dimanche 13 juin 2010

Claustrophobia

Ils sont cinq dans une voiture. Thomas (Ekin Cheng) conduit. Sur sa gauche, au siège passager, Karl (Felix Lok), derrière Pearl (Karena Lam) et Jewel (Chucky Woo) et au milieu John (Derek Tsang). Ils partent du travail, rentrent chez eux. A fur et à mesure du trajet, chacun quitte la voiture. Ils ne se disent pas grand-chose, mais des regards laissent sous entendre qu’ils aimeraient se parler, évoquer ce qui pourraient les lier les uns avec les autres. Chacun de ces cinq personnages aimeraient s’aimer mais n’iront pas plus loin que leur relation de collègues. Le sujet de Claustrophobia, premier film en tant que réalisatrice d’Ivy Ho, est l’incommunicabilité.


La scène inaugurale dure près de vingt minutes. Le spectateur, comme les personnages sont coincés dans cette voiture filmée dans des tons verdâtres qui tournent au glauque (je parle de la couleur). Jewel joue avec son portable incrusté de perles rouges, des babioles. John a des regards langoureux qu’il tente de réprimer. Pearl regarde Thomas et Karl est le premier à partir. Les discussions portent sur le travail. Il n’y a aucun sous entendu dans les dialogues. On se croirait presque dans un film d’Abbas Kiarostami.


Ivy Ho filme en douceur les soubresauts des âmes de ses personnages. Ils restent obscurs et ne se dévoilent que très lentement. Claustrophobia déroule son récit à l’envers, une semaine plus tôt, un mois plus tôt, six mois plus tôt, un an plus tôt. On apprend à connaître les personnages qui se découvrent eux-mêmes et là, on se rend compte que la situation traine depuis des lustres, que toutes les frustrations sentimentales que chacun exerce sur l’autre n’évolue pas. On est très loin des rapports employés / patron qui faisaient la romance humoristique de Needing you de Johnnie To et Wai Ka-fai.


Il faut en fin de compte une bonne dose de courage pour tourner une romance en sourdine telle que Claustrophobia. A Hong Kong, c’est très rare de voir des personnages ne pas exprimer leurs sentiments, ne pas aller jusqu’au bout de leur volonté. Paradoxalement, cette atmosphère éthérée apporte un supplément de réalité, et comme le titre l’indique, un sentiment de claustrophobie. Les acteurs, Ekin Cheng en tête, sont tous d’une sobriété que l’on n’imaginait plus. Eric Tsang, dans sa courte apparition, est très en dessous de son habituel registre. Ivy Ho, l’une des scénaristes les plus reconnues de films romantiques, a récidivé en tenant la bribe à Jacky Cheung dans Crossing Hennessy. Une cinéaste à suivre.


Claustrophobia (親密, Hong Kong, 2008) Un film de Ivy Ho avec Karena Lam, Ekin Cheng, Andy Hui, Eric Tsang, Felix Lok, Derek Tsang, Chucky Woo.

jeudi 10 juin 2010

Sorties à Hong Kong (juin 2010)

Ex (前度)

Un film de Heiward Mak avec Gillian Chung, William Chan, Michelle Wai, Lawrence Chou, Jacky Heung, Eman Lam, Deep Ng, Tien Niu, Chapman To, Derek Tsang. 96 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 10 juin 2010.








mardi 8 juin 2010

Summer wars


Kenji est un adolescent passionné d’informatique, de monde virtuel et d’avatar qui passe son temps devant son ordinateur. Il vit dans le monde de OZ où chacun a une identité propre et vit en harmonie. Dès les premières secondes, Summer wars nous plonge dans cet univers virtuel où tout est ligne et courbes, à l’exception des avatars qui sont tout mignon, petits animaux rondouillards typique de le culture manga et animée japonaise. Ces premières images sont superbes, très changeantes, passant du sombre au lumineux. Elles frappent par leur variété et leur dynamisme. Pour l’instant, on ignore en quoi ces images font provoquer de la fiction.


L’univers virtuel auquel s’adonne Kenji ne va pas résister à la proposition de Natsuki, une de ses camarades de classe. Elle lui propose de venir avec lui quelques jours en vacances dans la maison de sa famille. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que toute la famille sera réunie pour les 90 ans de la grand-mère. Que cette famille est issue d’un clan ancestral et vit, non pas une simple maison, mais dans un vieux château au beau milieu de la campagne japonaise. La famille est très nombreuse. Natsuki a de nombreux oncles, tantes, cousins, mais c’est la grand-mère qui règne sur tout ce beau monde.


La famille est unie par les liens du sang, mais tout le monde est différent, tous sont des grandes gueules. Il y a l’oncle qui connaît toutes les vieilles batailles des ancêtres shogun, le cousin un peu trop protecteur avec Natsuki, la tante qui passe son temps à regarder les matchs de base-ball de l’équipe où joue son fils, un oncle très calme et qui s’avèrera avoir des secrets, et la grand-mère impériale à qui Natsuki fait croire que Kenji est son petit ami. Kenji, jeune homme timide, est secrètement amoureux d’elle, mais il trouve la méthode un peu forte. D’autant qu’arrive Wabisuke, son oncle dont elle était amoureuse, fils illégitime de son grand-père. Autant dire que l’ambiance dans le domaine devient survoltée.


Et tout va s’aggraver quand un super virus, Love machine, au sourire carnassier, va s’attaquer à OZ et provoquer de nombreux dégâts. Des dégâts dans le monde virtuel où il chamboule tout, où il vole les identités, mais également dans le monde réel où il perturbe la circulation et les ordinateurs en prenant le contrôle de tout ce qui fonctionne avec de l’électronique. Kenji est accusé d’être le hacker créateur de Love Machine, mais le virus vient d’ailleurs. Tout la famille va donc s’unir pour vaincre ce vil avatar et notamment Kazuma, le cousin de 13 ans de Natsuki, qui, dans la vie est quasi autiste mais dans OZ un superhéros.


Les deux mondes, virtuels et réels vont être dès lors très liés. Et forcément, encore plus opposés. Tout est question de réseau. Celui de OZ finira par être aspiré par Love Machine. Les avatars doivent s’unir pour supprimer le virus. De la même manière, la grand-mère fait appel à son réseau, dont on se rend compte qu’il est toujours aussi important que dans les siècles passés (elle est chef de clan) pour éviter le chaos. Tout est lié et tout est opposition. L’image de OZ et celle du Japon sont très différentes. Summer wars propose les plus beaux travellings latéraux vus depuis des années dans un film. Ce sont des travellings sur les paysages et la famille. Dans OZ, ce sont des travellings virtuels, numériques qui traversent tout un univers. Même si parfois on frise le larmoyant dans certaines familiales, c’est un très beau film.


Summer wars (サマーウォーズ, Japon, 2009) Un film de Mamoru Hosoda avec les voix de Sumiko Fuji, Ryûnosuke Kamiki, Ayumu Saitô, Nanami Sakuraba, Yôji Tanaka, Mitsuki Tanimura, Takahiro Yokokawa.

dimanche 6 juin 2010

House of fury



Yue Siu-bo (Anthony Wong) est chiropracteur. Il soigne son vieil ami Oncle Chiu (Wu Ma), dans son officine. Siu-bo aime raconter des histoires aux gens. Il se voit en super héros de kung-fu et abat, sans armes, une dizaine d’ennemis, genre ninja, qui apparait comme par magie pour lui botter le cul. Siu-bo invente ses histoires et personne n’y croit. Cela exaspère sa fille Natalie (Gillian Chung) et son fils Nicky (Stephen Fung). Ce dernier travaille dans un parc aquatique où il dresse des dauphines, elle est lycéenne. Avec sa meilleure amie, Ella (Charlene Choi), elle tente d’échapper à son père, venu la chercher à la fin des cours.

Siu-bo est veuf et élève ses deux enfants seul. Ils ne sont pas très compréhensifs. Ils le trouvent ennuyeux. Eux-mêmes n’arrêtent pas de se disputer. Et ils se battent aussi, Siu-bo les a initié au kung-fu. Ainsi, quand Jason (Daniel Wu), le prétendant de Natalie vient dîner à la maison, le frère et la sœur s’envoient des coups de pied sous la table à la mode Shaolin. Ils renversent tous les plats sous les yeux médusés de Jason. Voilà une histoire de famille qui commence sous les chapeaux de roue. Des secrets sont dissimulés et on attend des quiproquos sur le mode humoristique.

Mais Stephen Fung continue House of fury avec une sale histoire de vengeance. Rosco (Michael Wong) cherche à connaitre le nom de celui qui, il y a douze ans de cela, lui a brisé le cou provoquant une paralysie totale. Rosco a torturé un agent secret, cela le mène sur la piste de Siu-bo. Les enfants comprennent que les histoires étaient véridiques, puis Jason explique qu’il est là pour surveiller l’oncle Chiu. Rosco est particulièrement vicieux, mais le jeu de Michael Wong est si pénible que son personnage de méchant lasse très vite. L’acteur parle anglais et détache tous les mots pour qu’on comprenne bien tout.

Le film alterne de longues explications dialoguées où les enjeux sont mis en avant : le méchant va torturer un gentil contre un renseignement, les gentils vont botter le cul du méchant et libérer le papa, avec des combats réglés par Yuen Woo-ping. Wu Ma poursuivi par Daniel Wu saute, grâce aux effets spéciaux, du toit d’un immeuble à un autre. Gillia Chung et Stephen Fung se battent contre les femmes et les hommes de main de Rosco. Yuen Woo-ping sait y faire mais il manque la légèreté. House of fury esquisse, timidement, l’opposition entre les générations d’artistes martiaux (les câbles contre les effets spéciaux). Stephen Fung s’est laissé déborder par l’ampleur du projet (le film est produit par Jackie Chan et la société Emperor) dont le but évident devait être de doubler Stephen Chow et Shaolin soccer auquel on pense parfois. De ce point de vue, c’est un échec.

House of fury (精武家庭, Hong Kong, 2005) Un film de Stephen Fung avec Anthony Wong, Stephen Fung, Gillian Chung, Michael Wong, Daniel Wu, Charlene Choi, Josie Ho, Wu Ma, Winnie Leung, Philip Ng, Jonathan Foo, Jacob Strickland, Law Kar-ying, Jason Tobin, Asuka Higuchi, Lee Ka-ting, Donald Tong, Siu Yeah-jim.

Divergence


Suen (Aaron Kwok) est « la voix de la police » de Hong Kong, bel homme qui rentre parfaitement dans ses costumes de marque, il représente l’image de marque des forces de l’ordre de Hong Kong. Il achemine en avion un gros ponte du banditisme, des menottes les lient dans tous leurs déplacements. Mais l’homme est abattu par Coke (Daniel Wu) dès son arrivée sur le sol de l’île. Un homme d’affaires pas très net va devoir faire face au zèle de Suen pour faire avancer la vérité. Il va trouver sur son chemin son avocat To (Ekin Cheng).


Chaque acteur campe un personnage qui n'aurait pas du se rencontrer à cause de leurs divergences. Suen est incompris de ses supérieurs, solitaire, il passe le clair de son temps à pleurer dans sa voiture. Il ne s'est toujours pas remis de la disparition de sa femme dix ans plus tôt. Coke est un tueur à gages qui tombe amoureux de la fille qui sert de liaison entre ses commanditaires et lui. Daniel Wu minaude, clope au bec, en jeune homme sûr de son pouvoir de séduction. Ekin Cheng est transparent dans son rôle d'avocat au service du mal. Sans la fin du film grotesque, on dirait qu'il est venu ici pour observer.


La première moitié de Divergence présente les personnages, ce qui les lient les uns aux autres et ce qui les opposent. La deuxième partie demeure une accumulation de lieux communs du film policier auquel la vie matrimoniale des protagonistes est censée apporter du neuf. Entre les deux parties, se trouve une belle scène de poursuite. Suen poursuit en courant Coke dans les rues de Hong Kong. Ici, Benny Chan se montre excellent. La course se termine dans un marché bondé. Chan travaille alors sur le son et le ralenti.


On notera la présence du toujours génial Eric Tsang. Il travaille à la morgue et sa philosophie de la mort est drôle. Lam Suet joue encore une fois un indic. Divergence se moque aussi de la cantopop avec le personnage d'un jeune chanteur assez nul et très imbu de son talent. Le garçon se fera enlever par des méchants. Le reste du film a un air de déjà vu. Le scénario est un peu confus et trop fourni, avec beaucoup trop de psychologie et une image beaucoup trop léchée pour montrer le côté sombre de chaque personnage.


Divergence (三岔口, Hong Kong, 2005) Un film de Benny Chan avec Aaron Kwok, Ekin Cheng, Daniel Wu, Gallen Law, Angelica Lee, Ning Jing, Eric Tsang, Jan Lam, Yu Rong-guang, Lau Siu-ming, Lam Suet, Sam Lee, Tony Ho, Chloe Chiu, Samuel Pang, Anson Leung, Tommy Yuen.

jeudi 3 juin 2010

Sorties à Hong Kong (juin 2010)


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Gallants (打擂台)
Un film de Kwok Chi-kin et Clement Sze-kit Cheng avec Leung Siu-lung, Chan Wai-man, Wong You-nam, Chen Kuan-tai, J.J. Jia, Teddy Robin, Jin Auyeung, Ku Kuan-chung, Law Wing-cheong, Li Haitao, Meng Lo, Siu Yam-yam. 97 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 3 juin 2010.


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mardi 1 juin 2010

Crossing Hennessy


Hennessy Road est une rue commerçante de New Kowloon et tous les matins, Loy (Jacky Cheung) a bien du mal à se lever pour aller travailler au magasin d’électroménager que tient sa mère, Madame Chiang (Paw Hee-ching). Loy dort à poing fermé quand le réveil sonne, toujours trop fort et le surprend dans ses rêves où il est avec son père décédé (Lowell Lo, que l’on n’avait pas vu depuis longtemps) qui lui prodigue de bons conseils pour sa vie de nonchalant velléitaire. Ces courtes scènes de rêves où l’image est déformée et flottante ponctue le film, scènes immédiatement suivies d’un réveil brutal de Loy apportant un soupçon de comédie.


Loy vit avec sa tante (Mimi Chu) qui lui prépare de bons petits plats même quand il n’a pas d’appétit, même quand il n’a pas envie de manger. La tante prépare aussi la cuisine pour tout le personnel du magasin de Madame Chaing, sa sœur. Dans cette boutique où les clients ne sont pas nombreux, surtout pendant l’heure de la pause déjeuner, l’Oncle Ching (Danny Lee) vient souvent rendre visite à Madame Chiang. Ils sont amants platoniques et elle est jalouse de Jo Jo, le petit chien qui accompagne dans tous ses gestes Ching. Elle pense qu’il se préoccupe plus du toutou, qui mange à même son bol, que d’elle. Ce qui a le don de la mettre dans une des colères noires.


Loy est célibataire. Ou plutôt, malgré ses quarante ans bien sonnés, il ne s’est toujours pas remis de la rupture d’avec Mina Siu (Maggie Cheung Ho-yee, pas celle de Wong Kar-wai), qui est devenue photographe et dont les affaires marchent bien. Mais, ils restent amis. Deux commerçants voisins hébergent leur nièce Oi Lin (Tang Wei) et Madame Chiang s’est mise dans la tête qu’elle pourrait épouser Loy. Seulement voilà, Oi Lin a un petit ami Xu (Andy On), petite frappe qui purge une courte peine de prison pour agression. Loy et Oi Lin sont prévenus des intentions maritales des parents.


Ivy Ho concocte une comédie douce-amère sur la solitude d’un homme qui ne veut plus avancer. Il est coincé dans cette rue d’Hennessy n’arrive même plus à dire à une jeune fille qu’il pourrait l’aimer. Loy est sans doute un faible, en comparaison de sa mère, c’est certain. Elle contrôle tout : elle dirige son magasin d’une main de fer, elle voudrait que Ching se débarrasse de son petit chien, elle oblige sa sœur à faire à manger pour tout le monde. Et elle a le pouvoir sur son fils. Une scène à ce titre est formidable. Madame Chiang est persuadé que Ching a une aventure avec sa sœur. Elle en fait une attaque. A l’hôpital où Loy lui donne la béquée, Ching arrive. Elle se cache sous le drap. Il pense qu’il lui en veut toujours. Mais non, elle refuse qu’il la voie sans maquillage, à nu, faible.


Loy est faible comparé à Xu. Andy On apparait tout en muscle face à Oi Lin, toute frêle. Il sort de prison et les deux jeunes amoureux se retrouvent. Mais le travail de séduction en sourdine de Loy a eu un effet sur Oi Lin. Ils ne couchent pas ensemble mais vont voir des expos, boire un café, se promener (on se promène beaucoup dans Crossing Hennessy, sans pour autant toujours bavarder – une des forces du film). Xu est jaloux, maladivement. Il décide de casser la gueule de Loy qui ne se défend pas beaucoup, mais une simple phrase va faire comprendre à Xu que Oi Lin lui est perdue, qu’elle a traversée la rue pour être avec Loy.


Ivy Ho filme avec délicatesse et subtilité les rapports entre les personnages. Elle évite l’écueil du lyrisme (peu de musique) comme elle ne tombe pas dans le piège du romantisme béat. Ce genre de film est très rare à Hong Kong, on se croirait dans un film indépendant américain réussi, mettons un film de Woody Allen où la mère juive aurait été remplacée par Madame Chiang. Les interprètes sont pour beaucoup dans la réussite de Crossing Hennessy. Je ne pensais plus que Jacky Cheung, comme Danny Lee d’ailleurs, pouvaient être sobres. Derek Tsang fait une courte apparition en médecin, Ekin Cheng en dentiste et Maggie Siu en officier de mariage. Et les deux actrices Paw Hee-ching, en mère abusive, et Mimi Chu, en tante désabusée, sont formidables.


Crossing Hennessy (月滿軒尼詩, Hong Kong, 2010) Un film de Ivy Ho avec Jacky Cheung, Tang Wei, Paw Hee-ching, Maggie Cheung Ho-yee, Andy On, Danny Lee, Mimi Chu, Lowell Lo, Gill Mohindepaul Singh, Kwok Fung, Margaret Cheung, Lam Wai, Wu Man-fei, Derek Tsang, Ekin Cheng, Maggie Siu.


sur la photo : Jacky Cheung et Mimi Chu.

lundi 31 mai 2010

Combats de maître



Jackie Chan a désormais 40 ans quand la suite du Maître chinois sort. Cette fois, c’est Liu Chia-liang qui est aux commandes de Combats de maître. Et c’est plutôt une nouvelle étonnante. La mode des Wong Fei-hung est revenue grâce aux Il était une fois en Chine tournés par Tsui Hark où Jet Li dans le rôle du héros. Conséquence du succès : toutes les sociétés de productions veulent leur Wong Fei-hung. Après Wong Jing, c’est Leonard Ho via la Golden Harvest. Il va sans dire que le style Golden Harvest est à l’opposé même de celui de Liu Chia-liang. Et parce qu’en début du générique, on peut lire « A Jackie Chan Film », on peut penser que le maître d’œuvre de la Shaw Brothers a dû manger ses souliers plusieurs fois en cours de tournage.

Le film démarre sur les chapeaux de roue. Wong Fei-hung (Jackie Chan), son père Wong Kei-ying (Ti Lung) et le fidèle Fo (Chin Kar-lok) quittent Hong Kong pour retourner à Canton. Leurs valises sont remplies de de plantes médicinales. Pour payer moins de taxe, Fei-hung cache du ginseng dans la valise d’un Anglais qu’il vient de bousculer. Fei-hung prend une petite revanche sur les Anglais qui passe prioritairement à la frontière. Mais, une fois dans le train, il est difficile de récupérer le colis. Les Chinois ne peuvent pas accéder aux wagons des Européens. D’une certaine manière, Combats de maître reprend le début de La Secte du Lotus blanc à son compte en y glissant le mépris des colons pour les Chinois d’Il était une fois en Chine. Il n’est donc pas étonnant que le film aille s’y vite, d’autant que l’humour est présent, comme l’action.

La première d’action est en deux temps. Wong Fei-hung, en voulant récupérer son colis, en prend un autre. Il s’agit d’un sceau impérial volé par le Consul de Grande Bretagne pour dépouiller les trésors historiques de la Chine. Or, un résistant incarné par Liu Chia-liang voulait récupérer cet objet, pièce maîtresse de l’Histoire chinoise. Cette première scène d’action comprend une poursuite sur le toit du train qui continue sous le train. C’est très fort, très vif, d’une grande clarté bien que filmé dans la pénombre. Ce sceau sera le MacGuffin de Combats de maître. On le cherchera pendant tout le film provoquant une guerre entre les Anglais et le clan de Wong Fei-hung.

Mais le film est surtout une comédie avec un rythme trépidant. Et cela est grâce à Anita Mui. Car, surprise des surprises, l’actrice joue la mère de Wong Fei-hung. Ce que l’on apprend quand les Wong rentrent chez eux, c’est que Combats de maître est une suite immédiatement chronologique du Maître chinois. Wong Fei-hung n’a pas 40 ans, soit l’âge de Jackie Chan, mais une vingtaine d’années. Et le plus fort, ça marche ! On y croit. D’accord, Anita Mui est la mère de Jackie Chan, bien que, dans la vie, elle avait neuf ans de moins. On se rappelle qu’elle jouait sa compagne dans Big brother, tourné en 1989.

Wong Fei-hung est toujours un jeune homme incorrigible qui réfléchit après d’agir. Et là réside la grande force comique du film. Fei-hung fait de grosses bêtises. Son père veut le rabrouer mais la mère trouve toujours des excuses au fiston adoré pour le soustraire de la punition paternelle. Anita Mui y va à fond. Elle fait des mimiques magnifiques, ses dialogues transpirent la mauvaise foi, les excuses sont toutes plus loufoques les unes que les autres. Et surtout, elle incarne une femme libre. Libérée du joug de son mari qui veut imposer à toute la famille une discipline de fer. Elle n’est pas féministe et avide de découvertes techniques venues d’Europe comme Tante Yee dans Il était une fois en Chine, elle est une femme espiègle et qui ne fait que ce qu’elle veut.

L’action prend le pas sur la comédie dans la seconde moitié du film. Le Consul s’énerve face à la résistance de la famille Wong. Il va user de tous les stratagèmes les plus vils pour s’approprier la demeure des Wong où il veut étendre son usine d’aciérie. Il méprise et maltraite les ouvriers qu’il emploie. Il n’hésite à faire tirer à balles réelles sur les Chinois. L’adversaire physique de Jackie Chan sera Ken Lo, l’un de ses cascadeurs préférés. Combats de maître fournit un grand combat dans l’usine entre les deux acteurs. On se doute bien que c’est Jackie Chan qui a mis en scène et chorégraphié la longue séquence qui fait plaisir et qui sera sa dernière réussite.

Combats de maître (Drunken Matser II, 醉拳 II, Hong Kong, 1994) Un film de Liu Chia-liang avec Jackie Chan, Anita Mui, Ti Lung, Felix Won, Ken Lo, Chin Kar-lok, Liu Chia-liang, Suki Kwan, Yvonne Yung, Andy Lau, Lau Siu-ming, Bill Tung, Mars, Tai Bo.

samedi 29 mai 2010

Le Maître chinois


Jackie Chan a 24 ans quand il endosse le rôle de Wong Fei-hung, rôle pour lequel il refuse de se raser les cheveux ou même de se les couper. L’un des plus récents Wong Fei-hung était joué par Gordon Liu, en 1976, dans Le Combat des maîtres tourné dans la grande tradition stylistique des Shaw Brothers. Avec Le Maître chinois, Yuen Woo-ping dit adieu au sérieux et adieu aux décors de carton pâte. Jackie Chan joue le rôle sur le mode comique et au milieu d’une nature qui semble naturelle.


Comme dans le film de Liu Chia-liang, Le Maître chinois évoque les premières années de Wong Fei-hung. Après une introduction qui présente le méchant ultime du film, le tueur à gages Yen (Hwang Jang-lee), cruel et impitoyable, on découvre l’entrainement quotidien d’une école d’art martial dirigée par Wong Kei-ying (Lam Kau). De jeunes disciples reproduisent à l’infini des mouvements et au milieu se trouve le jeune Wong Fei-hung qui se moque de l’instructeur (Dean Shek) qui compte bien prendre sa revanche sur le petit impertinent.


Cela ne tardera pas à arriver. Wong Fei-hung (Jackie Chan) part en ville déjeuner avec ses camarades. Il se vante de pouvoir embrasser une jeune fille qui se trouve marché à côté du restaurant. Avec ruse, il obtient son baiser, mais la mère veille et défend sa fille avec quelques coups de pied bien sentis. Vexé devant ses amis, Wong va venger un marchand de jade qui se voit flouer par un escroc. Mais rentré chez lui, il se rend compte que la jeune fille et sa mère sont sa cousine et sa tante. Sur ce, l’homme qui tentait d’arnaquer le marchand arrive et cherche vengeance auprès du père.


Le pauvre Wong Fei-hung qui ne pensait qu’à s’amuser et à rendre justice va se retrouver puni par son père sous la surveillance de l’instructeur qui l’oblige à garder une position douloureuse pendant des heures. Wong Fei-hung s’enfuit et décide de partir à l’aventure. Mais sans le sou et sans formation accomplie, il ne sait pas comment survivre. Et d’abord, comment se nourrir. Il va tenter de resquiller dans un restaurant mais se fait attraper par le propriétaire. Il sera sauvé par un vieux monsieur.


Ce vieillard au sourire malicieux est le mendiant So (Simon Yuen) dont Wong Fei-hung avait déjà entendu parler par son père. Ce dernier a d’ailleurs payé So pour donner une saine instruction à Fei-hung. Il va le prendre sous son aile mais le jeune apprenti cherche à s’enfuir, tout rempli d’indiscipline qu’il est. Il va tomber sur les mauvais du tueur à gages Yan qui l’humilie après l’avoir vaincu. Wong Fei-hung retourne chez So pour parfaire son entrainement. Le film adopte le schéma classique du film d’arts martiaux : apprentissage, rébellion et retour du fils prodigue.


Ce qui est moderne dans Le Maître chinois est l’humour qui traverse tout le film. Le personnage de Jackie Chan est insolent et ses facéties causent des catastrophes qui lui retombent toujours dessus. Le scénario ne s’embarrasse pas d’une histoire d’amour entre Wong Fei-hung et une femme. Les seuls personnages féminins sont la tante et sa fille qui n’apparaissent que cinq minutes. Yuen Woo-ping soigne les combats jusqu’à l’extrême même si le design sonore est encore classique. Tout a été filmé sans son qui est postsynchronisé en studio. Bien que les combats se déroulent à l’extérieur, aucun bruit de nature n’existe. Seuls les fameux sons des coups typiques du cinéma kung-fu sont audibles.


Pour Jackie Chan, ce rôle, comme sa rencontre avec Yuen Woo-ping, vont changer sa carrière pour le meilleur. Il est enfin débarrassé des rôles que lui offrai Lo Wei en tant que clone de Bruce Lee. Si Le Maître chinois est devenu un fondamental de la comédie kung-fu, si ce n’est son film étalon, c’est parce que le personnage de Wong Fei-hung, grâce à ses facéties, redevient humain et non plus seulement un maître qui radote et donneur de leçons.


Le Maître chinois (Drunken master, 醉拳, Hong Kong, 1978) Un film de Yuen Woo-ping avec Jackie Chan, Simon Yuen, Hwang Jang-lee, Lam Kau, Yuen Shun-yi, Dean Shek, Hsu Hsia, Brandy Yuen, Linda Lin Ying, Yuen Woo-ping, Huang Ha, Tong Jing, Wong Chi-ming.

vendredi 28 mai 2010

Encyclopédie 2010


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2010

The Rebirth (愛の予感, Japon, 2007)
Sortie en France : 27 janvier 2010.
Un film de Masahiro Kobayashi avec Masahiro Kobayashi, Makiko Watanabe.

Yona, la légende de l'oiseau sans ailes (Yona Yona Penguin, よなよなペンギン, Japon, 2009)
Sortie en France : 3 février 2010.
Un film de Rintaro avec les voix de Hikari Ota, Yuji Tanaka, Hiroshi, Dandy Sakano, Yoshio Kojima, Akiyoshi Kawashima, Satoshi Kanada, Rica Matsumoto, Ei Morisako.

Tamagotchi, le film (えいがでとーじょー! たまごっち ドキドキ! うちゅーのまいごっち!?, Japon, 2008)
Sortie en France : 17 février 2010.
Un film de Joji Shimura avec les voix de Daisuke Sakaguchi, Rie Kugimiya, Yuko Gibu, Ryoka Yuzuki, Asami Yaguchi, Junko Takeuchi, Satomi Koorogi.

La Tisseuse (Wieving girl, 纺织姑娘, Chine, 2009)
Sortie en France : 24 février 2010.
Un film de Wang Quanan avec Yu Nan, Tao Guo, Cheng Zhengwu, Zhao Luhan, Xia Youngquan.

Achille et la tortue (Achilles and the tortoise, アキレスと亀, Japon, 2008)
Sortie en France : 10 mars 2010.
Un film de Takeshi Kitano avec Reikô Yoshioka, Ren Ôsugi, Aya Enjôji, Mariko Tsutsui, Akira Nakao, Yûrei Yanagi, Kumiko Aso, Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Eri Tokunaga, Nao Omori.

Dream (비몽, Corée, 2008)
Sortie en France : 24 mars 2010.
Un film de Kim Ki-duk avec Joe Odagiri, Lee Na-young, Park Ji-ah, Kim Tae-hyeon, Lee Joo-seok-I, Han Gi-joong.

Nuits d’ivresse printanière (春風沉醉的晚上, Chine – France – Hong Kong, 2009)
Sortie en France : 14 avril 2010.
Un film de Lou Ye avec Qin Hao, Chen Sicheng, Tan Zhuo, Wu Wei, Jiang Jiaqi.

Breathless (똥파리, Corée, 2009)
Sortie en France : 14 avril 2010.
Un film de Yang Ik-joon avec Yang Ik-joon, Kim Kot-bi, Jeong Man-shik, Hong Seung-il, Lee Hwan, Kim Sang-won, Kim Seon-bin, Lee Jin-suk, Lee Seung-yeon, Park Byeong-eun, Park Jeong-sun, Yoon Seung-hoon.

Les Femmes de mes amis (Like you know it all, 알지도 못하면서, Corée, 2009)
Sortie en France : 5 mai 2010.
Un film de Hong Sang-soo avec Kim Tae-woo, Uhm Ji-won, Kong Hyeong-jin, Yu Jun-sang, Moon Chang-gil, Choi Do-rim, Go Chang-gyoon, Ha Jung-woo, Hwang Seon-hyeong, Kim Jong-seok, Kim Yeon-su, Lee Geum-rak, Lee Jong-mu, Park Su-min, Michael-Wayne Rogers, Ha Jung-woo, Ko Hyun-jung, Jeong Yu-mi, Seo Young-hwa, Yu Eun-sil.

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Summer wars (サマーウォーズ, Japon, 2009)
Sortie en France : 9 juin 2010.
Un film de Mamoru Hosoda avec les voix de Sumiko Fuji, Ryûnosuke Kamiki, Ayumu Saitô, Nanami Sakuraba, Yôji Tanaka, Mitsuki Tanimura, Takahiro Yokokawa.

Air doll (空気人形, Japon, 2009)
Sortie en France : 16 juin 2010.
Un film de Hirokazu Kore-eda avec Bae Doona, Arata, Itsuji Itao, Jô Odagiri, Sumiko Fuji, Tasuku Emoto, Mari Hoshino, Ryo Iwamatsu, Tomomi Maruyama, Miu Naraki, Masaya Takahashi, Susumu Terajima, Kimiko Yo.

City of life and death (南京!南京!, Chine – Hong Kong, 2009)
Sortie en France : 21 juillet 2010.
Un film de Lu Chuan avec Liu Ye, Gao Yuanyuan, Qin Lan, Fan Wei, Nakaizumi Hideo, Jiang Yiyan, Zhao Yisui, Yao Di, John Paisley, Kohata Ryu, Miyamoto Yuko, Liu Bin.

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La Rivière Tumen (두만강, Corée – Chine – France, 2010)
Sortie en France : 25 août 2010.
Un film de Zhang Lu avec Jian Cui, Li Jin-lin, Lin Jin-long, Lan Yin.

Poetry (, Corée, 2010)
Sortie en France : 25 août 2010.
Un film de Lee Chang-dong avec Ahn Nae-sang, Jeong-hee Yoon, Lee Da-wit, Kim Hee-ra, Kim Yong-taek, Kim Hye-jeong, Kim Jong-goo, Park Myeong-sin, Min Bok-gi, Choi Moon-soon, Han Soo-yeong, Lee Jong-yeol, Park Woo-yeol.


Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (Uncle Boonme who can recall his past lives, ลุงบุญมีระลึกชาติ, Thaïlande – France – Allemagne – Espagne – Grande Bretagne, 2010)
Sortie en France : 1er septembre 2010.
Un film d’Apichatpong Weerasethakul avec Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas, Sakda Kaewbuadee, Natthakarn Aphaiwonk, Geerasak Kulhong, Kanokporn Thongaram, Samud Kugasang, Wallapa Mongkolprasert, Sumit Suebsee, Vien Pimdee.

Une Chinoise (She, a Chinese, Grande-Bretagne – France – Allemagne – Chine, 2009)
Sortie en France : 8 septembre 2010.
Un film de Guo Xiao-lu avec Lu Huang, Geoffrey Hutchings, Bo Wei-yi, Chris Ryman, Liu Hsin-yi, Wu Li-ming.

The Housemaid (하녀, Corée, 2010)
Sortie en France : 15 septembre 2010.
Un film de Im Sang-soo avec Jeon Do-yeon, Lee Jeong-jae, Yoon Yeo-jeong, Seo Woo, Park Ji-yeong, Ahn Seo-hyeon.

Land of scarecrows (허수아비들의 , Corée – France, 2008)
Sortie en France : 29 septembre 2010.
Un film de Roh Kyeong-tae avec Kim Seon-yeong, Eun Ha, Jeong Doo-won, Lee Mi-seon, Shin An-jin.

Je ne peux pas vivre sans toi (No puedo vivir sin ti ,不能沒有, Taïwan, 2008)
Sortie en France : 27 octobre 2010.
Un film de Leon Dai avec Chen Wen-pin, Chao Yo-hsuan, Liu Chin-ju.


Outrage (アウトレイジ, Japon, 2010)
Sortie en France : 24 novembre 2010.
Un film de Takeshi Kitano avec Takeshi Kitano, Ryo Kase, Eihi Shiina, Jun Kunimura, Kippei Shiina, Renji Ishibashi, Takashi Tsukamoto, Tomokazu Miura, Fumiyo Kohinata.

Destination Himalaya (Himalaya, where the wind dwells, 히말라야, 바람이 머무는 , Corée, 2008)
Sortie en France : 24 novembre 2010.
Un film de Jeon Soo-il avec Choi Min-sik, Tsering Kipale Gurung, Tenjing Sherpa, Namgya Gurung, Hamo Gurung, Tseptam Gurung.

Le Soldat Dieu (Catterpilar, キャタピラ, Japon, 2010)
Sortie en France : 1er décembre 2010.
Un film de Kôji Wakamatsu avec Shinobu Terajima, Keigo Kasuya, Emi Masuda, Sabu Kawahara, Maki Ishikawa, Gô Jibiki, Arata, Katsuyuki Shinohara, Daisuke Iijima, Ichirô Ogura, Sanshirô Kobayashi, Mariko Terada, Ken Furusawa.

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