mercredi 5 novembre 2008

Om Shanti Om


Je ne regarde pas beaucoup de comédies musicales en Hindi, mais on m’a dit, “tu verras, il y a dans ce film le plus beau casting de tous les temps”. Effectivement, Tout ce que compte Bollywood aujourd’hui est autour de Shah Rukh Khan le temps d’une chanson ou d’un sketch. Je ne regarde pour l’instant que des films avec Shah Rukh Khan et ce Om Shanti Om est actuellement le must. Il a même été sélectionné à Berlin.


Nous somme il y a trente ans et Om (Shah Rukh Khan) exerce le difficile métier de figurant dans l’industrie du cinéma de Bombay. C’est un fan absolu de ce cinéma, il participe tant qu’il peut aux tournages. Et justement, le film commence avec un Bollywood d’époque avec ses grands décors, ses multiples figurants et du disco. Le plan suivant (avec une courte apparition de la réalisatrice), Shah Rukh se rêve le personnage principal. Lui et son frère Pappu (Shreyas Talpade) sont persuadés qu’il sera bientôt une star.


En attendant, il est amoureux de l’actrice Shanti Priya (Deepika Padukone). Om ne l’a jamais rencontrée mais il l’aime et lui parle. Enfin, il parle à l’affiche géante de son dernier succès, affiche qui se trouve juste devant chez lui mais qui désespère sa mère. Elle reste convaincue que son fils ne sera jamais rien d’autre qu’un figurant. Mais, lors d’un tournage Om réussit à attirer l’attention de Shanti. Elle manque de prendre feu lors d’un tournage et Om la sauve. Ils vont devenir amis mais Om l’aime.


Mais la belle a un amoureux. Et ce mariage doit rester caché car à Bollywood en 1977, les stars féminines doivent rester célibataires. Question de marketing. Shanti est marié au célèbre producteur Mukesh Mehra (Arjun Rampal) qui veut produire le plus film jamais fait à Bombay. Il l’emmène sur le décor monumental qu’il a fait construire et là, quand il apprend qu’elle est tombée enceinte, il voit son rêve s’évanouir et décide d’occire l’actrice. Om qui la suit partout tente de la sauver, en vain. Tous deux meurent.


Cependant, Om se réincarne et il devient Om Kapoor, le fils du célèbre acteur Rajesh Kapoor (Javed Sheikh). Nous somme aujourd’hui et Om Kapoor est devenu à son tour une star de Bollywood. Mais, c’est un acteur imbuvable, prétentieux, capricieux, à l’image de Salman Khan, le mauvais garçon de Bollywood. Mais un événement surnaturel va le replonger dans le passé enfoui de Shanti Priya et aider son fantôme à se venger.


Au-delà de l’histoire romantique et romanesque à souhait par ailleurs plutôt bien menée, c’est évidemment la mise en abyme de l’industrie du cinéma qui passionne sans Om Shanti Om. Que Shah Rukh Khan joue de son statut avec beaucoup d’ironie donne une plus grande saveur au film. Bien entendu, je ne suis pas dupe du caractère thuriféraire de la chose, mais cela est fait avec beaucoup d’humour. Le film se moque des effets spéciaux bidouillés (Shah Rukh Khan dans un costume moule-bite suspendu par des câbles), de la cérémonie des Oscar locaux (l’acteur est nominé deux fois pour des films très inspirés de Kuch kuch hota hai et qui se resemble tous deux, histoire de dire que souvent Bollywood manque d’originalité), du star system où tout le monde félicite ses concurrents sans y croire (seul Amitabh Bachchan ne semble pas connaître ce Om Kapoor qu’on félicite). Cette vision du cinéma hindi ne manque pas d’esprit.


Ce qui enchante est toujours l’acteur, la star, le Dieu vivant Shah Rukh Khan. Pour ses deux personnages de Om, il joue différemment. C’est intéressant. Le Om de 1977 est un amoureux transi mais sans les faux bégaiements que l’acteur utilise. On a droit au physique habituel de Shah Rukh. Le Om de 2007 a soulevé de la fonte. Dans une chanson au kitsch le plus pur, l’acteur apparaît musclé comme jamais. Et il en joue, mais c’est encore une petite pique contre ses camarades acteurs bodybuildés.


Les chansons ne sont pas toutes de même qualité (Deewangi deewangi, avec ses 31 stars est géniale) – je l’ai mise après ce texte – mais l’énergie de la réalisation et des chorégraphies sont là pour faire oublier pas mal de défaut. Un film à voir et revoir et à chanter et à danser.


Om Shanti Om (Inde, 2007) Un film de Farak Khan avec Shah Rukh Khan, Arjun Rampal, Deepika Padukone, Shreyas Talpade, Kirron Kher, Javed Sheikh, Yuvika Chaudhry et dans leurs propres rôles Amrita Arora, Malaika Arora, Shabana Azmi, Abhishek Bachchan, Amitabh Bachchan, Vidya Balan, Bipasha Basu, Mithun Chakraborty, Juhi Chawla, Priyanka Chopra, Yash Chopra, Vishal Dadlani, Bobby Deol, Ritesh Deshmukh, Dharmendra, Lara Dutta, Sanjay Dutt, Subhash Ghai, Govinda, Jeetendra, Karan Johar, Kajol, Karisma Kapoor, Rishi Kapoor, Sanjay Kapoor, Tusshar Kapoor, Arbaaz Khan, Farah Khan, Saif Ali Khan, Salman Khan, Zayed Khan, Akshay Kumar, Bappi Lahiri, Urmila Matondkar, Diya Mirza, Koena Mitra, Dino Morea, Rani Mukherjee, Chunky Pandey, Amisha Patel, Rekha, Hrithik Roshan, Rakesh Roshan, Shilpa Shetty, Sunil Shetty, Aftab Shivdasani, Tabu, Preity Zinta.



lundi 3 novembre 2008

Leslie Cheung vs. Andy Lau

风继续吹 (le vent souffle à nouveau) est une des plus célèbres chansons de Leslie Cheung. Andy Lau l'interprétait déguisé dans Dance of a dream d'Andrew Lau. On remarque dans l'extrait du film, après Lam Ka-tung (qui imitait Jackie Cheung), Sandra Ng et Anita Mui, qui était l'alter ego de Leslie et sa meilleure amie.


dimanche 2 novembre 2008

Drifting flowers


Après Spider lilies, la cinéaste taïwanaise Zero Chou continue son petit bonhomme de chemin de la psyché féminine de son pays. Drifting flowers montre trois personnages, trois femmes de trois générations différentes qui sont toutes troublées par l’amour. Trois épisodes reliés par un train qui défie le temps.


La première histoire est celle de May, une gamine d’une dizaine d’années qui vit avec sa sœur Jing, qui est aveugle. Elles n’ont plus leurs parents et l’assistance sociale aimerait que May soit placée en famille d’accueil. La rencontre avec Diego va modifier leur vie. Diego est un garçon manqué, elle a les cheveux courts, s’habille en chemise et pantalon et affirme sa masculinité, ou plutôt, elle nie sa féminité. Jing et Diego entament une relation amoureuse mais cela déplaît à May qui s’est prise d’une affection qui ne dit pas son nom. May sera placée en famille d’accueil et ne reverra sa sœur qu’à la fin de l’adolescence.


La deuxième section commence par un mariage, celui de Lily et d’Ocean. Mariage non pas arrangé mais truqué puisque les deux mariés ne s’aiment pas car Lily est lesbienne et Ocean est gay. On les retrouve bien des années plus tard. Lily est malade d’Alzheimer et Ocean est séropositif. Ils sont désormais seuls et vont faire un petit bout de chemin ensemble. On aperçoit, par flash back, certains moments de la vie passée d’Ocean, comment son mec le trompait, comment il apprit sa maladie. Il a un corps abîmé, il refuse de prendre ses médicaments qui le font souffrir. Lily a l’idée étrange d’utiliser sa féminité pour déguiser Ocean en femme.


La dernière partie revient sur Diego, mais avant sa rencontre avec Jing. Diego se cherche et va se trouver. Diego nie sa poitrine. Sa mère lui achète des soutiens-gorge, mais elle préfère mettre des bandelettes pour aplatir ses seins. Diego travaille dans un spectacle familial de marionnettes mais son frère, qui a beaucoup moins de talent qu’elle, veut s’occuper du spectacle seul. Un soir, Diego rencontre une jeune femme qui chante dans un show musical. Elle aura son premier baiser.


Drifting flowers, plus encore que Spider lilies, élabore une poétique du désir. Le film passe sans se soucier de réalisme du présent au futur. Diego commence l’histoire de Lily et Ocean qui se déroule des années auparavant. Mais ça n’a pas d’importance parce que ce qui compte c’est que le désir était le même quelles que soient les époques. Zero Chou évoque aussi quelques problèmes comme la différence entre féminité et masculinité. Mais aussi le SIDA, l’homophobie, la vieillesse, le début du désir. Et les souvenirs (ou son absence) qui aident à avancer.


Drifting flowers (飄浪青春, Taïwan, 2008) Un film de Zero Chou avec Pai Chih-ying, Serena Fang, Chao Yi-lan, Lu Yi-ching, Sam Wang, Herb Hsu, Ma Yi-hang.

jeudi 30 octobre 2008

Le Lac des femmes


Je ne suis pas certain que Yoshida accorde beaucoup d’importance à son histoire. Histoire banale d’une femme mariée et mère, vivant dans la bonne bourgeoisie, qui a un amant bien plus jeune que lui, fiancé quant à lui. L’amant prend des photos de sa maîtresse dénudée et les négatifs sont volés. La femme va subir un chantage de la part du voleur. Le film joue sur les drames amoureux d’une femme seule qui espère un regard. Or ce regard ne sera plus apporté par son époux, ni par son amant mais bel et bien par son maître chanteur qui, à cause des négatifs subtilisés, va apporter un regard neuf sur elle et son corps dénudé.

Ce qui frappe le plus dans cet anti-drame de Yoshida c’est la manière de filmer sa compagne, l’actrice Mariko Okada. Ce n’est pas seulement qu’il la magnifie, c’est certainement qu’il crée pour elle un univers purement visuel d’où son personnage ne pourra pas s’échapper. Les dix premières minutes du Lac des femmes sont particulièrement étonnantes. Mariko est au lit avec son amant, elle veut partir et rentrer chez elle. La caméra tourne autour d’eux en plan séquence, filmant les corps nus puis les draps froissés, revenant aux corps de l’autre coté du lit. Séquence ultra blanche. L’amant prend des photos. On voit les clichés en plans fixes, très rapprochés du corps de Mariko. Comme une loupe tandis que les cartons du générique défilent. Mais les photos sont très sombres. Elle quitte la chambre, se retrouve dans la rue et là on touche presque à l’abstraction la plus totale.

Yoshida filme sa femme, oh oui, il la filme. Il la filme marchant dans la nuit noire mais il braque un projecteur sur son dos tandis qu’elle avance de dos loin de la caméra, puis il filme son visage avec seulement un halo de lumière dans la nuque. Ce sont des plans d’une grande beauté. Yoshida la filmera aussi de jour, dans une robe noire dans des petites ruelles très ensoleillées. Il développera ce contraste constamment tout au long du film, comme pour mieux révéler son ambivalence. Mais c’est son rapprochement avec le maître chanteur qui la fera changer et son caractère sera décelable selon les vêtements qu’elle porte (robe blanche ou noire), selon que son visage ou sa nuque est filmée et selon que la caméra est en plan large ou rapproché. Le récit bascule lors d’un étrange tournage de film au bord de la mer, près d’un bateau échoué.

Yoshida propose un film de pure mise en scène extrêmement formaliste sur un scénario somme toute très classique. J’ai pensé à la Magnani en voyant Mariko, et puis à Bergman, à Antonioni, à Godard parfois (le tournage du film) et aussi à Fellini (le vent). Mais c’est Yoshida.

Le Lac des femmes (女のみづうみ, Japon, 1966) Un film de Yoshishige Yoshida avec Mariko Okada, Shinsuke Ashida, Shigeru Tsuyuguchi, Tamotsu Hayakawa.

mercredi 29 octobre 2008

Besieged city


Huit ans après Spacked out, Lawrence Ah Mon continue de montrer un Hong Kong sombre, un monde de marginaux qui ne doivent compter que sur eux-mêmes pour survivre. Spacked out est un film de filles, Besieged city regarde plus les garçons, tous adolescents. Le cinéaste se voit mettre l’infâmant label Catégorie III, qui ces temps-ci sanctionnent parmi les meilleurs films de Hong Kong.


Ling (Tang Tak-po) est un jeune lycéen mal dans sa peau. Il est le souffre-douleur favori de ses camarades de classe. D’ailleurs, la classe est complètement indisciplinée, et c’est un euphémisme. Il faut dire que le film est situé dans un quartier mal famé de Hong Kong, un quartier tout en béton, en immeuble de cinquante étages qui sont le symbole d’une déshumanisation galopante. Ling est convoqué chez le proviseur (joué par Dennis Chan, par ailleurs producteur du film). On lui apprend que son jeune frère Jun (Wong Yat-ho) a été arrêté et se trouve à l’hôpital.


Ling n’avait pas revu Jun depuis deux ans. La police l’accuse du meurtre de Panadoll (Wong How-yun). Jun a aussi tenté de se suicider. Il est dans le coma. Ling va alors chercher à savoir ce qui a pu se passer et reconstituer l’histoire de son frangin depuis deux ans. Le film se lance dans de longs flashes back coupés par la vie de Ling qui rencontre petit à petit les amis de Jun.


Besieged city étale son drame pas franchement rigolo. Les parents sont tous pourris. Le père de Ling et Jun battait ce dernier au moindre mécontentement. Alcoolique et joueur, le daron piquait l’argent de la cantine du môme pour parier aux courses de chevaux. Cela a provoqué la fuite de Jun qui en a toujours à grand frère de n’avoir rien dit. Le père de Panadoll n’est pas mal non plus, puisqu’il viole sa fille devant les yeux de sa sœur Yee Wah (Joman Chiang). D’ailleurs les deux sœurs se trimbalent toujours avec un jeune gamin, dont on n’arrivera pas à savoir si l’une des deux est la mère.


Jun va plonger dans une vie infernale. Son père le bat, il est racketté par des filles au lycée. Il va rentrer dans un gang et vendre de la drogue et ainsi acquérir une certaine respectabilité. Enfin, il se sent quelqu’un. Le puzzle se met au fur et à mesure en place et les pièces de l’enquête apparaissent à Ling. Cependant Besieged city est moins fort que Spacked out. Le film joue plus sur les clichés d’autant que la mise en scène est parfois à la limite du clip, notamment dans les scènes de baston. A vrai dire, ce portrait d’une jeunesse désenchantée manque de crédibilité.


Besieged city (圍城, Hong Kong, 2007) Un film de Lawrence Ah Mon avec Tang Tak-po, Wong How-yun, Wong Yat-ho, Joman Chiang, Tze Lock, Lee Yat-sing, Juzco Nam, Ling Hoi-yin, Cheung Wing-hong, Ng Shing-tat, Dennis Chan.

lundi 27 octobre 2008

The Fun the luck & the tycoon


C’est drôle d’imaginer que six mois après The Killer, Chow Yun-fat joue dans une comédie aussi légère que The Fun the luck & the tycoon, qui plus est destinée au Nouvel An Lunaire. Mais telle est la vie des acteurs à Hong Kong, la possibilité de passer d’un genre à un autre avec une facilité déconcertante. Le porte-flingue de John Woo dans une comédie burlesque de Johnnie To, il faut le voir pour le croire. Il faut dire que la filmographie de Chow Yun-fat, si inconnue sous nos contrées, regorge de surprises en tout genre.


Johnnie To et l’acteur avait déjà travaillé à plusieurs reprises ensemble. A l’époque, n’importe quel film avec Chow était un succès. C’est surtout l’immense mélodrame All about Ah Long qui a fait leur réputation. Il était logique qu’ils se rencontrent une nouvelle fois. C’est encore Sylvia Chang qui sera sa partenaire féminine. Et le jeune Wong Kwan-yuen, qui était leur fils dans All about Ah Long, est également de la distribution, mais dans un rôle tout à fait opposé d’un enfant particulièrement énervant qui agit comme les adultes.


Le film porte bien son titre. C’est fun, les personnages foncent vers le destin et Chow Yun-fat est le mec riche, le tycoon, celui qui n’a pas d’autre souci que de dépenser son argent avec le sourire (je rappelle que l’élément moteur du jeu de Chow Yun-fat est son sourire et non les flingues avec lesquels il tire). Sa désinvolture l’amène à quitter son douillet cocon familial où sa mère et sa tante veulent le marier à sa cousine Cindy. Cette fille représente le pire arrivisme possible. Elle est prétentieuse et ne cache pas qu’elle en veut au fric de notre héros. Chow Yun-fat s’en va et se fait embaucher par hasard par Sylvia Chang.


Elle tient un fast-food avec son frère qui la surveille, elle et sa vie sexuelle. Il cherche à la marier à un mec riche et prétentieux. Et comme on s’en doutait, Sylvia Chang et Chow Yun-fat vont tomber amoureux. Mais auparavant, ils devront s’en rendre compte. Comme leurs « promis » respectifs vont tomber amoureux. Chow se plait dans son nouveau rôle de simple employé. Il n’a dit à personne qu’il était très fortuné. Mais son majordome, joué par l’impayable Wong Sun, va faire en sorte que le restau marche du tonnerre. Et que le destin s’accomplisse.


Le film joue à fond sur les quiproquos et sur les moyens d’éviter que son secret ne soit dévoilé. Le personnage du gamin qui travaille dans le restau est assez marrant avec ses attitudes macho. Il contraste tout à fait avec les personnages des membres du groupe de cantopop Beyond qui se comportent comme des enfants. Ils sont habillés, notamment la nuit, dans des pyjamas roses.


Bref, Johnnie To s’essaye à la comédie avec une certaine réussite même si le film travaille de vieilles recettes et que les facilités scénaristiques sont nombreuses. D’une certaine manière, ses films tournés dix ans plus tard avec son comparse Wai Ka-fai ne sont pas très éloignés de The Fun the luck & the tycoon, que je qualifierais de petit film sympa.


The Fun the luck & the tycoon (吉星拱照, Hong Kong, 1990) Un film de Johnnie To avec Chow Yun-fat, Sylvia Chang, Wong Kwan-yuen, Lawrence Cheng, Nina Li, Wong Sun, Raymond Wong et le groupe Beyond.

samedi 25 octobre 2008

Those were the days



Le cinéma cantonais est l’unique sujet de Those were the days, titre qui a beaucoup été utilisé à l’époque dans l’industrie. Ici, c’est une comédie nostalgique sur l’état du cinéma au moment de la rétrocession. Cela fait maintenant 18 mois que j’anime ce blog où je défends (ou pas) le cinéma cantonais, que je tente de le mettre en valeur, d’établir son histoire de manière incomplète mais toujours partiale. Il y a des cinéastes que je n’aime pas et surtout des genres qui sont abandonnés. La comédie cantonaise est sans aucun doute la chose la moins respectée par nos beaux critiques qui préfèrent le polar (John Woo et Johnnie To) et le film de sabre (les Shaw Brothers). On a été peu nombreux à défendre Pang Ho-cheung et à exhumer les vieux Jackie Chan en montrant leur valeur.

Pour résumer, aujourd’hui le cinéma de Hong Kong, c’est Johnnie To et Wong Kar-wai. Passés ces deux noms, il n’y a pas de salut. Il faut dire que pour parler de ce cinéma-là, il ne faut pas se cantonner à quelques films, c’est un travail de longue haleine, difficile parce que les vieux films sont rarement disponibles. On pourrait un constat similaire pour le Japon. Wong Kar-wai et son cinéma sont au centre de Those were the days. Pas vraiment le cinéaste de Nos années sauvages, mais son clone cinématographique qui s’appelle Wong Ching-wai (Wong Chi-wah). Il porte des lunettes noires, fume des clopes et exprime partout sa lassitude.

Un personnage dit de lui que personne n’a vu ses films et qu’ils sont très ennuyeux. Et si ce n’était pas faux. Cinéaste pour occidentaux Wong Kar-wai ? Oh, que oui ! Lors d’une cérémonie de prix, notre personnage annonce à l’assistance son mépris du cinéma cantonais. Passé une conversation avec son ennemi juré le cinéaste commercial Wong Ching (qui bien entendu ressemble à Wong Jing), il se retrouve en 1967 à un époque d’un certain âge d’or. Il pourra revenir en 1997 quand quelqu’un aura aimé un de ses films. On peut juger cet argument un peu démagogique. Parce tout simplement Wong Kar-wai est aussi un ambassadeur du cinéma de Hong Kong, mais c’est assez jouissif de voir son statut d’icône égratigné.

En 1967, notre homme à lunettes va rencontrer trois acteurs (Nat Chan, Francis Ng et Gallen Law) et deux actrices (Maggie Cheung et Shu Qi). Tous sont des débutants dans l’industrie et chacun cherche sa voie. Wong Ching-wai, grâce à sa connaissance de l’histoire de son cinéma, va aiguiller chaque personnage vers un rôle clef qui leur permettre d’accéder à la reconnaissance. Là, il vaut mieux avoir une certaine connaissance du cinéma de l’époque. Francis Ng imite bien la gestuelle de Patrick Tse et Gallen Law refait la voix de Lui Kei. C’est un plaisir. Le film montre aussi une industrie fait pour gagner de l’argent (le rôle des producteurs n’est pas esquivé). Le personnage de Law Kar-ying joue l’éternel Wong Fei-hung qui en est à son cinquantième film.

Le film devient très marrant quand Wong Ching-wai essaie de tourner ses films avec les acteurs et ingrédients scénaristiques de l’époque mais avec son style propre (ah, sa version « happy together » de Wong Fei-hung). Il faut cependant trouver quelqu’un qui aime ses films. Ce sera le jeune Wong Ching, qui vient sur les tournages avec son père (Vincent Kok). Toute ressemblance avec Wong Ting-lam est voulue. La fin propose une réconciliation entre tous les cinémas qui manque peut-être de subtilité. Mais personne n’est dupe.

Those were the days (精装难兄难弟, Hong Kong, 1997) Un film de Cho Kin-nam avec Wong Chi-wah, Nat Chan, Francis Ng, Gallen Law, Maggie Cheung Ho-yi, Shu Qi, Law Kar-ying, Vincent Kok, Cheung Tat-ming.

jeudi 23 octobre 2008

Sorties à Hong Kong (octobre 2008)

Wushu the young generation (武術之少年行)

Un film de Anthony Szeto avec Sammo Hung, Liu Fengchao, Wang Wenjie, Wang Xiaofei, Liu Yongchen, Wang Yachao, Mao Junjie, Wei Dong, Liang Zhicheng, Xin Liu, Yao Shi, Wu Dezhou, Zhang Jin, Nan Tie, Jing He. 104 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 23 octobre 2008.






mercredi 22 octobre 2008

Mad mission


Mad mission est la contribution de Tsui Hark à la franchise Aces go places lancée, avec très grand succès, par Eric Tsang pour la Cinema City and films Company. Je me rappelle avoir vu ce film, le tout premier de Tsui Hark à avoir été distribué en France, dans sa version DVD française, c'est-à-dire en VF. J’ai longtemps considéré ce film comme un ratage intégral, un nanar tel que l’entend nanarland, mais depuis j’ai vu d’autres choses. Une vision du film en cantonais m’a réconcilié avec lui. C’est certain, Mad mission a été un frein à la sortie d’autres films de Tsui Hark par chez nous, en tout cas à l’époque. Et pourtant, il y en avait de fameux jusqu’à celui-ci, mais il faut parfois renflouer les caisses pour se permettre d’envisager une nouvelle production. Voilà, comment Tsui Hark s’est retrouvé aux commandes du film.


On commence à Paris, avec une mission folle où des majorettes défilent devant la Tour Effel. Deux méchants veulent foutre la merde et il s’agit de deux vilains qui apparurent alors dans des aventures de James Bond, en l’occurrence Jaws alias Richard Kiel et Harold Sakata qui était dans Goldfinger. D’ailleurs, le film fait constamment référence aux James Bond, le titre, la musique et Neil Connery, le frère de, qui jouera pourtant les méchants de service. Mad mission est un attrape tocard, ou has been. On y retrouve Peter Graves au chômage depuis la fin de la série de Mission Impossible. Le pauvre, il n’a pas du comprendre tout de suite de quoi il retournait. La sosie officielle de la Reine Elisabeth II est aussi de la partie, elle s’appelle Huguette Funfrock. On l’avait déjà remarqué dans un film des Charlots tourné par Yvan Chiffre, Bons baisers de Hong Kong, un chef d’œuvre.


Justement, Sa Majesté s’est fait volé sa couronne. La police secrète de Hong Kong mène l’enquête. Une fine équipe de limiers avec à leur tête Karl Maka et Sylvia Chang se lance à la recherche des joyaux. Neil Connery engage de son coté Sam Hui, notre « King Kong » (c’est son nom de personnage). C’est le début d’une grande aventure où tous les coups seront permis, mais qu’on se rassure, il n’y a pas de violence vraie dans Mad mission, mais plutôt des bons gros gags.


Karl Maka joue son rôle de flic incompétent qui se fait abuser par son « ami » Sam Hui. C’est un obsédé sexuel qui drague malgré son mariage avec Sylvia Chang (qu’on voit peu) et avec qui elle a eu un bébé qui fait des tours pendables. Il s’amuse notamment avec les fermetures éclairs des dames et ouvre leur robe. John Sham vient faire un petit tour déguisé d’une moustache. Ricky Hui joue un flic très maladroit.


Sam Hui est un héros bondissant qui ose tout. Il saute d’un immeuble à l’autre. Il fuit en planche à roulette. Il échappe à un sous-marin en forme de requin. Il traverse un coffre-fort rempli de laser d’alarme. Il se fabrique un avion avec rien. Et bien entendu, Sam Hui est un séducteur, un vrai. Enfin presque, les femmes ne tombent pas dans ses pièges romantiques aussi facilement qu’il échappe à ceux de ses ennemis.


Comme de bien entendu, le scénario va n’importe où et n’importe comment. Comme d’habitude, le budget de la CCC ne permet pas d’aller au loin qu’un film de la Golden Harvest. Les décors sont assez rudimentaires et les effets spéciaux très bricolés, mais il y a un certain plaisir à regarder Mad mission. Le film est divertissant juste ce qu’il faut tout en restant très mineur dans la filmographie de Tsui Hark.


Mad mission (最佳拍档之女皇密令, Aces go places III : our man from Bond Street, Hong Kong, 1984) Un film de Tsui Hark avec Sm Hui, Karl Maka, Sylvia Chang, Ricky Hui, John Sham, Cyrus Wong, Lowell Lo, Peter Graves, Richard Kiel, Huguette Funfrock, Neil Connery, Harold Sakata.

dimanche 19 octobre 2008

My magic


Francis boit du whisky. Il demande au serveur de lui remplir son verre, et encore, et encore, jusqu’à plus soif. Francis essaie de rentrer chez lui, comme il peut, ivre d’alcool, incapable de contrôler son corps massif et imposant. Dans son appartement, il s’écroule et tombe tête première dans son propre vomi. C’est son fils qui va devoir nettoyer tout ça et l’adolescent (dont on ne saura jamais le prénom) peste contre son père et contre son alcoolisme. Il l’aide, le sermonne et va se recoucher.


L’adolescent va à l’école, pour gagner un peu d’argent, il fait les devoirs de ses camarades. Le père travaille dans un bar, il range les tables à la fermeture et finit les verres des clients. Ils vivent dans un minuscule appartement, dorment sur le même matelas. La mère n’est pas là. Elle est partie. Elle a quitté son mari et abandonné son fils. Le père l’appelle souvent au téléphone pour la supplier de revenir. Rien n’y fait. Pour arrondir les fins de mois, Francis fait des tours de magie, puis le fakir devant les clients impressionnés.


Francis et son fils sont Tamouls. Emigrés à Singapour, ils sont exploités par les Chinois (qui eux parlent cantonais). Le patron du bar, pour son plaisir sadique, fera de Francis son puching bull, il va le torturer contre quelques billets. Francis est un homme bon, il aide une immigrée clandestine à se cacher. Plus tard, elle se prostituera. Le film montre toute la détresse des différentes classes sociales. Les pauvres, qui n’ont rien, qui sont utilisés pour leur corps par les riches, qui abusent de leur pouvoir. Eric Khoo le montre très simplement, par une succession de plans en montage alterné où le père va de plus en plus loin dans son personnage de fakir tout en continuant de prendre soin de son fils.


My magic est un portrait touchant d’un père aimant et de son fils perdu. Les films précédents du cinéaste de Singapour montraient déjà la difficulté de la société de son pays. La mixité sociale y est très dure, l’exploitation des hommes une règle. L’imaginaire, ici la magie que pratique Francis et qu’il enseigne à son fils, est le seul moyen d’échapper à la réalité. D’ailleurs, la musique très présente dans le film joue également un rôle libérateur. Il y a pourtant un fatalisme dans le film qui amène un profond désespoir. On apprend ce qui est arrivé à la mère, puis le père succombe aux tortures de son patron. Mais Eric Khoo parvient à faire passer tout cela sans misérabilisme ni racolage. Le signe d’un grand.


My magic (Singapour, 2008) Un film d’Eric Khoo avec Francis Bosco, Jathisweran.