samedi 4 février 2012

L'Hirondelle d'or


Troisième et dernier film tourné pour la Shaw Brothers par King Hu, L’Hirondelle d’or ne reprend pas son titre anglais (viens boire avec moi) ni son titre chinois (le chevalier errant ivre). La « suite » tournée par Chang Cheh en 1968 s’appellera Golden swallow (en chinois aussi) et sortira en France sous le titre Le Retour de l’Hirondelle d’or. Tout cela pour dire que le personnage de Cheng Pei-pei, celui de l’héroïne, est à égalité avec celui de Yueh Hua qui interprète Chat Ivre, Fan Ta-pei, le mendiant amateur de vin. Les deux personnages sont en totale opposition, elle est calme en apparence, mais son impulsivité jaillit très vite. Elle refuse d’entendre le moindre conseil et s’en va poursuivre sa mission, délivrer son frère pris en otage. Elle est présentée d’abord comme un homme, dès son arrivée dans l’auberge. Elle porte l’habit traditionnel moyenâgeux, aux couleurs ternes, qui indique sa volonté de se faire passer pour un homme. Il sera épargné au spectateur une romance entre Chat Ivre et Hirondelle d’Or, leur rapport se limitera à combattre les méchants.

Ce qui frappe en tout premier lieu dans L’Hirondelle d’or, c’est l’absence de clinquant dans les décors. Dans The Story of Sue San, King Hu avait dû composer avec un décor kitsch propre aux films de la Shaw Brothers et à l’opéra chinois. Ici, la sobriété est mise en avant. L’auberge dans laquelle débute le film (après l’enlèvement du fils du gouverneur en pleine nature) est modeste, provinciale. On n’en verra que l’intérieur, vaste et meuble de manière fonctionnelle. Des tables en bois, des bancs, des balcons. Le marron est la couleur prédominante. Les clients se confondent avec les meubles d’ailleurs. La lumière est elle aussi volontairement terne donnant un aspect plus réaliste que d’habitude. C’est en cela que King Hu modifie le wu xia pian (je ne parlerai pas de révolution) et le fait passer dans la modernité. Deux autres décors servent à l’action. Le temple dans lequel se sont réfugiés les kidnappeurs du fils du gouverneur. Temple classique pourvu d’une grande entrée et d’une vaste cour. Le contraste avec l’auberge se produit quand on découvre les brigands entassés, tels des animaux, autour d’une table pour manger ou se réunir. La caméra est fixe, éloignée des personnages, les jugeant. Les brigands ont également pris en otage les moines qu’ils obligent à suivre leurs ordres cruels et violents (un moinillon se fait exécuter sans vergogne par l’un d’eux).

Le dernier décor, encore plus sombre, est celui de Chat Ivre. Abrité dans une cabane brinquebalante, au bord d’une cascade en pleine forêt, le mendiant cache bien son jeu. On le découvre dans l’auberge, accompagné d’enfants qui forment sa tribu de mendiants. Il chante des chansons pour récolter quelques sous. Comme son nom l’indique, c’est un amateur de vin. C’est surtout un artiste martial, un homme raisonnable et un joyeux luron. Hirondelle d’Or est une femme de tête qu'il a du mal à canaliser, mais elle aura bien besoin de l’aide de Chat Ivre quand elle sera empoisonnée par une flèche. Il est temps de présenter le super méchant du film. Tigre au visage de Jade (Chen Hung-lieh) est le commanditaire de l’enlèvement. Il est habillé en blanc (la couleur de la mort), le visage peint. Son sourire sardoniques, ses yeux torves et ses tours pendables expriment une cruauté inégalée. Un méchant somme toute trop classique. La deuxième moitié du film est bien moins intéressante que la première. Chat Ivre affrontera son ennemi mortel, l’abbé Liao Kung (Yeung Chi-hing), personnage sorti un peu de n’importe où, provoquant une tournure scénaristique aussi abrupte que convenue. Les scènes de combat entre l’abbé et Chat Ivre sont d’une grande platitude.

L’attrait majeur de L’Hirondelle d’or est sa deuxième séquence, au bout de dix minutes de film, quand Hirondelle d’or entre en scène. Elle se déroule dans l’auberge. Un orage annonce l’action qui va se dérouler, vive et soudaine. La caméra dans un travelling de gauche à droite la suit de la porte à la table où elle s’installe, elle marche lentement, observant tous les autres clients. Tous les personnages s’observent, la bande de Tigre au visage de Jade l’a repérée. Un plan d’ensemble en plongée permet de comprendre où se trouve chaque personnage, ce que le découpage en champ – contrechamp ne faisait pas. Le bras droit de la bande (Lee Wang-chun) aborde Hirondelle d’or, dans un grand sourire, il lui demande qui elle est, ce qu’elle fait là. La musique de percussions démarre. L’affrontement commence avec un jeu de regards et se poursuit, tandis qu’elle dîne tranquillement, avec des objets qu’on lance à Hirondelle d’or (une jarre de vin, des pièces) qu’elle débine d’un geste habile de la main sans bouger le reste de son corps. Elle est seule, ils sont une douzaine. L’affrontement aux sabres se fait sur le son des percussions. Chaque geste est redoublé par un tambour. Quand elle se fait assaillir par les sabreurs, un plan large montre les brigands s’approcher d’elle, un plan serré la montre remuant son épée puis un troisième plan large, avec une musique frénétique, filme les brigands s’effondrer. Toute la mise en scène de King Hu est dans ces trois plans, un montage faussement champ-contrechamp qui rythme le combat. Cette séquence qui dure dix minutes est la vraie révolution du wu xia pian mais elle n’était sans doute pas du goût de la Shaw Brothers qui ont fait comprendre à King Hu qu’il ne ferait plus de films dans la compagnie.

L’Hirondelle d’or (Come drink with me, 大醉俠, Hong Kong, 1966) Un film de King Hu avec Cheng Pei-pei, Yueh Hua, Chen Hung-lieh, Lee Wan-chung, Yeung Chi-hing, Shum Lo, Han Ying-chieh, Fung Ngai, Simon Yuen, Ku Feng, Wong Yeuk-ping, Kwan Ying-chi, Chow Siu-loi, Nam Wai-lit, Tung Choi-bo, Chiu Hung, Chui Chung-hok, Hao Li-jen, Wong Chung, Cheung Hei.

jeudi 2 février 2012

The Story of Sue San


Après quelques années comme acteur dans divers compagnies, King Hu est engagé à la Shaw Brothers et tourne pour eux son premier long-métrage The Story of Sue San sur un scénario de son cru. Le film n’est pas à proprement parlé un opéra chinois mais inclut de nombreuses chansons qui affirment ce que pensent les personnages et inclut même un long flash-back pour la dernière chanson. Ces scènes musicales sont filmées avec de grands mouvements de caméra autour des interprètes statiques (les premières autour d’un repas) avec parfois un orchestre derrière les acteurs. The Story of Sue San est extrêmement romantique, une histoire d’amour contrarié entre un lettré et une prostituée. La mise en scène de King Hu n’apporte rien de nouveau et ressemble à celle de la plupart des films de la Shaw Brothers, another Shaw Production, comme on lit à la fin de leurs films.

Le jeune Wang Ching-lung (Zhao Lei) est le fils d’un juge à la retraite. Parti en voyage à Pékin, il remarque une belle jeune femme dont il cherche à connaitre le nom. Sue San (Bellty Loh) est une prostituée du bordel Fu Chu Huan, le plus réputé de la ville, celui dans lequel vont les notables. Littéralement charmé par sa beauté, il veut la rencontrer et va dans la maison de luxe au grand dam de son vieux serviteur qui sait que le père de Wang désapprouverait cette visite. La mère maquerelle (Hung Mei) le fait patienter en espérant en tirer un peu d’argent mais Sue San n’en a cure et fait la fine bouche. Le Maître Shen (Yeung Chi-hing) passe avant lui bien qu’arrivé après. Quand enfin, elle daigne prêter attention à Wang, il décide de partir.

Ce n’est bien sûr que partie remise. Il devait rentrer dans sa région mais annule tout pour rester auprès d’elle. Il participe de plus en plus à la vie de bordel, attend la belle des heures, ce qui satisfait la maquerelle qui voit ses gains augmenter. Elle finit par être séduite sous le regard amusé du petit marchand de graines de pastèque, Jin (Lee Kwan) le seul qui voit un peu de pureté dans cette histoire d’amour ; l’un de seuls personnages à donner quelques moments de comédie dans cette tragédie amoureuse. Le couple décide de se marier mais le père de Wang Ching-lung renie son fils qui voit ses vivres coupées. Il est bien obligé de s’installer à demeure dans le bordel, fait construire un appartement pour lui et Sue San (dans un décor typique du kitsch de la Shaw, tout en dorure, en fioriture, en clinquant refusant encore plus le réalisme).

Tout serait trop beau pour que ça dure. Le scénario n’y va pas avec le dos de la cuiller pour interrompre la vie amoureuse du couple. Wang n’a plus d’argent et doit se réfugier dans un temple tel un mendiant, vivre en haillons et souffrir de la faim. Sue San se voit obligée par la maquerelle de continuer de se prostituée, bien que mariée à Wang qui ne peut pas la « racheter ». Maitre Shen va alors proposer à Sue San de devenir sa concubine, la racheter à sa « mère » qui l’avait recueilli à l’âge de sept ans pour en faire une courtisane. Mais l’épouse de Shan, Madame Pi (Go Bo-shu) va la traiter en servante et quand Sue San s’aperçoit qu’elle a un amant, Madame Pi va chercher à l’assassiner. Le film va se poursuivre dans les larmes, le mensonge et l’injustice sans aucune subtilité. Et tandis que Sue San tombe dans la déchéance la plus complète, Wang va rentrer chez son père, devenir un magistrat incorruptible et redresser la situation dans un happy end aussi improbable que romantique.

The Story of Sue San (玉堂春, Hong Kong, 1964) Un film de King Hu avec Betty Loh, Zhao Lei, Goo Man-chung, Hung Mei, Chu Mu, Lee Kwan, Lee Ying, Cheng Miu, Ou-yang Sha-fei, Chan Wan-wa, Yeung Chi-hing, Go Bo-shu, Wong Chung, Angela Yu, Yau Gwong-chiu, Paul Chang, Tien Feng.

mercredi 1 février 2012

Tatsumi


Yoshihiro Tatsumi a 75 ans au moment de la réalisation de Tatsumi qui est sa biographie en animation tournée par Eric Khoo. Le cinéaste de Singapour est amateur de projet incongru. Après Be with me, qui parlait de son pays, il avait tourné My Magic qui avait déconcerté beaucoup de monde (enfin, le film a été tellement peu montré que finalement, il a déconcerté uniquement ceux qui s’attendaient à voir une suite de son précédent film). Le film commence avec en voix off le dessinateur (ou l’illustrateur selon ses propres mots), qui vient d’ailleurs de recevoir un Prix au Festival d’Angoulème, qui narre les moments cruciaux de sa vie. Mais Tatsumi rend d’abord un hommage à Osamu Tezuka qu’il a rencontré à 15 ans.

Enfant, Yoshihiro Tatsumi était fan du dessinateur et c’est en espérant être son égal qu’il commence à créer des mangas. Il en envoie à des éditeurs dès ses dix ans rendant jaloux son grand frère qui, malade, ne peut dessiner. La confrontation sera violente puisqu’un jour son frère, dans un excès de colère, déchire tout ses bandes. Tatsumi est publié pour la première fois à l’âge de 15 ans. Comme cadeau, en plus d’être payé, il aura la joie de rencontrer Tezuka. « Le plus jour de ma vie », s’exclame-t-il. Petit à petit, ses travaux sont achetés régulièrement. Puis, il s’installe avec deux autres mangakas dans un appartement d’Osaka, sa ville d’origine. Puis, il tombe amoureux.

Ces parties biographiques (ou données comme telles) en couleur sont souvent très émouvantes. Son esthétique créée avec Phil Mitchell est simple, somme toute peu animée (les dessins sont saccadés). L’animation est plutôt enfantine sur une jolie musique mélancolique de Christopher Khoo. L’illustrateur ne se vante jamais, au contraire, il est parfois critique avec lui-même, expliquant parfois sa naïveté devant ses mangas pour enfants, ou encore expliquant ses moments de creux dans sa carrière. Il narre aussi l’avènement du gekiga, le manga pour adultes dont les histoires seraient plus sombres et matures.

Ces gekigas fournissent l’autre partie du film. Entre quelques moments de biographie, on plonge dans des histoires écrites par Tatsumi dans les années 1970 et qui, selon ses propres mots, décrivaient son grand malaise. Animées en noir et blanc, ces cinq histoires de fiction montrent des personnages solitaires et dépressifs. Hell évoque un photographe qui travaille sur un reportage à Hiroshima juste après le lancement de la bombe. Beloved monkey montre un ouvrier qui vit seul avec un singe et qui perd un bras dans un accident de travail. Just a man est le récit d’un homme bientôt à la retraite qui désespère de devoir passer le reste de sa vie avec une femme qu’il hait. Occupied décrit l’ennui d’un mangaka à qui l’inspiration fait défaut et qui va la retrouver en observant les graffitis obscènes dans les toilettes. Good-bye exprime la déprime d’un vieux père face à sa fille « pute à soldats américains » qui se fait rejeter par tout le monde.

Ces cinq histoires, bien que plus dures, plus rudes, plus sèches, sont paradoxalement moins émouvantes que le récit biographique. Elles montrent cependant l’univers de Tatsumi. Mis en parallèle, on constate que la vie du dessinateur irrigue ses fictions. On sent qu’il a observé et qu’il a tiré de ce qu’il a pu voir de quoi écrire et dessiner (on le sent particulièrement dans Occupied). Il n’est sans soute pas le seul à parler du Japon contemporain, à faire des récits sérieux, mais sa manière est sans romanesque, sans fin à proprement parler laissant un fin ouverte. Tatsumi dessine sur le quotidien et sur les marginaux. C’est un auteur, à ce titre, contestataire et critique du Japon. Et Eric Khoo porte sur son œuvre un regard plein de tendresse. On comprend que son univers est très proche de celui de Yoshihiro Tatsumi.

Tatsumi (Singapour, 2011) Un film d’Eric Khoo avec les voix de Tetsuya Bessho, Motoko Gollent, Yoshihiro Tatsumi, Mike Wiluan.

dimanche 29 janvier 2012

East meets West 2011


Un anneau dans la narine gauche, des lèvres teintes en noir, une tenue de cuir et des cheveux en pétard tenus par des baguettes, l’arrivée de Sammi (Karen Mok) dans East meets West 2001, le nouveau film de Jeff Lau, se fait en fanfare. Elle a trente ans et chaque nuit, elle fait ce rêve étrange où une dizaine de femmes habillées de robe roses lui proposent de traverser le tunnel. Sammi est une rebelle, une grande gueule comme son accoutrement et son comportement l’attestent. Elle va à la rencontre de son père Kenny Bee (Kenny Bee) qui intervient en tant que lui-même mêlant fiction et vraie vie avec le retour de son groupe de cantopop les Wynners dans un stade archi-bourré de fans hystériques. En attendant, Bee est un loser, embauché dans un parc d’attractions pour jouer au vampire dans le train fantôme. Il doit quelques dettes à un homme louche qui a lancé ses sbires contre lui. Une seule solution : la fuite en avant.

Le film s’emballe frénétiquement pendant toute sa première partie et part à la rencontre des personnages tous plus facétieux et délirants les uns que les autres. Il s’agit pour Sammi et Bee d’échapper à leurs agresseurs et de retrouver Scarlet (Huang Yi), la femme de Bee, pour faire ce fameux concert. En haut d’une cascade du parc d’attractions, le quatrième d’une nuée d’oiseaux leur donne la force de sauter de cette falaise sans se faire. Le voir dans le film est plus simple que de le décrire, c’est surtout bien plus drôle. Première rencontre : un chauffeur de taxi (William So) qui s’entraine à devenir acteur dans sa voiture. Rencontre suivante : Jade (Tan Wei-wei), une apprentie chanteuse qui a laissé son millionnaire de papa (Jonathan Lee) pour vivre à la Bohème. Le papa a engagé Bing (Jaycee Chan, le fils de Jackie Chan, évoqué dans le film par le fiston dans des private jokes) pour surveiller la fille rebelle. Bing est le personnage le plus drôle, il essaie à toute force de convaincre le père de Jade de l’adopter lui et de l’abandonner elle, il se confond en obséquiosité et courbettes. Il aime même quand il lui file des claques parce qu’il n’arrête pas de lui lécher les bottes. Tout ce beau monde monte dans le taxi écrase Da Xiong (Ekin Cheng) dans une explosion gigantesque. Da Xiong, visage constamment enfariné, est muet et a un petit garçon. Tout le monde est mort ? Sûrement pas.

La présentation des personnages hauts en couleur était déjà tout à fait satisfaisante, provoquant à la fois la surprise par le ton adopté, pop, vif, rigolo, comme un cartoon des Looney Tunes sans que l’on sache vraiment où l’on aille et le rire parce que tout cela est proche de l’humour non-sensique (Jeff Lau a souvent travaillé avec Stephen Chow, moqué comme Jackie Chan) très lisible et compréhensif de tous (que l’on détienne les références ou pas. Le film va encore accélérer dans le délire. Si les protagonistes résistent à tous ces accidents, s’ils ne meurent pas, ça n’est pas qu’ils sont des super héros. C’est encore mieux que ça : ce sont des Dieux. Ouais, carrément. Eux-mêmes l’ignoraient d’ailleurs. Ils vont donc revêtir leur tenue et là encore, ça va très loin dans le grotesque assumé. Sammi aura une superbe combinaison rose, des cheveux blonds et des lunettes à paillettes (comme dans son rêve initial). Da Xiong, en tant que cuisinier, enverra des raviolis géants pour piéger les adversaires. Bing prendra le costume du sabreur manchot, mais ça fait un peul mal de se couper un bras et finalement endossera celui d’un vampire sautillant. Jade se servira de son doudou comme cape. Bee mettra sa chemise 60’s et une coupe au bol ou une banane. Ils sont forts, ils sont glam, ils sont incroyables.

Qui dit Dieux, dit démons à combattre. C’est peut-être là que le film s’enlise un peu dans son délire total. Charles (Eason Chan) est l’homme qui a commandité le concert des Wynners. Il sait que toute la bande de Sammi est constituée de Dieux et il veut les éliminer. A ses côtés, il reçoit l’aide de la diabolique Yashka (Stephy Tang) aux cheveux verts. Charles révèle la vraie personnalité de Sammi mais ils se rendent qu’ils s’aiment, sans doute depuis leurs toutes premières vies au bout de tant et tant de réincarnations, ils cherchent le moyen de vivre enfin leur amour. East meets West 2011 prend une tournure romantique entre les deux personnages, regards langoureux, musique douce, qui contraste avec tout le reste du film, en ralentit le rythme. C’est l’amour éternel que Jeff Lau décrit, le même que celui du Roi Singe. Mais le film, tourné à Shenzhen – coproduction chinoise oblige, reste visuellement éblouissant, jouissif dans son scénario et débridé dans sa mise en scène pour en faire l’un des meilleurs films actuels. Jeff Lau est donc ce qu’on appelle un bon cinéaste, ou comme diraient certains, un auteur.

East meets West 2011 (東成西就2011, Hong Kong – Chine, 2011) Un film de Jeff Lau avec Karen Mok, Eason Chan, Ekin Cheng, William So, Stephy Tang, Alex Fong Lik-sun, Kenny Bee, Tan Wei-wei, Crystal Huang, Jonathan Lee, Hu Ge, Liu Yu-qi, Jaycee Chan.

samedi 28 janvier 2012

Love me, love my money


Comédie romantique à la sauce Wong Jing, suite et fin (c’est promis, j’arrête de parler de ses films pendant un bon bout de temps après ces deux mois de rétrospective que je lui ai donné ici). Tony Leung Chiu-wai est Richard, un businessman qui au début de Love me, love my money revient de New York où il fait des affaires (lesquelles, on ne le saura jamais, mais ça n’aura aucune importance). Dans le taxi qui le ramène en ville, la voix off de l’acteur nous présente Helena (Cho Chun) et Tom (Lam Ka-tung), ses deux plus fidèles collaborateurs. Tom est son avocat, son ami de vingt ans, son confident, l’homme qui pense à tout préparer avant que son patron ne lui demande. Tom est indispensable à Richard qui n’a même pas un téléphone perso, il le connait comme sa poche et lui parle franchement de tout et surtout des femmes.

Les femmes, justement, est le souci de Richard. Il est riche et doute que sa copine Martha l’aime pour lui-même mais plutôt pour son argent. Une grosse dispute se déclare entre eux deux parce qu’il refuse de lui donner une forte somme d’argent. Ce qui conforte son opinion sur elle et donne encore une fois une bonne idée de ce que Wong Jing pense des femmes entre misogynie et clichés de potache. Elle quitte le luxueux appartement de Richard et décide de se venger. Elle va, quand il s’est absenté, enlever tous ses meubles et vêtements pour les donner à des hospices de vieux. Richard a envie de changer ses comportements et son nouveau maître mot est : économie. Il trouve qu’il dépense trop et veut virer tous ses employés, dans le même temps il demande à Helena de tout prendre en charge toutes les affaires. Résultat : elle démissionne. Mais assez parlé du boulot, le film ne le prend pas en compte contrairement à ce que faisaient Johnnie To et Wai Ka-fai dans Needing you, exemple type de la comédie romantique patron employée.

Richard rencontre par hasard Choi (Shu Qi) dans un restaurant de serpents où avec sa meilleure amie Fong (Teresa Mak) elle se réfugie pour échapper à Fatty (Yau Man-shing), un bon gros bonhomme qui tente de la convaincre de l’épouser. Fatty est en fait envoyé par le père de Choi (Wong Yat-fei), un homme plutôt traditionnel qui se désespère que sa fille ne se marie pas. Là nait l’idée géniale d’engager Richard pour le faire passer pour son fiancé. Elle ignore qui il est. Lui a envie d’être aimé pour lui et non pour son argent (tout comme dans Prince charming, vingt ans plus tôt). Or il se trouve que Choi plait plutôt à Richard et inversement. Mais on le sait tous, quand une relation démarre sur un mensonge, ça se passe rarement bien par la suite. Dans le même temps, Fong et Tom ont le coup de foudre et vivent une histoire d’amour débridée.

Le gros souci de Love me, love my money est que tout ce qui pourrait être drôle ne l’est jamais vraiment. Les quiproquos relatifs aux fausses fiançailles sont poussifs (encore une fois la passion de Wong Jing pour le jeu où Richard plume Fatty et son père venus rencontrer le « petit ami » virtuel). Pareillement, la soirée organisée chez Richard pour que le père de Choi rencontre sa future belle-famille est assez mauvaise, Wong Yat-fei reprenant son gag de Shaolin soccer où il chante faux un petit air à la guitare. Quand Choi se rend compte qu’elle a été bernée par Richard et Tom, elle lui donne des coups de pied ce qui semble la seule réponse aux yeux de Wong Jing qui faisait faire la même chose à Cecilia Cheung dans Everyday is Valentine. Quant au final, il est tellement écœurant de romantisme benêt que ça en est gênant. Que les fans de Tony Leung Chiu-wai se rassurent, l’acteur n’a plus jamais avec Wong Jing

Love me, love my money (有情飲水飽, 2001) Un film de Wong Jing avec Tony Leung Chiu-wai, Shu Qi, Lam Ka-tung, Teresa Mak, Wong Yat-fei, Angie Cheung, Cho Chun, Helen Poon, Joe Lee, Winston Yeh, Kao Bao-yun, Pang Lap-wai, Dick Tung, Yau Man-shing, Kam Kong, Wong Sum-yue.

mardi 24 janvier 2012

Ninja wars


Le Seigneur Danjo (Akira Nakao) n’a plus qu’une seule ambition, s’accaparer la belle épouse du shogun, Ukyo (Noriko Watanabe). Donjo l’a rencontré un jour lors d’une visite du shogun. Il sert du thé à Ukyo dans une théière particulièrement précieuse avec une araignée sculptée qu’il a fait venir pour cette occasion. Les yeux qu’il pose sur elle sont génant pour tout le monde et surtout pour Shinzaemon (Sonny Chiba, qui ne fait dans Ninja wars qu’une courte apparition en début et fin de film), le garde du corps de Danjo. Ce dernier est trop vilain, lâche et vicieux pour séduire Ukyo avec ses propres qualités, il est obligé de faire appel à Kashin (Mikio Narita), un magicien redoutable qui va engager son armée de démons et sorciers aux mines patibulaires (tout autant que les tueurs de Dragon Princess). Kashin va élaborer un stratagème pour rendre Ukyo amoureuse de lui : préparer un filtre d’amour dans cette bouilloire et lui faire boire. Elle aimera follement le premier homme qu’elle verra. D’ailleurs, ils font le test sur une grosse dame à la poitrine volumineuse qui se met à forniquer avec l’un des sorciers.

L’homme qui va se mettre en travers de ce sinistre plan est Jotaro (Hiroyuki Sanada), un ninja en apprentissage. Il est amoureux d’une de ses condisciples, Kagaribi (Noriko Watanabe, dans un double rôle donc). Leur amour est contrarié par leur maitre qui est le seul à décider qui peut se marier et avec qui. On découvre le jeune couple dans une forêt où Kagaribi, arborant un large sourire, tranche de la paume de sa main les pousses de bambous. C’est l’innocence de la jeune femme qui entre dans la vie avec force face à l’ignominie de Danjo et de ses sbires démoniaques qui est mise ici en contraste. Danjo capture Kagaribi parce qu’il connait son secret, elle est la sœur jumelle de Ukyo, deux filles chrétiennes orphelines au destin opposé. Les démons ont de beaux tours dans leurs poches. L’un envoie un fluide orange (en vomissant) qui se transforme en masque mortel, un autre aveugle lance des flèches, un troisième provoque des explosions. Bref, ils sont très méchants. Ils sont tellement démoniaques qu’ils vont mettre la tête (et l’âme) de Isabiri (Jun Miho) sur le corps de Kagaribi pour mettre en œuvre leur mauvais coup. Tout le reste du film aura pour but de rétablir la situation. Il faut reconnaitre que les méchants démons sont bien plus savoureux que les gentils benêts tout pleins d’un romantisme assez écœurant filmé mollement.

Ninja wars (伊賀忍法帖, Japon, 1982) Un film de Kōsei Saitō avec Hiroyuki Sanada, Noriko Watanabe, Jun Miho, Yuki Kazamatsuri, Akira Nakao, Sonny Chiba, Strong Kongô, Mikio Narita, Gajirô Satô, Noboru Matsuhashi, Hiroshi Tanaka, Tyrus Bromley.

lundi 23 janvier 2012

Everyday is Valentine


Attention, comédie romantique à la Wong Jing, le retour. Je continue ma petite rétrospective du cinéaste (il me reste plus qu’un film après celui-là). Everyday is Valentine illustre la rencontre, les hésitations, la concrétisation puis la rupture et la réconciliation de OK Lai (Leon Lai) et Wonderful (Cecilia Cheung). Le schéma classique sera respecté à la lettre avec quelques moments comiques tels que Wong Jing sait les concocter. D’abord les présentations du futur couple. Lai vient de se faire larguer par sa copine. Elle lui annonce qu’elle va se marier avec un autre homme parce qu’elle en a marre de son absence d’engagement. C’est un coup dur pour lui parce que cela remet surtout en cause sa réputation de serial lover. Lai ; c’est un peu la star de son quartier, l’homme aimé de toutes les femmes et admiré des hommes, notamment de ses amis. Ils sont trois, Pure (Cheung Tat-ming), le puceau de service, Freaky (Matt Chow), le comique et Bully (Ray Pang), le souffre-douleur de la bande. Cecilia est célibataire. On la découvre le soir de l’enterrement de vie de jeune fille d’Ugly (Zuki Lee) avec leurs deux meilleures amies qui répondent aux surnoms de Witchy (Natalie Ng) et Bitchy (Kitty Yuen). Elles parlent gentiment de sexe, entre jeunes femmes innocentes, sur un joli petit air de guitare. Wonderful confesse à ses amies que non seulement, elle est vierge mais qu’en plus elle n’a jamais eu ses règles et n’a pas atteint sa puberté.

Lui sort du bar acheter des clopes, elle des bières. Ils se retrouvent par hasard dans un minimarket et leurs regards se croisent. Plus tard, ils se croisent dans un temple bouddhiste où le moine tibétain (qui cause anglais) leur dira, séparément, la même chose : qu’ils trouveront vite l’amour. On sait exactement ce qui va arriver mais tout va se mettre contre eux. Lai est surtout connu comme un homme qui sait raconter des bobards et son patron Chan (Hui Siu-hung) trompe allégrement sa femme et Lai trouve toujours de bonnes excuses. Il est agent immobilier et doit régler une histoire avec Monsieur Li (Moses Chan Ho). Il se rend compte que Wonderful est employée chez Li et, dans l’ascenseur, se fait passer pour son cousin, donc un homme très riche. Ce qu’il n’est pas du tout. Il va commencer à entrer dans l’engrenage du mensonge, d’autant plus qu’il se fait séduire par Selina Li (Pinky Cheung), le pendant féminin de OK Lai : elle couche pour le plaisir, sans sentiment. Lai va devoir cacher à Wonderful tout cela, elle est sur un petit nuage, elle est l’innocence incarnée et va comprendre qu’il est un beau salaud.

Wonderful est hyper déprimée et Cecilia Cheung sait parfaitement exprimer la déprime avec un simple jeu de regard. J’ai un peu plus de mal à trouver crédible Leon Lai en super séducteur, mais c’est un détail. Je pense qu’un duo avec Louis Koo aurait mieux convenu. On va découvrir la famille de Wonderful, pas piquée des hannetons. Elle doit se rendre à Macao où sa grand-mère est malade et, comme par hasard, OK Lai s’y trouve aussi. Le père, c’est Ng Man-tat qui fait son show. Il va dire ses dialogues très fort, se casse la figure, fait des grands gestes. Les situations deviennent dans l’appartement de la famille hautement improbable, mais réservent les moments les plus drôles avec l’arrivée d’un petit malfrat incompétent qui vient réclamer une dette. Il plante son couteau dans la table sans réussir à le retirer, menace de violer tout le monde, là, la grand-mère se propose d’être la première pour le viol. Pour rester dans le comique familial, OK Lai promet de présenter ses parents à ceux de Wonderful et demande (pour une raison inconnue) à ses trois amis et à Chan de jouer ses parents, sachant que Cheung Tat-ming et Matt Chow se déguisent en femmes. Voilà le romantisme selon Wong Jing.

Everyday is Valentine (情迷大話王, 2001) Un film de Wong Jing avec Leon Lai, Cecilia Cheung, Cheung Tat-ming, Matt Chow, Ray Pang, Zuki Lee, Natalie Ng, Kitty Yuen, Hui Siu-hung, Moses Chan Ho, Pinky Cheung, Ng Man-tat, Kingdom Yuen, Lam Suet.

samedi 21 janvier 2012

Samourai reincarnation


Il y a 400 ans de cela, des milliers de Chrétiens furent massacrés au Japon dans une volonté de l’empereur d’éradiquer cette religion. Pour être bien certain qu’ils soient morts, les crânes sont parfois fendus par les samouraïs et leurs soldats. Dans la scène d’ouverture de Samourai reincarnation, on découvre dans une atmosphère ténébreuse toute une ribambelle de cadavres largement maquillés. Une pièce de théâtre est jouée devant les samourais, ce qui accentue encore l’aspect impitoyable des assassins, quand soudain Shiro (Kenji Sawada) annonce qu’il se vengera en vengeant son âme à Satan.

Shiro va créer une équipe de zombies, enfin plutôt de combattants qu’il va ressusciter et recruter pour assouvir sa vengeance. Kirimaru Iga (Hiroyuki Sanada) est un jeune sabreur amoureux, Musashi Miyamoto (Ken Ogata) surnommé l’invincible, le prêtre Inshun Hozoin (Hideo Murota), Otama (Akiko Kana) belle femme séduisante au regard vénéneux et le Seigneur Tajima (Tomisaburô Wakayama) forment l’escouade qui va faire trembler le pouvoir du shogun (Noboru Matsuhashi). Toute la première partie du film est consacrée au recrutement. On découvre les raisons de leurs décès. Kirimaru Iga est mortellement blessé lors de l’attaque de son village, Otama a été violée et tuée, Inshun s’est suicidé parce qu’en tant que prêtre il ne pouvait supporter sa frénésie sexuelle. Les interprètes sont maquillés (un peu trop et avec peu de réussite) pour avoir l’aspect de cadavres (peau blanche, yeux rougis, paupières fardées) et adoptent des poses hiératiques. A chacune des apparitions d’un fantôme, une fumée blanche couvre le sol, mais aucun vivant ne semble vraiment le remarquer.

Un seul homme va se trouver en mesure d’affronter la horde de Shiro : Jubei Yagyu (Sonny Chiba) qui se trouve être le propre fils du Seigneur Tajima. Ce dernier l’a initié à l’art du sabre mais, lorsque Jubei était encore enfant, il l’a blessé à l’œil avec un poignard. Jubei porte désormais un bandeau. Jubei comprend très vite deux choses. La première est qu’Otama est partie séduire le shogun. Cela offre quelques scènes érotiques où l’actrice se déshabille et montre sa poitrine et son dos nus. La deuxième est qu’il a affaire à des démons dont seule une épée puissante peut venir à bout. Cette épée doit être confectionnée par un vieil homme, Muramasa (Tetsurô Tanba) qui s’est retiré de la civilisation et habite avec la belle Otsuu (Ai Kanzaki) qui se trouve être la fille rejetée de Musashi. Ce dernier ne rêve que d’une chose : combattre un homme meilleur que lui. Ce sera Jubei.

Samourai reincarnation prend son temps pour développer son récit. Le rythme est très lent comme figé, comme si le scénario se construisait au hasard. Les personnages prennent beaucoup de temps à s’expliquer jusqu’à qu’un combat au sabre arrive. Les scènes de combat sont d’ailleurs extrêmement courtes et peu spectaculaires sur une musique étonnante proche du rock progressif. Celle entre Jubei et Musashi est filmée par exemple au bord de la plage, dure à peine deux minutes. La scène finale entre le Seigneur Tajima et Jubei sera un peu plus longue et se déroule dans le château du shogun en feu. C’est le destin qui se met en route, un destin où le père doit affronter le fils pour lui permettre de vivre. Il faut ajouter à cela une belle scène de foule avec des paysans en révolte contre le shogun qui vont se faire allégrement massacrer. Kinji Fukasaku parle dans ce moment-là des injustices sociales qui semblent bafouées à la fois par le pouvoir (le shogun) et par ceux qui les attise (Shiro et sa bande) pour leurs propres intérêts. Je n’irai pas jusqu’à dire que Samourai reincarnation est un film politique tout de même.

Samurai reincarnation (Japon, 1981) Un film de Kinji Fukasaku avec Sonny Chiba, Kenji Sawada, Akiko Kana, Ken Ogata, Hiroyuki Sanada, Tomisaburô Wakayama, Yûko Asuka, Ai Kanzaki, Naoko Kubo, Noboru Matsuhashi, Hideo Murota, Mikio Narita, Hideo Murota, Tetsurô Tanba, Asao Uchida, Seizô Fukumoto, Jun Hamamura, Hiroshi Inuzuka, Masataka Iwao, Tadashi Naruse, Kayoko Shiraishi, Mizuho Suzuki.

Sorties à Hong Kong (janvier 2012)

The Viral factor (逆戰, Hong Kong, 2012)
Un film de Dante Lam avec Nicholas Tse, Jay Chou, Bai Bing, Andy On, Carl Ng, Liu Kai-chi, Elaine Kam, Lin Peng, Sammy Hung, Patrick Keung, Deep Ng. 121 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie à Hong Kong : 21 janvier 2012.

vendredi 20 janvier 2012

Sorties à Hong Kong (janvier 2012)

All's well ends well 2012 (八星報喜, Hong Kong, 2012)

Un film de Chan Hing-kai avec Donnie Yen, Sandra Ng, Raymond Wong Pak-ming, Yang Mi, Kelly Chan, Louis Koo, Chapman To, Joey Yung, Yan Ni, Hung Doi-lam, Karena Ng, Jeremy Liu, Lam Suet. 118 minutes. Classé Catégorie IIA. Sortie à Hong Kong : 20 janvier 2012.