lundi 15 décembre 2008

The Warlords, meilleur film aux 45ème Golden Horse Awards

Le film épique à Hong Kong fait preuve d’un petit renouveau depuis quelques temps. The Warlords de Peter Chan Ho-sun a gagné un grand nombre de récompenses depuis sa sortie il y a tout juste un an. Presque tous les Hong Kong Film Awards et le 6 décembre 2008, lors des 45ème Golden Horse Awards, le prix du meilleur film, meilleu réalisateur, meilleurs effets visuels. Depuis, cette sortie les cinéastes de renom et les stars se bousculent au portillon pour tenter eux aussi de rafler la mise. Un tel engouement est une assez bonne occasion pour comparer les affiches de ces films épiques, par ailleurs des productions panasiatiques, sortis depuis un an et constater que, pour attirer le public, mieux vaut ne pas innover et regarder ce qui se fait ailleurs.


Warlords (投名狀) Un film de Peter Chan Ho-sun. Sortie : 13 décembre 2007.


An empress and the warriors (江山美人) Un film de Ching Siu-tung. Sortie : 20 mars 2008.


Three kingdoms Resurrection of the dragon (三國之見龍卸甲) Un film de Daniel Lee. Sortie : 3 avril 2008.


Red cliff (赤壁) Un film de John Woo. Sortie le 10 juillet 2008.


Painted skin (畫皮) Un film de Gordon Chan. Sortie : 26 septembre 2008.


Butterfly lovers (武俠梁祝) Un film de Jingle Ma. Sortie : 9 octobre 2008.


A cette liste, il serait possible de rajouter Le Royaume interdit avec Jackie Chan et Jet Li et, pourquoi pas, La Momie 3, deux films américains assez ratés.

dimanche 14 décembre 2008

Painted skin 1993


Après les petits problèmes logistiques subis lors du tournage de Swordsman et qui ont mené à son remplacement derrière la caméra, King Hu tourne deux ans plus tard son dernier film Painted skin. Tsui Hark n’est plus à la production mais son ombre est présente puisque les personnages principaux sont joués par Adam Cheng, Sammo Hung et Joey Wong, tous trois habitués de l’univers de Tsui Hark. King Hu reste dans cette mouvance du film fantastique en costumes, qui pourtant n’était plus tellement à la mode auprès des spectateurs.


Maître Wang (Adam Cheng) est un lettré et aussi un musicien qui pratique la harpe chinoise. Il joue avec des amis. King Hu installe longuement sa plage musicale et la fait durer. Enfin, au bout du morceau, Wang se lève et s’en va, sans que l’on ne comprenne quel sens avait cette introduction, si ce n’est le plaisir de King Hu de nous faire entendre de la musique. Maître Wang sort, c’est la nuit et il aperçoit un marchand ambulant de viande de chien. C’est Wu Ma, qui s’avèrera un moine taoïste. Il fait un petit tour de magie en faisant disparaître son étal. King Hu ne change pas sa mise en scène, le champ contrechamp suffit à faire l’illusion.


Dans une rue étroite, Wang renverse une jeune femme, Miss Feng (Joey Wang). Il lui propose de venir chez lui, elle semble désemparée. Elle est toute vêtue de blanc, couleur du deuil et de la mort. Il n’avertit pas sa femme et la conduit dans sa bibliothèque. L’attitude de Miss Feng est étrange lorsque le matin survient. On comprend qu’elle est un fantôme. Dans la matinée, Maître Wang rencontrera Daoling (Lau Shun) qui lui affirmera qu’il est hanté. Pour le lettré, c’est incompréhensible. Il a du mal à imaginer un univers de l’au-delà. Mais Miss Feng va lui raconter pourquoi elle ne peut se réincarner.


Le roi démoniaque du Yin Yang la tenait prisonnière, elle s’est échappée. Elle doit souvent enlever la peau de son visage pour lui redonner du lustre, d’où le titre du film, qui est une adaptation des récits de Pu Sun-ling. Le démon va chercher à récupérer sa proie. Il entre dans le corps de Maître Wang et la chasse avec ses sbires. Mais les deux moines taoïstes partent à la recherche du Grand Moine (Sammo Hung) qui permettra à l’innocente dame fantôme d’échapper à son destin. La route sera longue jusqu’au monastère du Grand Moine et les embûches seront nombreuses de la part des sbires et du roi démoniaque.


Painted skin est un film d’un autre âge. King Hu tente de faire un film fantastique avec sa propre méthode, celle de A touch of zen. Tout le monde semble jouer au ralenti en prenant bien garde de rester dans le cadre lors des nombreux mouvements d’appareil. C’est très joli ces travellings dans la prairie, mais cela donne un rythme indolent. Les rares scènes d’arts martiaux avec Sammo Hung ou Lam Ching-yin (qui fait une très courte apparition) souffrent de cette vieille méthode du champ contrechamp. Les effets spéciaux sont très bricolés. Le film manque totalement d’humour malgré quelques tentatives. King Hu, pour son dernier film, ne parvenait pas à renouveler un genre entièrement dominé par les productions de la Film Workshop.


Painted skin (画皮之阴阳法王, Hong Kong – Chine, 1993) Un film de King Hu avec Adam Cheng, Joey Wong, Sammo Hung, Wu Ma, Lau Shun, Lam Ching-yin.

vendredi 12 décembre 2008

Fatal move


Quand les noms des acteurs apparaissent dans le générique de début du film, une légère impression de déjà-vu m’a envahi. Cela rappelle les génériques de SPL ou des deux Election, tous sont là et je m’attendais à voir le nom de Johnnie To en tant que producteur. Mais même pas. C’est Charles Heung qui illumina Hong Kong dans les années 1990 avec ses productions qui est derrière le projet. Il a toujours surfé sur les succès et s’est spécialisé dans les films de triades, dont on dit qu’il connaît très bien le milieu.


On pourrait s’amuser au jeu des ressemblances entre Fatal move et d’autres films. Simon Yam entame le film dans une belle scène en chromo rouge où il tire à bout portant sur un pauvre gars. Il est bien entendu habillé très chic, façon Armani comme dans les Election. Sammo Hung, qui joue son grand frère et le parrain, a un enfant malgré son grand âge, comme dans SPL, et là aussi il intervient face à la police qu’il somme de quitter son quartier général. Wu Jing n’a plus les cheveux teints en blond comme dans SPL, mais en bleu avec une large mèche sur les yeux.


Fatal move montre le destin qui s’abat sur une triade dirigé par Sammo Hung et Simon Yam. Les deux frères travaillent dans la drogue et vont devoir affronter le flic Danny Lee, assisté de Lam Suet et de Maggie Siu. Danny Lee, pour le spectateur de Hong Kong, est l’incarnation du bon flic droit dans ses bottes, incorruptible et macho. Il est le flic des années 1980 et ce que montre Denni Law dans son film, c’est l’affrontement entre le polar moderne à la Johnnie To et le film de lic & gangster vieille manière à la John Woo. Danny Lee devine tout, il comprend qu’il a un traître dans son équipe. Il se montre aussi généreux quand Lam Suet se fait tuer et qu’il décide d’adopter ses enfants.


Les triades cherchent aussi le traître parmi les leurs. Ce sera tout l’enjeu de Fatal move. Qui fait en sorte que les coups qu’ils montent soient voués à l’échec. Le clan voit ses troupes se faire éliminer. Sammo Hung essaie de faire un accord avec la triade ennemie menée par un Wong Tin-lam qui reprend son rôle de super parrain. Mais le ver est dans la pomme et, dans un camp comme dans l’autre, la femme est une menace. En fin de film, Kelly Chu fait un poignant monologue pour exprimer son désarroi face à Sammo Hung, avant que l’action ne reprenne. Tout le film est basé sur de longs dialogues entre les personnages où ils s’expliquent.


Mais l’action est bien sûr présente. Fatal move est classé Catégorie III, comme SPL et Election et pour les mêmes raisons. La violence se fait brutalité, comme dans la séquence de torture de Pinky Cheung où Simon Yam lui arrache des dents et un ongle. C’est Wu Jing qui est le plus fort. Avec son sabre, il virevolte dans les airs et trucide à tout va. Les giclées de sang sont esthétisantes et s’extirpent du corps des victimes par la grâce des effets spéciaux comme dans le Zatoichi de Takeshi Kitano. Si l’effet est beau, il déréalise le scénario, tout comme le nombre de morts semble exagéré même en temps de guerre des gangs. Le film dure 117 minutes et il y a, au moins, autant de morts. Certes, il n’en restera qu’un à la fin, mais ce systématisme fatigue vite au bout d’un moment. Fatal move est un film très bancal qui manque d’inspiration, d’humour et d’émotion.


Fatal move (奪師, Hong Kong, 2008) Un film de Dennis Law avec Sammo Hung, Simon Yam, Kelly Chu, Danny Lee, Wu Jing, Lam Suet, Cheung Siu-fai, Kenneth Low, Jacky Heung, Maggie Siu, Hui Siu-hung, Pinky Cheung, Johnny Chen, Wong Ting-lam.

jeudi 11 décembre 2008

Sorties à Hong Kong (décembre 2008)


All about women (女人不壞)
Un film de Tsui Hark avec Alex Fong Chung-sun, Stephen Fung, Kwai Lunmei, Eddie Peng, Kitty Zhang, Zhou Xun. 120 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie : 11 décembre 2008.







mardi 9 décembre 2008

Fulltime killer


Fulltime killer était le premier film de Johnnie To que je voyais. Cela remonte à six ans tout juste. A l’époque on ne parlait que de Johnnie To, on oubliait Wai Ka-fai qui a écrit et réalisé le film, rien que ça. C’était un an et demi après la sortie de The Mission et toute la presse s’était mise, d’un élan brave et naïf, à célébrer Johnnie To comme le nouveau maître du polar. Avec naïveté, car personne n’avait vu à l’époque un seul de ses films (ou peu s’en faut). Conséquence directe de cette stupide politique des auteurs qui fait des ravages dans la critique française, les journalistes se sont mis à comparer sauvagement les deux films sans se douter qu’entre temps To, souvent avec Wai, avait réalisé près de dix films. Mais c’est toujours ainsi, on s’empare d’un cinéaste et on le rentabilise. Quant à moi, je boucle la boucle puisque j’ai écrit sur chacun des films tournés par Wai Ka-fai, seul ou avec Johnnie To, et que Fulltime killer est mon dernier texte sur le cinéaste.


Au centre du récit, il y a une bataille entre deux tueurs à gages. Tok (Andy Lau) veut recevoir la Médaille d’or des assassins. Tok est un extraverti, il en fait des tonnes quand il exécute ses contrats. Sa première mission dans le film est de tuer un parrain incarcéré dans une prison en Thaïlande. Après avoir tué tous les gardiens à la manière d’un héros de John Woo, il balance un gros tas de grenades dans la cellule comme s’il lançait des confettis. Ono ou O (Takashi Sorimachi) est au contraire plus calme, plus réservé et discret, incarnant tout le flegme japonais. Le film commence par sa mission dans une gare de Kuala Lumpur en Malaisie. Quelqu’un le reconnaît ce qui risque de compromettre son crime. Après avoir tué sa cible, il est obligé de tuer son ancien camarade de classe car il ne doit pas laisser de témoins. Pour être le tueur numéro un, Tok a décidé de se débarrasser de Ono.


Entre les deux tueurs, Chin (Kelly Lin) essaie de trouver sa place. Elle travaille dans un vidéo-club à Hong Kong qui loue essentiellement des cassettes. Un de ses clients les plus assidus est un homme qui vient chaque jour avec un masque d’un président américain. Son préféré est celui de Bill Clinton, sous ce masque, ils vont voir tous les deux un film dans une salle très vide. Le cinéma marche mal à Hong Kong. Chin a un autre job, elle fait le ménage dans un appartement, celui de Ono. Et ce dernier l’observe depuis la fenêtre d’un appartement situé dans un immeuble en face du sien. Chin ignore l’activité des deux hommes et ne se montre pas très farouche, mais il faut se méfier des jeunes femmes qui ne laissent pas paraître ce qu’elles sont en vérité.


Interpol fait la chasse à nos tueurs et les policiers sont interprétés par Simon Yam et son assistante Cherrie Ying. Yam passera le film à se fatiguer à force de na pas arriver à mettre la main sur les deux tueurs à gages. Sa tenue sera de moins en moins classe, il passe du costume strict au pauvre jeans et t-shirt. Il ne se rasera plus et se mettra à trembler. Il va tenter d’écrire l’histoire de son enquête pour un roman, mais ne trouve pas la fin de l’aventure des deux tueurs. Chin va l’aider. La maladie affecte aussi Tok qui est atteint de crise d’épilepsie quand la lumière clignote.


Le scénario de Fulltime killer est tiré d’un roman à succès de Pang Ho-cheung. On retrouve parfois les signes du cinéaste (qui ne l’était pas encore à l’époque) en rendant hommage à la culture populaire. Tok compare Chin à l’héroïne du manga Crying Freeman, on y cite Alain Delon et Point break de Katryn Bigelow. Wai Ka-fai est le principal maître d’œuvre du film avec un scénario tarabiscoté comme il aime en écrire. Il offre au film une bonne dose de comédie qui permet au polar de ne pas tomber dans une grande noirceur. C’est un film polyglotte, les personnages passent de l’anglais au japonais en passant au cantonais. Mais le film reste un peu mineur, il avance en roue libre et ne parvient pas toujours à étonner.


Fulltime killer (全职杀手, Hong Kong, 2001) Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Andy Lau, Takashi Sorimachi, Simon Yam, Kelly Lin, Cherrie Ying, Lam Suet.

lundi 8 décembre 2008

Orgies sadiques de l'ère Edo


Teruo Ishii continue de proposer sa vision de l’incompatibilité entre les sexes dans un film inspiré de l’esprit de Sade. Trois histoires qui ne sont pas liées entre elles, si ce n’est pas la présence d’un médecin incarné par Teruo Yoshida, que l’on désignera comme son acteur fétiche. Ce médecin, féru de médecine occidentale, cherche à apprendre la libido et à chasser les perversions.


Cela se traduit par trois récits où les femmes sont esclaves de leur destin. Elles devront passer par des séries d’épreuve qui les mèneront à la mort, et auparavant au désespoir. Les victimes sont dominées par le pouvoir masculin, par leur fourberie et leur cruauté. Et plus le film, plus la violence s’accroît, jusqu’à devenir assez répugnant.


Orgies sadiques de l’ère Edo commence de manière classique avec l’histoire de Oito d’une gentille jeune femme et de sa sœur. Agressées par des yakuzas, un homme vient les défendre. Il leur prête de l’argent, mais il était de mèche avec les yakuzas. Il va sortir avec elle et réclamer son argent, elle ne peut pas rembourser et va se faire engager dans un bordel. Elle va tomber enceinte (mais de qui ?) et s’attirer les foudres de ses patronnes. Notre médecin va tenter de la soigner.


Le deuxième récit commence par un viol. Mademoiselle (on l’appelle comme ça dans le film), se fait prendre par des nains dans un cabanon. Mademoiselle sort un fouet et commence à flageller ses agresseurs. Son valet arrive, c’était une mise en scène. La femme est sadique, son valet en est amoureux et faire appel au médecin pour la soigner. Mademoiselle raconte sous hypnose l’origine de son sadisme, son aversion répulsion pour la laideur. Le valet va se mutiler pour que Mademoiselle tombe amoureuse d’elle.


Le dernier récit est de la torture simple. Un seigneur local prend du plaisir en voyant les femmes mourir. Sa première scène le montre prendre au lasso une pauvre paysanne et la traîner jusqu’à ce que mort s’en suive. Plus tard, dans son château il fait lâcher des taureaux dans son harem. La rescapée, masochiste, deviendra sa femme et la future mère de son enfant. Mais, il se pourrait qu’il s’agisse d’un inceste. Le médecin arrive et pratique une césarienne tandis que le seigneur, dans sa folie, brûle son château.


Le film est beau mais ce n’est pas facile tous les jours quand on n’est pas programmateur de la Cinémathèque Française. Enfin, beau, cela veut dire qu’un soin tout particulier est accordé à chaque plan et que la narration fonctionne. La violence des rapports est parfaitement décrite mais montrer le plaisir SM est une gageure de misanthrope, ce que semble être Teruo Ishii.


Orgies sadiques de l’ère Edo (残酷異常虐待物語 元禄女系図, Japon, 1969) Un film de Teruo Ishii.

jeudi 4 décembre 2008

Piano forest


Un jeune enfant part en voiture avec sa mère dans une nouvelle ville pour une nouvelle vie. Les raisons sont familiales mais n’importeront pas sur le récit. Ils passent devant une forêt et le petit Shuhei entend le son d’un piano. Il s’en étonne et admire le son parfait qui est joué. Lui-même est un pianiste, son père – décédé – était un grand pianiste et il a repris le flambeau.


A l’école Shuhei se fait embêter par ses camarades de classe. Il vient de la grande ville pour un village et son aspect bien propre sur lui en fait un souffre-douleur de choix. Il n’y a que Kai pour tenter de prendre sa défense. Kai est à l’opposé de Shuhei. Il a les cheveux blonds en bataille et pratique l’école buissonière. Très vite, les autres écoliers évoquent ce piano dans la forêt et en font un enjeu pour accepter le nouveau venu.


Kai et Shuhei sympathisent et Kai affirme qu’il est le seul à savoir jouer de ce piano étrange égaré en pleine forêt. Shuhei essaie mais échoue. Entre alors en scène le professeur de musique de l’école, un homme taciturne et mystérieux. C’est à lui qu’appartenait le piano : il était un virtuose mais un accident l’a blessé à la main. Le professeur va prendre en charge Kai et l’inscrire au concours de piano des écoliers.


Le Piano dans la forêt commençait presque comme un animé écolo, encore un pensais-je. Mais il bifurque vite vers le fantastique pour arriver sur un charmant récit initiatique où les enfants cherchent non pas à se dépasser, à fournir le meilleur d’eux-mêmes pour la compétition, mais plutôt à découvrir le champ de liberté que leur procure la musique. Le professeur encourage Kai à trouver son propre style. Ainsi lorsqu’une des concurrentes panique avant de jouer, Kai lui confie sa méthode pour jouer.


Le film parle du bonheur, du plaisir de jouer, c’est un film sur la musique et sur la liberté qu’elle procure. On y entend du Mozart et on y voit de l’amitié. En revanche, le film se répète souvent, tourne un peu en rond et aurait mérité un rythme plus allégro ma non troppo.


Piano forest (ピアノの森, Japon, 2007) Un film de Masayuki Kojima avec les voix de Aya Ueto, Ryunosuke Kamiki, Mayuko Fukuda.

Sorties à Hong Kong (décembre 2008)


True women for sale (我不賣身 我賣子宮)
Un film de Herman Yau avec Anthony Wong, Prudence Lau, Race Wong, Sammy, Monie Tung, Sherming Yiu, Chapman To, Jessey Meng, Fung Hak-on, Toby Leung, Siu Yam-yam, Yoka Yue, Siu Fei, Yumiko Cheng, Louis Cheung, Jackie Ma. 90 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 4 décembre 2008.




Legendary assassin (狼牙)
Un film de Wu Jing et Li Chung-chi avec Wu Jing, Alex Fong Lik-san, Celina Jade, Ronald Cheng, Kou Zhanwen, Jiang Baocheng, Lam Suet, Tin Kai-man, Kara Hui, Mark Cheng, Hui Chiu Hung. 89 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 4 décembre 2008.



mardi 2 décembre 2008

Vierges pour le shogun


C’est ma première visite dans l’univers de Teruo Ishii. J’en ai pas mal entendu parler et il a eu l’honneur d’un hommage à un Etrange Festival il y a de cela quelques années. Le titre du film engage forcément sur une voie érotique, ce que l’on appelle le pinku eiga, mais finalement Vierges pour le shogun ne sera pas aussi érotique que ça.


Le film tourne essentiellement autour des luttes de pouvoir entre les différentes cours qui s’affairent dans le château du shogun. Il y a d’un côté la cour d’Edo et de l’autre celle de Kyoto. Chacune se faisant une guerre sans courtoisie pour avoir les faveurs du seigneur. Ishii présente les femmes en premier, il nous fait découvrir la vie du harem, son fonctionnement, ses règles. Quand le shogun arrive et qu’il veut une femme, toutes se mettent en rang d’oignon dans le couloir jusqu'à ce qu’il en choisisse une. Bien entendu, la jalousie est de mise. Enfin, c’est ce qu’affirme la voif off.


Le shogun n’a pas d’héritier et chaque clan aimerait pouvoir lui en donner un. Les femmes officielles du seigneur ne lui plaisent plus, il cherche chaque fois une nouvelle. Là, lors de la fête des femmes, il aperçoit une jeune femme pourvue d’un grain de beauté sur la cuisse gauche. Il fantasme sur elle et la demande. Mais la guerre fait rage et la pauvre servante et torturée à la bougie. On lui fournit une autre servante avec un faux grain, le shogun s’en apercevra. Il commencera à être méfiant.


Plus tard, d’autres servantes tenteront d’avoir les faveurs du shogun. Les scènes de coucherie restent très sobres. Un gros plan sur un visage féminin en alternance avec une estampe japonaise. En revanche, ce qui choque c’est que le shogun séduit ces femmes dans la chambre même du couple, avec sa femme légitime qui entend tout. Le malaise se fait de plus en plus grand. Sa nouvelle maîtresse joue au sumo. C’est l’une des rares occasions de montrer des poitrines dénudées pour pas cher. Puis la troisième sera une princesse de Kyoto, mais le shogun a des doutes sur sa fidélité. On dit même qu’il serait impuissant ou stérile.


L’atmosphère de Vierges pour le shogun se fait pesante. D’autant que l’on quitte jamais l’intérieur du château. Les intrigues atteignent une rare mesquinerie et le seigneur devient au bout d’un moment fou. Dans la dernière demie heure du film, on quitte le château et le shogun cherche conseil ailleurs auprès d’hommes en qui il pense avoir confiance. Finalement, il perdra tout, y compris l’amour de la servante au grain de beauté sur la cuisse gauche.


Vierges pour le shogun (徳川女系図, Japon, 1968) Un film de Teruo Ishii avec Teruo Yoshida.

lundi 1 décembre 2008

Louis Koo

Bullets over Summer




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Louis Koo est un des acteurs actuels les plus intéressants au sein de l’industrie du cinéma de Hong Kong. Grand, beau garçon, une peau sombre, un regard pénétrant, en l’espace de dix ans il a tourné dans des films de tous les genres : wu xia pian, thriller, comédies, romances, polars, films noirs. Il partage l’affiche avec les plus grandes stars et a pour partenaires féminines les plus belles actrices.

Louis Koo commence au cinéma alors qu’il est déjà une vedette du petit écran, comme bon nombre d’acteurs et d’actrices de Hong Kong. Il se fait remarquer par le public dans un banal film de triade Street of fury de Billy Tang (1996). Ses débuts sont modestes puisqu’il ne tourne au milieu des années 1990 que dans des films d’horreur et notamment dans la franchise Troublesome night produite par Nam Yin. Troublesome night est une série de 19 films tournés entre 1997 et 2003 qui s’inspire largement des Contes de la crypte. Herman Yau réalise les six premiers. Louis Koo tournera un autre film avec Yau, Masked prosecutor, un thriller où il partage l’affiche avec Jordan Chan. Il enchaine avec un polar de Ringo Lam The Suspect.

Le premier grand rôle de Louis Koo sera celui d’un flic nonchalant dans Bullets over Summer de Wilson Yip en 1999. Avec son collègue Francis Ng, il doit surveiller des truands. Ils squattent l’appartement d’une vieille dame qui les prend pour ses enfants. Les deux policiers draguent des filles, se créent une famille de substitution. Koo propose ici une performance exceptionnelle (voix traînante, attitude de dilettante, vêtements cool) qui font merveille face à la nervosité de Francis Ng. C’était encore l’époque où il avait les cheveux courts, très noirs avec une raie sur le côté. Ça a l’air d’un détail, mais ce look de gentil garçon est l’une des composantes de ses interprétations.

Après quelques films d’action typiques de Hong Kong (liste dans laquelle on pourrait inclure le tristement raté Legend of Zu de Tsui Hark en 2001), Louis Koo va faire la rencontre de sa vie. Le scénariste réalisateur Chan Hing-kai (connu essentiellement pour avoir écrit Twin effects) va faire de Louis Koo le symbole même de l’homme moderne. Ensemble, ils tourneront pas moins de six films. Le premier de ces films est Born wild, co-réalisé par Patrick Leung en 2001. Born wild est un film de boxe où les acteurs principaux (Louis Koo, Daniel Wu et Patrick Tam) sont filmés avec un érotisme troublant dans une histoire d’amitié entre hommes qui frise l’amour.

Naked ambition

Leung et Chan vont réunir Louis Koo et Lau Ching-wan dans trois films les années suivantes. La Brassière (2001) explore l’insertion de deux mâles au milieu d’un univers féminin. Koo et Lau doivent créer un soutien-gorge révolutionnaire. Ils doivent batailler pour prouver leur virilité face à Carina Lau et Gigi Leung. En 2002 dans Mighty baby, on reprend le même casting (en y ajoutant Cecilia Cheung et la crème des comiques HK : Vincent Kok, Tats Lau, Jim Chim, Chapman To), mais cette fois, nos deux hommes doivent concevoir l’équipement parfait pour un bébé. Les hommes, comme on le sait, n’y connaissent rien aux bébés, avec à la clé une grave question : les hommes et les femmes peuvent-ils vivre ensemble ? C’est à cette époque que Louis Koo prend la tête qu’on lui connaît maintenant : cheveux teints couleur rouille qui descendent derrière la nuque et des pattes devant les oreilles. Koo passe du gentil garçon à l’homme metrosexuel.

On ne sera pas étonné du coup que Chan Hing-kai en fasse, en 2003, dans Good times bed times un flic impuissant face à Sammi Cheung. Dans Naked ambition un éditeur de magazine porno en duo avec Eason Chan. Dans Love on the rocks (2004), un homme qui a une aversion profonde pour la question de l’amour. C’est toute la question de la virilité qui est posée dans les comédies de Chan Hing-kai, avec l’idée que dans le cinéma de Hong Kong, on peut montrer le torse nu d’un acteur mais que sous la ceinture, tout doit rester censuré. Y compris dans sa simple évocation. Certes, ces comédies eurent beaucoup de succès – on le comprend vu le casting de rêve – mais les films restent très imparfaits dans la mise en scène.

Louis Koo ne tourne pas des comédies sexuelles existentialistes. Il œuvre aussi beaucoup dans le divertissement pur sous la caméra de Wai Ka-fai et Johnnie To : Fat choi spirit (2002), un film de mahjong (donc forcément incompréhensible pour un occidental) avec Andy Lau et Lau Ching-wan, Love for all seasons (2003) où il se caricature dans un rôle de playboy face à Sammi Cheng. Tourné par Wai Ka-fai seul, il s’amuse beaucoup dans Fantasia (2004) avec Cecilia Cheung, Lau Ching-wan, Francis Ng et les Twins Charlene Choi et Gillian Chung, avec qui il a déjà tourné dans certains de ses films. Fantasia est une comédie du Nouvel An Lunaire, hommage au cinéma des frères Hui, comiques numéro 1 au début des années 1980. Chaque interprète cabotine à qui mieux mieux.

Throw down
Dans un tout autre registre, il est mis en scène par Johnnie To dans trois films : Throw down (2004) où Louis Koo est un alcoolique. Son jeu rappelle celui de Montgomery Clift. Aaron Kwok et lui forment un duo étonnant de par leur ressemblance physique et le désespoir qui les anime. Il est dans les deux Election (2005 et 2006), Jimmy un jeune membre des triades qui vend des DVD pirates, mais il n’est qu’un second rôle dans le premier opus. Dans Election 2, il devient le personnage principal et le rival de Lok, le Parrain de la Société Wo Sing. Beau rôle. L’année 2006 est faste pour Louis Koo. Il est à l’affiche du blockbuster de Benny Chan Rob B Hood avec Jackie Chan et Michael Hui. Le film, sorti fin septembre 2006 à Hong Kong, un des plus succès populaire de l’année.

Depuis quelques mois, c’est l’un des acteurs de la nouvelle génération qui tourne le plus en diversifiant toujours autant ses rôles : comédie romantique avec Happy birthday, film d’action à testostérone avec Donnie Yen dans Flash point, drame social dans Lost in time. Louis Koo peut désormais porter un film avec son seul nom comme dans le portrait de l’homme raté de Run papa run de Sylvia Chan. Mais il manque une chose à Louis Koo. Contrairement à bon nombre des partenaires qu’il a eus dans ces plus de quarante films, il a été systématiquement oublié aux Hong Kong Film Awards. Piètre détail comparé à son statut d’idole sexy qui remplit les salles de cinéma par la variété de ses choix. Depuis quatre ans maintenant, il tourne environ cinq films par an : comédies du Nouvel an lunaire (les récents All's well end's well 2009, All's well end's well 2010, All's well end's well 2011, All's well end's well 2012 où il remplace avantageusement Stephen Chow en comparse de Sandra Ng), romances de Johnnie To (Don't go breaking my heart, Romancing in thin air) et le polar Overheard (encore une fois avec Lau Ching-wan et Daniel Wu).