du jour. Su-min est dans le train mais le fils du patron l’apprend et il est réintégré. Ce qui met en colère Su-min qui démissionne. Hélas, il faut vivre et Su-min ira travailler au bar « karaoké » X-Large.

Le fils du patron l’apprend et va au bordel pour coucher avec Su-min dont il est tombé amoureux. Madame, le patron du lieu, insiste pour que Su-min fasse son travail. Mais, Su-min ne veut plus coucher avec le jeune homme qui ne cesse de venir le poursuivre des ses assiduités. Su-min ne veut plus le voir, mais rien n’y fait.

Ce que l’on apprend aussi, c’est que le fils du patron, contraint par les normes notamment celles de sa classe sociale, doit se marier. La mère et le père savent que leur fils est homosexuel, mais peu importe. L’amour n’est pas une règle pour le mariage. Mais petit à petit Su-min se laisse conquérir par le fiston qui enfin lui dit son nom : Jae-min.

No regret construit son récit sur l’image d’un pur mélo comme les Coréens en produisent par dizaine. Le film va d’un renversement de situation à un autre. Jea-min est amoureux de Su-min. Puis ce dernier accepte cet amour mais l’autre se refuse à cause du mariage, ce qui crée une bonne grosse jalousie colérique.

On passe du drame à la tragédie quand Su-min décide d’éliminer physiquement Jae-min alors que ce dernier vient de renoncer au mariage. Cela va-t-il bien se terminer ? Mais No regret est avant tout un film qui déploie son récit autour des rapports entre classes sociales, comme dans tous les mélos qui se respectent. De ce point de vue le cinéaste tient son film dans le droit chemin quitte à pousser jusqu’au bout les situations. La photographie est proche du noir et blanc.

Lee Song Hee-il était déjà l’auteur d’un film à sketchs sur les homos coréens. Finalement, No regret en dit beaucoup plus que certains films récents de festival sur la société capitaliste de la Corée, où tout peut être acheté, y compris les hommes.

No regret (후회하지 않아, Corée, 2006) Un film de Lee Song Hee-il avec Lee Han, Lee Yeong-hoon, Kim Dong-wuk, Hwang Chun-ha, Kim Jeong-hwa, Lee Seung-cheol

lundi 3 décembre 2007

Daisy


Entre Initial D et Confession of pain, Andrew Lau a tourné seul, sans Alan Mak, ce Daisy scénarisé par Felix Chong, l’auteur des Infernal affairs et Kwak Jae-young, réalisateur de My sassy girl, entre autres.

Car Daisy est une coproduction entre la Corée et Hong Kong. Jusque là, tout est normal, cela n’est pas une première. En revanche, le film se passe entièrement à Amsterdam, dans le quartier de Haarlem pour être précis. Difficile de comprendre pourquoi Lau et ses producteurs ont choisi de faire se dérouler le film en Europe et en Hollande en particulier.

Certes, notre héroïne Hye-young (Jeon Ji-hyeon) dessine. Elle fait des portraits des touristes sur la place publique. A un moment dans le film, les personnages discutent d’impressionnisme, pour parler de quelque chose. Cette Hollande-là semble ne pas exister vraiment. D’ailleurs tous les habitants parlent anglais.

Daisy décrit les tourments amoureux de trois personnages. Autour de Hye-young, deux hommes font leur apparition. D’abord Park (Jeong Woo-seong, beau gosse du cinéma coréen) qui est un tueur à gages ( !) et qui offre chaque jour à Hye-young un bouquet de marguerites (le daisy du titre qui ne désigne pas le prénom). Il le fait en secret. Il est tombé amoureux d’elle un jour de promenade à la campagne. Il a sauvé le sac à main de Hye-young, mais elle est partie sans avoir pu le récupérer.

L’autre homme, c’est Jeong-woo (Lee Seng-jae) qui lui est flic. Il se fait faire le portrait. Il revient chaque jour la voir. Park observe de loin ce petit manège et commence à être jaloux. Petit à petit, Jeong-woo pour s’accaparer la jeune femme, se fait passer pour l’homme aux fleurs. Jusqu’au jour où il se fait tirer dessus.

Hye-young perd l’usage de la parole à cause d’une balle perdue. Le truand s’est enfin fait connaître auprès d’elle, mais elle ne pense qu’au flic, qui a disparu. Tout cela désespère Park.

Daisy est un film étrange. Le scénario est assez peu crédible. Avaient-ils besoin de faire une histoire d’amour à trois avec une opposition flic truand ? Le scènes de gunfights au beau milieu de la place de Haarlem sont foireuses. On est bien loin du génie de Paul Greengrass dans la franchise Jason Bourne.

C’est bien entendu une tentative de renouvellement du genre deux garçons une fille. Le film ne fonctionne pas parce qu’on ne comprend pas la vraie raison de leur séjour en Hollande. On ne comprend pas pourquoi Park doit tuer ces gens-là. Dommage, car comme d’habitude, les images d’Andrew Lau sont toujours aussi splendides.

Daisy (데이지, Corée – Hong Kong, 2006) Un film d’Andrew Lau avec Jeon Ji-hyeon, Jeong Woo-seong, Lee Seong-jae, David Chiang

samedi 1 décembre 2007

Paysages manufacturés


Ce documentaire de l’Ontario sorti en catimini cette semaine en France, n’est pas un film sur la Chine d’aujourd’hui. La réalisatrice a suivi Burtynsky, photographe, dans sa recherche de paysages modifiés par la main de l’homme. Il photographie les usines, les carrières à l’air libre, les carcasses de voiture, les ponts. Bref, tout ce qui dans la nature est abîmé par la culture.

Paysages manufacturés ne prendra pas ouvertement position, pas plus que ne le faisait Notre pain quotidien au printemps. C’est à la fois sa force et sa faiblesse, puisqu’on ne sait pas si Burtynsky admire les désastres de l’ultra libéralisme en Chine, où le film a principalement été filmé notamment à Shanghai, et au Pakistan.

Quelques plans frappent par leur caractère imposant. Paysages manufacturés sur un travelling dans une usine. Pendant sept minutes, la caméra filme les ouvriers. Puis, on les retrouve, ces ouvriers qui osent à peine regarder l’objectif, dans l’allée de l’usine pour une immense photo collective digne des ballets communistes.

Le film va ensuite, évidemment, vers l’horreur de l’humanité actuelle : le barrage des Trois Gorges dont Jia Zhangke avait déjà parlé dans Still life. On y voit les ouvriers détruirent leur ville, leur passé. Là, c’est très fort. Beaucoup plus fort qu dans le film de Jia. Et on se dit que vraiment on marche sur la tête, qu’on est en train de devenir complètement fous. Un film qui fait peur.

Paysages manufacturés (Manufactured landscapes, Canada, 2006) Un film de Jennifer Baichwal sur Edward Burtynsky

jeudi 29 novembre 2007

Sorties à Hong Kong (novembre 2007)

Mad detective (神探)
Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Lau Ching-wan, Lam Ka-tung, Kelly Lin, Andy On, Lam Suet, Eddie Cheung. 91 minutes. Classé Catégorie III. Sortie : 29 novembre 2007.

In love with the dead (塚愛)
Un film de Danny Pang avec Shawn Yue, Stephy Tang, Patrick Tam. 98 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 29 novembre 2007.





mercredi 28 novembre 2007

My blueberry nights


En France, le cinéma d’auteur est roi. Et Wong Kar-wai est un auteur. Depuis sa découverte, chacun de ses films a été adulé. Lui-même est une idole. Pour être plus exact, il représente le cinéma de Hong Kong peuplé de jolies actrices, de jolis acteurs, dans de jolis cadres avec de jolies couleurs. Les films de Wong, c’est l’exotisme.

In the mood for love avait fait bander à peu près le monde entier, sauf moi, et depuis Wong nous refait le même film : 2046 son très, très long métrage, son épisode pour Eros intitulé La Main et également cette année son sketch pour Chacun son cinéma. Indécrottable romantique, Wong Kar-wai met un acteur et une actrice devant sa caméra et filme ça. My blueberry nights, c’est encore ça

Elizabeth (Norah Jones, pas très bonne actrice – loin de là) entre dans le café de Jeremy (Jude Law, pas crédible pour deux cents). Elle cherche son mec pour lui laisser ses clés. Jeremy lui dit qu’il l’a bien. Il le reconnaît grâce au menu qu’il a pris. Elizabeth part en laissant les clés puis revient. Jeremy nettoie son café et jette les gâteaux non consommés. Il s’apitoie sur la tourte aux myrtilles. Elizabeth adore ça. Elle reviendra chaque soir en manger.

Nous autres spectateurs ont a compris qu’il en pince pour elle, mais elle, elle n’a pas compris. Du coup, elle part dans le Tennessee et devient Betty le jour, serveuse dans un restaurant, et Lizzie le soir, barmaid. Elle y rencontre l’étrange Arnie (David Strathairn, qui fait la gueule), un alcoolique par ailleurs flic la journée. Son épouse Sue Lynne (Rachel Weisz, pleine d’énergie) le trompe avec une petite frappe. Il se suicidera, à moins que ce ne soit un accident.

Départ à nouveau, mais pour le Nevada cette fois. Elizabeth est devenue Beth et elle est serveuse dans un casino. Elle y rencontre Leslie (Natalie Portman, son personnage ressemble à celui de Kimberley dans Nip/Tuck), joueuse invétérée. Elle joue les économies de Beth. Puis, elle parte à Las Vegas. Retour enfin au bar de Jeremy appelé Ключ, ce qui en russe veut dire clé. Car, bien entendu la clé du bonheur était avec lui.

Le scénario de My blueberry nights est d’une rare indigence. Il ressemble à s’y méprendre à un condensé des épisodes de Dawson, ou d’une quelconque série américaine pour ados. Ou pire à Angel-A de Luc Besson. Destins croisés, amours contrariées, peut-on lire dans les mots clés sur allociné. Oui, pour rien n’en faire. Wong Kar-wai, comme dans ses autres films, offre une histoire sans intérêt, mais trop romantique. Sauf que dans My blueberry nights on s’en moque totalement. Ça parle sans cesse pour dire des banalités.

J’espérais que le passage aux Etats-Unis aller amener un peu de fraîcheur. Rien ! My blueberry nights pourrait se passer en Allemagne, en Argentine, en Australie ou n’importe où l’on peut voyager. Sa vision des Américains est anodine. Tout le monde est gentil, même ceux a priori pas sympas, comme Sue Lynn. Et bien sûr, personne ne couche avec personne. Et le baiser final est banal. Il était tant attendu, on disait que Wong l’avait filmé sous plein d’angles différents. Même pas, tout le film est décevant.

Car le principal problème de Wong Kar-wai, c’est qu’il a pris comme chef opérateur Darius Khondji, qui plombe chacun des plans de My blueberry nights, comme il plombait ceux des films qu’il a photographiés. On n’en croit pas ses yeux. Couleurs criardes et saturées, des images filtrées en veux-tu en voilà, des reflets de partout, miroirs, vitres, des flous sur les visages et des mises au point sur des objets au premier plan. Et l’horreur enfin, des ralentis insignifiants. C’est très ringard. Comme est ringarde la musique de Ry Cooder et les chansons niaises de Norah Jones. Oubliez la chanson des Turtles sur Happy together, ou les chansons de Frank Zappa. Dans My blueberry nights, on ne trouvera que de la pop FM.

Finalement, il est arrivé au cinéma de Wong Kar-wai, ce qui arrive à beaucoup de cinéastes : une incapacité à se renouveler, une confiance absolue dans son art qui le pousse à la caricature. Le vrai problème avec Wong Kar-wai est sans doute qu’il a été surestimé par la critique et que ses films sont emprunts d’une époque, qu’ils sont le reflet d’une mode. Dans les années 1970, ce fût Jerry Schtazberg, dans les années 1980 Roland Joffé, Leurs films sont aujourd’hui assez irregardables. Récemment Kim Ki-duk. Wong Kar-wai est un cinéaste asiatique pour ceux qui détestent le cinéma asiatique.

My blueberry nights (Hong Kong, Chine, France, 2007) Un film de Wong Kar-wai avec Norah Jones, Jude Law, Rachel Weisz, David Strathairn, Natalie Portman

mardi 27 novembre 2007

Eastern condors


Film de guerre violent (pléonasme), Eastern condors montre la face cachée de Sammo Hung : son côté obscur et sombre. Un an et demi après Shanghai Express, comédie joviale et bon enfant, Sammo Hung change radicalement de style en tournant Eastern condors. Le film de guerre à Hong Kong n'est pas un genre phare. C'est un pari risqué pour Sammo Hung parce que non seulement il abandonne ce avec quoi il a triomphé depuis une décennie, mais en plus Heroes shed no tears de John Woo sorti quelques mois plus tôt a été un gros échec commercial. Mais après avoir rendu hommage au western, il tente le film de guerre, ou plutôt le film de commando. Puis, il retournera à la comédie d'action avec Dragons forever.

1976, aux Etats-Unis. Un officier américain (Lam Ching-ying) a pour mission d'engager des mercenaires pour neutraliser des armes et des missiles cachés par les Américains dans un entrepôt au Viet Nam. L'Armée US ne veut pas que les communistes puissent utiliser ces armes super puissantes et menaçantes. L'opération s'appelle Eastern condors et les dix mercenaires (dont Sammo Hung) seront choisis parmi des prisonniers de droit commun (trafic de drogue, meurtre, rackett). En route pour le Viet Nam où ils seront parachutés au dessus de la forêt vierge. Au dernier moment la mission est annulée. Seulement voilà, tout les anciens prisonniers à qui les Etats-Unis ont promis et la liberté et de l'argent ont déjà tous sauté de l'avion. Commence alors leur quête vers les missiles, car ils ignoreront pendant tout le film que la mission est annulée.

Shanghai Express était un film choral, Eastern condors sera un film de groupe avec toujours un macguffin purement scénaristique. L'enjeu du film est plus simple : qui va survivre à la mission. Les dix mercenaires plus l'officier (les onze salopards) vont être accueillis par trois Cambodgiennes membres de la guerrillera anti-communiste. Elles luttent contre une éventuelle invasion vietnamienne. On est déjà à quatorze personnages. Puis, arrive Yuen Biao (affublé d'une mèche de cheveux digne de Super Résistant) et son père adoptif. Nous voilà à seize. Et pourtant Sammo Hung réussit le miracle de personnaliser chacun de ses personnages.

Le scénario repose sur un mode très simple : le groupe avance vers la base de missiles, l'ennemi arrive, le groupe se bat contre l'ennemi, quelques membres du groupe disparaissent dans le combat, les mercenaires continuent leur route. Le tout est répété une demi-douzaine de fois jusqu'au final où Yuen Wah, en chef vicieux des Viet Congs, donnera sa tannée aux derniers survivants. Moment de bravoure où l'acteur est habillé en col Mao, fines lunettes cerclées, tenant toujours un éventail et s'essuyant la sueur d'un mouchoir blanc. C'est une belle composition de méchant cruel. Pour les scènes d'action, Sammo Hung n'y va pas avec le dos de la cuiller. Pour être violent, c'est violent. On y tue à la pelle, on torture, on y coupe des bras. Une scène est particulièrement difficile : celle des enfants soldats qui jouent à la roulette russe dans un hommage décalé au film de Michael Cimino.

Mais au-delà du film de guerre du Viet Nam, Eastern condors est un film volontiers anti-communiste qui évoque crûment les conflits qui ont eu lieu depuis la fin de la guerre du Viet Nam. Il stigmatise par exemple la folie khmère rouge responsable de la mort de trois millions de Cambodgiens. Il renvoie dos à dos, l'irresponsabilité américaine qui laisse des tonnes de bombes et les Vietnamiens qu'il montre toujours incompétents et stupides. Sammo Hung n'a pas été vu autrement qu'un auteur moralement douteux. L'est-il plus que Samuel Fuller et ses films de guerre ? L'est-il plus que Sam Peckinpah à qui il rend hommage avec ses ralentis ? L'est-il plus que Tsui Hark dont on connaît les penchants nationalistes ? Non, Sammo Hung est un grand cinéaste. Tout simplement, un homme pour qui tout mouvement est cinématographique.

Eastern Condors (東方禿鷹, Hong Kong, 1986) Un film de Sammo Hung avec Sammo Hung, Yuen Biao, Lam Ching-ying, Melvin Wong, Charlie Chin, Yuen Woo-ping, Billy Lau, Corey Yuen, Yuen Wah.

lundi 26 novembre 2007

Les Petites fleurs rouges


Peu de monde connaît Zhang Yuan. Ces films ont été rarement vus en France : un petit passage par Cannes en 1997 avec West Palace East Palace qui parlait d'homosexualité (le film est sorti en 2006 en DVD). Ses autres films n'ont jamais franchi nos frontières. Et que peut faire le petit Dong Bowen, quatre ans au compteur, face à la si jolie coiffure blonde de Freddie Highmoore dans le rôle d'Arthur. Finalement, le marketing infernal aura fonctionné à plein régime.

Que tout le monde fasse la même chose est justement l'idée fixe de Madame Lin, la directrice du jardin d'enfants dans lequel Les Petites fleurs rouges nous plonge. On n'en sortira pas. Le film montre combien la machine idéologique peut créer des ravages, combien il est reposant de faire comme les autres. Ça se passe dans les années 1960, mais c'est pareil aujourd'hui. L'école est là pour te former mon enfant, pour t'enlever ton imaginaire et que surtout tu te taises et que tu acceptes les règles. Tout cela n'est pas du goût du petit Fang Qiangqiang (Dong Bowen donc, admirable acteur) qui se retrouve un jour dans ce jardin d'enfants parce que son père doit travailler loin. Nous sommes tous des petits Fang.

Apprendre les règles pour devenir un homme : ne pas faire pipi au lit, aller au toilettes au bon moment, se laver les mains, s'habiller seul et ne pas bavarder le soir. Fang Qiangqiang est stupéfait que tous ses 130 petits camarades respectent autant ces cinq commandements. Lui n'a envie que d'une chose : faire ce qu'il veut quand il le veut. Mais le regard des autres vous oblige à être dans la loi. Et le tableau avec les petites fleurs rouges, l'équivalent de nos bons points, est bien en évidence pour rappeler qui est dans le système. Qiangqiang n'a pas de fleur. Il s'en moque au fond. Il les aime parce qu'elles sont belles, mais il continue d'être libre.

Cette liberté passe par l'imagination. Il réussit à convaincre les autres enfants que Madame Li mange les enfants. Ce qui crée un chaos important dans le jardin d'enfants. Il veut aussi vérifier quels enfants a une queue, manière de faire une sorte d'éducation sexuelle qui ne dirait pas son nom. De toutes façons, à cause des règles, les enfants connaissent leur nudité. C'est d'ailleurs un des points les plus étonnants du film. Ici, le corps est libre. Zhang Yuan ne montre pas de fausse pudeur à filmer des jeunes enfants nus. On et encore plus étonné des pantalons des garçons qui sont ouverts à l'entrejambe, dans une idée de faciliter l'accès au petit coin.

La plus grande liberté de Qiangqiang est son refus de l'autorité. Les enfants le dénoncent à la moindre bêtise ce qui lui donne envie d'en faire encore plus. Madame Li n'est pas réellement méchante avec lui (on n'est pas dans Les Misérables), mais elle a perdu sa capacité de libre arbitre. Elle est absente à elle-même, comme un robot. Elle est monstrueuse parce que l'idéologie a eu raison d'elle. Les Petites fleurs rouges est une ode à la liberté, la vraie, celle qui fait qu'on se sent libre au milieu des règles et des contraintes. Zhang Yuan réussit son film sans l'ombre d'une mièvrerie et d'une concession. Tout le contraire d'un film de Besson.

Les Petites fleurs rouges (看上去很美, Chine-Italie, 2006) Un film de Zhang Yuan avec Dong Bowen, Zhao Rui, Ning Yuanyuan, Li Xiaofeng, Chen Manyuan

vendredi 23 novembre 2007

Quand l'embryon part braconner


La sortie en France de Quand l’embryon part braconner, quarante ans après sa conception, n’est pas en soi un évènement. Son interdiction aux moins de 18 ans, dont la presse a beaucoup parlé, faisant circuler une pétition prônant la liberté d’expression, n’est pas non plus un évènement. A moins que le distributeur, qui avait eu il y a deux ans de sortir plusieurs beaux films de Yasujo Masumura, ne sorte plusieurs films de Wakamatsu. Mais chat échaudé craint l’eau froide.

Quand l’embryon part braconner existe-t-il en lui-même ? Peut-on l’extraire du reste de la filmographie du cinéaste, ou même de l’histoire de l’industrie du cinéma japonais des années 1960-1970 ? C’est une grande question que seul un spécialiste des deux choses pourrait discuter. Je ne le ferai pas, je n’y connais pas grand-chose. Je n’ai pas pu assister aux diverses projections de Wakamatsu, n’étant pas Parisien.

Wakamatsu filme en huis clos ses deux personnages. Un homme et une femme. Ils travaillent ensemble dans un magasin, il est son supérieur. Le film commence sous la pluie, dans une voiture. Ils s’embrassent, il veut coucher avec elle, elle ne veut pas dans une voiture. Ils vont dans l’appartement du monsieur. Tout est sourire, tout est romantique.

Très vite, elle va déchanter. Il la drogue et, plutôt que de lui faire l’amour, se met à la fouetter vicieusement après l’avoir déshabillée et attachée. Le calvaire de Yuka va commencer. Sadao (nom rappelant Sade) va la maltraiter comme jamais on ne devrait le faire. Et Wakamatsu filme la lanière s’abattre sur la peau de la jeune femme.

Puis, Yuka sera traitée comme une chienne. Littéralement. Sadao la fera tourner par terre à quatre pattes. Il lui met une corde autour du coup comme un collier et une laisse et lui demande d’aboyer. Il lui donne à manger si elle se comporte en chienne, sinon, c’est le fouet.

Sadao a son raisonnement propre qui s’exprime par flash-back : la lumière devient très blanche et on voit sa femme, avec qui il n’est plus. Au court du film, on comprend qu’elle voulait un enfant. Lui, non. On comprend qu’il a aussi battu sa femme. Qu’il s’est fait opéré pour ne pas enfanter. On comprend aussi des problèmes parentaux. Il se fait traiter de pédé par sa femme.

Le film, en plus d’images de violence, devient pour les oreilles (ou les yeux : il faut lire les sous-titres) une horreur. Un vrai film d’horreur. La logorrhée de Sadao s’exprime en plein. Il se plaint des mœurs relâchées depuis la fin de la guerre. Il stigmatise l’existence des femmes. Il affirme qu’une fois qu’elles tombent enceintes, elles redeviennent animales. En la fouettant, il veut lui rendre sa pureté. Les moments de pause sont rares. On est devant la haine nue.

Kôji Wakamatsu fignole ses images. Un plan revient souvent : il filme du fond du couloir et laisse entrevoir Sadao et Yuka nus devant le lit. Un beau travelling sur le corps meurtri de Yuka. Son visage en plan arrêté. Elle souffre. Ce n’est pas de l’extase sexuelle. Sur les murs et les plafonds, on voit des reflets d’eau. Puis, il plonge la tête de Yuka dans la baignoire pleine.

Quand l’embryon part braconner est peut-être une critique décalée d’un certain Japon. Peut-être Wakamatsu stigmatise le comportement et les théories de Sadao. Mais dans le genre, La Bête aveugle de Masumura, tourné trois ans plus tard, était bigrement plus fort.

Quand l’embryon part braconner (胎児が密猟する時, Japon, 1966) Un film de Kôji Wakamatsu avec Miharu Shima, Hatsuo Yamatani

jeudi 22 novembre 2007

Sorties à Hong Kong (novembre 2007)

Anna & Anna (安娜與安娜)

Un film d’aubrey Lam (Singapour, Chine, Hong Kong) Avec Karena Lam, Lu Yi, Tender Huang. 90 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 22 novembre 2007.

Site officiel : cliquer ici.