Le
premier plan de L’Irrésistible
montre Jackie Chan portant deux grands bols pleins d’eau dans chaque main et un
banc sur ses épaules, comme une image de marque montrant bien qu’il est
maintenant maître des films dans lesquels il joue. Il a bien entendu le rôle
principal et il dirige les chorégraphies des nombreux combats qui ponctuent le
film. Il incarne Yi-lang, un jeune disciple en plein apprentissage au monastère
de Shaolin. S’il porte des bols et un banc, c’est qu’il est encore une fois
puni par son maître spirituel.
Yi-lang
est un jeune homme indiscipliné et espiègle. Comme ses camarades (dont Dean
Shek, ici en apprenti un peu veule), il a toujours vécu dans le monastère, n’a
jamais connu le monde extérieur et n’a jamais vu aucune femme. Il va être confronté
à des événements qui le dépassent. Un manuel de boxe, dit des Sept Démons, a
été subtilisé dans la bibliothèque par un ravisseur masqué. Ce dernier a tué un
moine. Le Vénérable de Shaolin se sentant responsable s’isole dans une grotte
pour se repentir.
Le
manuscrit décrit une boxe particulièrement violente et interdite depuis un
siècle à Shaolin. L’auteur du vol est Lu-Ching (James Tin) qui cherche à se
venger des moines pour une histoire qui remonte à trente ans. Certains Chinois
ont la vengeance tenace. L’unique boxe qui pourra arrêter celui qui utilise les
Sept Démons est le kung-fu des Cinq Formes. Pas de chance, le manuel a disparu
depuis cinq siècles. C’était sans compter sans un orage providentiel qui brise
un mur et libère le manuel.
Il
faut décrire le mieux possible ces cinq esprits qui donnent leur sens au titre
anglais (le kung-fu des esprits). Ils ne disent pas un mot, mais s’expriment
par gestes tels des mimes. Ils sont tout en blanc, couleur de la mort, avec une
sorte de tutu autour de la taille et porte une étrange et longue perruque rouge.
L’idée ici est de les rendre ridicules pour apporter du comique au récit. Chacun
représente une forme d’art martial : celui du dragon, du serpent, de la
grue, du tigre et du léopard.
Ils
effrayent certains moines car ils les considèrent comme des fantômes
malfaisants et ne sont pas visibles des laïcs. Pourtant, Yi-lang va pouvoir les
voir et devenir leur disciple. Avec leurs costumes grotesques et la mentalité
de Yi-lang, l’apprentissage est avant tout le moyen pour Jackie Chan de
déployer ses talents comiques. Il s’en donne à cœur joie avec certains gags
parfois régressifs, comme quand il se met à leur pisser dessus quand les
esprits prennent une taille miniature.
Le
scénario est inconsistant et bourré d’invraisemblances. Assez vite, les
rebondissements vont s’enchainer comme chaque fois dans un film de Lo Wei. Les
moines sont accusés les uns après les autres d’avoir tué Maître Feng, un
visiteur. La fille (Mo Man-sau) de se dernier veut se venger. Elle est la
première femme que voit Yi-lang qui a un air d’ahuri quand il la voit. Elle est
l’unique personnage féminin de tout le récit, mélange de séduction et de fort
caractère.
Peu
importe, ce qui compte dans L’Irrésistible,
ce sont les combats, filmés en longs plans fixes où les acteurs se déplacent à
l’intérieur du cadre, mais qui ne portent pas encore la marque de Jackie Chan
(les objets du quotidien servent d’armes). Jackie Chan se bat contre presque
tous les autres acteurs du film, et aussi contre Miss Feng, bien qu’ils soient
du même bord. Il faudra attendre quelques films (Dragon
Lord en 1982) pour que son art prenne toute son ampleur.
L’Irrésistible
(Spititual kung fu, 拳精, Hong Kong, 1978) Un film de Lo
Wei avec Jackie Chan, James Tin, Mo Man-sau, Li Tong-chun, Lee Kwan, Dean Shek,
Ko Keung, Lee Hoi-lung, Lee Man-tai, Wang Kuang-yu, Wong Ching.
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