mercredi 14 novembre 2007

Les Maîtres de l'épée


Les Maîtres de l’épée est une production Shaw Brothers composée de trois épisodes réalisés par Chang Cheh et Cheng Kang. Tout d'abord, il faut évoquer les réalisateurs de ce film. La jaquette du dvd édité par Wild Side Vidéo annonce trois cinéastes de la Shaw Brothers : Griffin Yue, Chang Cheh et Cheng Kang. Mais dans les génériques des trois épisodes, on constate que les deux premiers sont signés Chang Cheh et Cheng Kang (c'est indiqué aussi en alphabet latin) et le dernier de Chang Cheh seul. Que faut-il croire ? Cela n'aurait guère d'importance si le film était de grande qualité. Les Maîtres de l'épée est plutôt moyen voire tout à fait dispensable malgré son impressionnante distribution.

Ce qui relie les trois épisodes est donc l'épée, comme l'indiquent les titres anglais (Trilogy of swordsmanship) et français. C'est un peu court, d'autant que la vague du film de sabre est au plus haut en cette année 1972 quand sort le film. On pourrait différencier les styles différents des cinéastes, leur manières de montrer les corps en train de se battre, les sujets. Tout cela serait évidemment à la fois passionnant et très vain, car un film de Chang Cheh et de Cheng Kang tourné à cette époque et dans ces lieux (sans aucun doute à Taïwan) porte la signature de Runme Shaw, le producteur.

Les deux premiers épisodes (L'Arc de fer et La Tigresse) ont des similitudes. Ils ont tous les deux comme personnage principal une femme. Dans L'Arc de fer, une jeune femme et sa mère aubergiste luttent contre un potentat local qui veut à toute force épouser la demoiselle. Aidé d'un jeune commis, elles vont défaire le malotru, d'autant que la jeune femme est tombée sous le charme d'un voyageur. L'épisode s'achève de manière très abrupte (il dure 30 minutes) et laisse un goût d'inachevé. En revanche, ce qui plaît est le style : on dirait un opéra que ce soit dans la musique, dans la diction des acteurs (en mandarin) et dans le déplacement très mouvant de la caméra.

La Tigresse est le meilleur épisode de cette trilogie. Sans aucun doute réalisé par Cheng Kang, il met en scène Lily Ho dans le rôle d'une prostituée qui prend en main le destin de la seigneurie. Tous les hommes importants sont amoureux d'elle et cherchent à obtenir ses faveurs. Seulement voilà, elle tombe amoureuse d'un jeune général (le très fade Tsung Hua), ce qui déplaît au seigneur qui veut l'exécuter. Elle part avec son général capturer Pang (Lo Lieh) qui a bien des secrets inavouables. Dans cet épisode, Cheng Kang adopte le style de combat qui séduisait dans Les 14 amazones : caméra portée à l'épaule, humour pince sans rires et éloge du matriarcat (la personnage de la Grande Dame, la mère du seigneur est savoureux, tout comme celui de Lily Ho absolument géniale et délicieuse - quel sourire!).

Le moins bon épisode est celui de Chang Cheh (Le Rivage de l'eau blanche) où on a l'impression qu'il se caricature. Xu (Ti Lung) prisonnier de soldats ennemis est sauvé par Mu (David Chiang). Entre eux, une profonde amitié se noue. Chang Cheh bacle son épisode : trop de zooms, pas assez d'humour (contrairement aux deux autres) et surtout une direction des combats plate (doublage son atroce). Bref, Les Maîtres de l'épée est quand même en dessous de tout. A moins que vous soyez fan du bodybuildé Bolo Yeung qui apparaît dans le dernier épisode.

Les Maîtres de l’épée (Trilogy of swordsmanship, 群英會, Hong Kong, 1972) Un film de Chang Cheh et Cheng Kang avec Shih Szu, Yueh Hua, Tin Ching, Meng Yuen-man, Go Bo-shu, Bolo Yeung, Cheung Ging-boh, Mars, Unicorn Chan, Lily Ho, Lo Lieh, Chung Wa, Chin Han, Sammo Hung, Ti Lung, David Chiang, Li Ching, Ku Feng, Bruce Tong, Wong Chung, Wu Chi-chin, Cheng Lui, Chan Sing.

4 commentaires:

M a dit…

Dans mon souvenir, c'est l'un des plus mauvais SB sorti en France (avec l'ombre du fouet).

Essaye de voir d'autres Cheng Kang, ça vaut vraiment le coup (et qui malgré son 14 amazones n'est pas trop pris au sérieux...).

Jean Dorel a dit…

Le plus étonnant est que ce film soit sorti chez Wild Side. Il y avait sans doute d'autres films Shaw Brothers à montrer. Cela indique en tout cas que Chang Cheh est évidemment surestimé, voire un cinéaste assez banal.

M a dit…

À partir de 72, c'est la fin de la période dorée de Chang Cheh.

Faut voir ce qu'il a donné au ciné Hk entre 66 et 71, à commencer par le wu xia pian moderne, avec la trilogie du manchot mais aussi du mélodrame avec thundering sword ou encore une critique violente de sa société avec Dead end...

Il y a pas mal de bons films dans cette période (le sabreur manchot reste le chef d'oeuvre - la richesse du scénario+création un mythe made in HK...).

Chang Cheh ça reste une des têtes de la Shaw Brothers, qui pond des films très variables niveau qualité mais qui assure bien plus que l'énorme part d'ouvriers réalisateurs sans âmes du studio (en fait, Chang Cheh ça reste avant tout un bon artisan).

D'ailleurs, Cheng Kang s'y attaquera indirectement via son Sword of swords en humiliant la figure du sabreur manchot, produit de Chang Cheh (et le film est excellent).

Une autre figure à découvrir, c'est Pao Hsueh Li, qui a réalisé à ses débuts des pépites qui préfigurent l'esthétique à venir de Chu Yuan.

Avec la Shaw Brothers, faut juste savoir faire le tri pour savourer des bons moments (il y a facilement 70% de la production du studio qui est irregardable aujourd'hui, ou réservée aux très très grands fans)

Jean Dorel a dit…

Mouais...
Je ne voulais pas faire oeuvre d'historien ni établir des hiérarchies entre réalisateurs.
Sinon, le terme artisan du cinéma est superbement cliché. Chang Cheh a réalisé 1OO films ? Qui le croit ? Faire de la politique des auteurs est l'inverse de mon objectif dans ce blog.
J'attends tes découvertes Shaw sur ton blog