mercredi 28 novembre 2007

My blueberry nights


En France, le cinéma d’auteur est roi. Et Wong Kar-wai est un auteur. Depuis sa découverte, chacun de ses films a été adulé. Lui-même est une idole. Pour être plus exact, il représente le cinéma de Hong Kong peuplé de jolies actrices, de jolis acteurs, dans de jolis cadres avec de jolies couleurs. Les films de Wong, c’est l’exotisme.

In the mood for love avait fait bander à peu près le monde entier, sauf moi, et depuis Wong nous refait le même film : 2046 son très, très long métrage, son épisode pour Eros intitulé La Main et également cette année son sketch pour Chacun son cinéma. Indécrottable romantique, Wong Kar-wai met un acteur et une actrice devant sa caméra et filme ça. My blueberry nights, c’est encore ça

Elizabeth (Norah Jones, pas très bonne actrice – loin de là) entre dans le café de Jeremy (Jude Law, pas crédible pour deux cents). Elle cherche son mec pour lui laisser ses clés. Jeremy lui dit qu’il l’a bien. Il le reconnaît grâce au menu qu’il a pris. Elizabeth part en laissant les clés puis revient. Jeremy nettoie son café et jette les gâteaux non consommés. Il s’apitoie sur la tourte aux myrtilles. Elizabeth adore ça. Elle reviendra chaque soir en manger.

Nous autres spectateurs ont a compris qu’il en pince pour elle, mais elle, elle n’a pas compris. Du coup, elle part dans le Tennessee et devient Betty le jour, serveuse dans un restaurant, et Lizzie le soir, barmaid. Elle y rencontre l’étrange Arnie (David Strathairn, qui fait la gueule), un alcoolique par ailleurs flic la journée. Son épouse Sue Lynne (Rachel Weisz, pleine d’énergie) le trompe avec une petite frappe. Il se suicidera, à moins que ce ne soit un accident.

Départ à nouveau, mais pour le Nevada cette fois. Elizabeth est devenue Beth et elle est serveuse dans un casino. Elle y rencontre Leslie (Natalie Portman, son personnage ressemble à celui de Kimberley dans Nip/Tuck), joueuse invétérée. Elle joue les économies de Beth. Puis, elle parte à Las Vegas. Retour enfin au bar de Jeremy appelé Ключ, ce qui en russe veut dire clé. Car, bien entendu la clé du bonheur était avec lui.

Le scénario de My blueberry nights est d’une rare indigence. Il ressemble à s’y méprendre à un condensé des épisodes de Dawson, ou d’une quelconque série américaine pour ados. Ou pire à Angel-A de Luc Besson. Destins croisés, amours contrariées, peut-on lire dans les mots clés sur allociné. Oui, pour rien n’en faire. Wong Kar-wai, comme dans ses autres films, offre une histoire sans intérêt, mais trop romantique. Sauf que dans My blueberry nights on s’en moque totalement. Ça parle sans cesse pour dire des banalités.

J’espérais que le passage aux Etats-Unis aller amener un peu de fraîcheur. Rien ! My blueberry nights pourrait se passer en Allemagne, en Argentine, en Australie ou n’importe où l’on peut voyager. Sa vision des Américains est anodine. Tout le monde est gentil, même ceux a priori pas sympas, comme Sue Lynn. Et bien sûr, personne ne couche avec personne. Et le baiser final est banal. Il était tant attendu, on disait que Wong l’avait filmé sous plein d’angles différents. Même pas, tout le film est décevant.

Car le principal problème de Wong Kar-wai, c’est qu’il a pris comme chef opérateur Darius Khondji, qui plombe chacun des plans de My blueberry nights, comme il plombait ceux des films qu’il a photographiés. On n’en croit pas ses yeux. Couleurs criardes et saturées, des images filtrées en veux-tu en voilà, des reflets de partout, miroirs, vitres, des flous sur les visages et des mises au point sur des objets au premier plan. Et l’horreur enfin, des ralentis insignifiants. C’est très ringard. Comme est ringarde la musique de Ry Cooder et les chansons niaises de Norah Jones. Oubliez la chanson des Turtles sur Happy together, ou les chansons de Frank Zappa. Dans My blueberry nights, on ne trouvera que de la pop FM.

Finalement, il est arrivé au cinéma de Wong Kar-wai, ce qui arrive à beaucoup de cinéastes : une incapacité à se renouveler, une confiance absolue dans son art qui le pousse à la caricature. Le vrai problème avec Wong Kar-wai est sans doute qu’il a été surestimé par la critique et que ses films sont emprunts d’une époque, qu’ils sont le reflet d’une mode. Dans les années 1970, ce fût Jerry Schtazberg, dans les années 1980 Roland Joffé, Leurs films sont aujourd’hui assez irregardables. Récemment Kim Ki-duk. Wong Kar-wai est un cinéaste asiatique pour ceux qui détestent le cinéma asiatique.

My blueberry nights (Hong Kong, Chine, France, 2007) Un film de Wong Kar-wai avec Norah Jones, Jude Law, Rachel Weisz, David Strathairn, Natalie Portman

4 commentaires:

Seb a dit…

Mais qu'est ce que tu me wacontes là ?
Et Kim Ki Duk c'était pas bien pour toi, il y a quelques temps ? :-)

En tout cas, j'adore ce ton acerbe, cette aigreur, -c'est un délice.
Sur la musique, ça me rappelle RAIN AND TEARS de Aphrodite's Child dans Three times de Hou Hsiao-hsien.

Seb, un fidèle lecteur.

Jean Dorel a dit…

Oh, tu sais on change tous d'avis. J'ai un ami qui n'aimait pas Ozu à une époque. :-)
Je fais partie des "grincheux" comme ils disent à Sancho...

Hakim a dit…

Je dirais plutôt que My blueberry nights est un film pour ceux qui aime le cinéma.

Pour ce qui est de ta critique sur le travail sur la photo, je pense qu'il s'agit plus d'un avis personnel.

On ne peu pas aimer en même temps des merdes comme Hostel ou La vengeance dans la peau et du grand cinéma comme celui de Wong Kar-Wai.

H-Willy, également un fidèle lecteur

Jean Dorel a dit…

Darius a fait la photo d'Amélie Poulain. J'adore!!!!!!!!!!