dimanche 15 juillet 2007

Shaolin soccer



Mélanger le kung-fu et le football. Pourquoi pas ? Stephen Chow relève le défi de renouveler le genre, comme si les films de kung-fu devaient se contenter des beaux costumes et de sabres pointus. Stephen Chow a souvent fait la pluie et le beau temps dans l'industrie de Hong Kong. Après avoir copié les petits camarades pour arriver au sommet du box office, l'acteur a décidé de prendre son temps pour tourner Shaolin soccer, soit près de deux ans de gestation après son King of comedy. Mélanger les genres : pas seulement le kung-fu et le football, mais faire de Shaolin soccer un conglomérat assez passionnant où le trivial rejoint le sérieux, où les choses a priori les moins engageantes sont l'occasion pour Stephen Chow et son équipe de redessiner le burlesque. Jusqu'à la découverte en France de Shaolin soccer, on ignorait qu'à Hong Kong on pouvait faire rire autant et avec tant de qualité.

Shaolin soccer est le cinquième film réalisé par Stephen Chow et le cinquantième, environ, où il fait l'acteur. Mais c'est le premier où son personnage n'est pas seul au centre de la fiction. Shaolin soccer n'est pas un film choral mais un film d'équipe. Dans ses réalisations précédentes, Stephen campait un personnage centripète, tout tournait autour de lui pour en faire le centre de la fiction. Chaque action avait pour but d'en faire le Dieu de la cuisine ou le Roi de la comédie. Bref que son statut de star ne faiblisse pas. Il faut dire qu'au cours de sa carrière Stephen Chow a réussi à s'entourer d'une troupe d'acteurs, dont on dira poliment qu'ils ont des gueules. Dans cette troupe, il y a d'abord Ng Man-tat que l'on reconnaît à sa moustache. Il a souvent joué les oncles de Stephen Chow, ou son père, bien qu'il n'aie que dix ans de plus. Ng a souvent été le souffre douleur de Stephen, ils ont partagé la bagatelle de 25 films ensemble. Ici, Ng Man-tat est un ancien footballeur estropié. Il est devenu le larbin d'un de ses anciens équipiers parvenu, entre-temps, au sommet du business du football chinois.

Ng rencontre Stephen dans la rue. Stephen est un chiffonnier qui croit aux vertus du kung-fu. Il est même persuadé qu'il peut servir dans toutes les situations quotidiennes, comme l'a enseigné notre maître Bruce Lee. Le kung-fu sert à ne pas se casser la gueule quand on glisse sur une banane, ou pour garer sa voiture sans le souci de faire un créneau difficile. Pourquoi le kung-fu ne permettrait pas de gagner un match de football ? Stephen va convaincre Ng Man-tat de faire une équipe avec ses cinq frères connus dans une école de kung-fu. Allusion assez drôle à la bande de Jackie Chan, Samo Hung, Yuen Biao et les autres qui ont fait pendant vint ans la pluie et le beau temps dans la comédie kung-fu de Hong Kong.

Cette bande de bras cassés, de traîne savates, de va-nu-pieds rappelle avec un bonheur infini les seconds rôles, voire les troisièmes couteaux qui règnent dans le cinéma français. Ou plutôt dans le cinéma italien avec ses acteurs aux gueules si particulières. Ces acteurs s'appellent Wong Kai-ye, Tin Kai-man, Lam Tze-chung, Danny Chan ou Mo Mei-lin. Wong Kai-ye, c'est Tête de fer, le "premier frère". Il travaille désormais dans un infâme boui-boui où son patron le traite pire qu'un chien. Stephen Chow pour renouveler le kung-fu tente un improbable numéro de danse-chanson-kung-fu ("sui lam kung fu oh yeah") sur l'air de California Dreaming... plus qu'hilarant. Tin Kai-man, par ailleurs co-producteur du film, est le "troisième frère", Tunique d'or. Il a surtout une tête de grenouille. Danny Chan et le "quatrième frère", il sera le gardien de but qui portera le vêtement jaune à rayure noire de Bruce Lee. Mo Mei-lin sera le "deuxième frère", le beau gosse qui hélas devient chauve. Et pour terminer, le petit frère, le sixième, alias "Vent léger sur l'eau" magnifiquement interprété par Lam Tze-chung dont le gros bide dépasse de son T-shirt et qui passe son temps à bouffer.

C'est avec cette équipe, et quelques autres ringards, que l'alliance entre le kung-fu et le football sera possible, voire essentielle. Un fois que Ng Man-tat a réussi à convaincre le boss du foot, boss interprété par Patrick Tse, un des acteurs les plus populaires à Hong Kong dans les années 1960 et également papa de Nicholas Tse, que l'équipe mérite de faire la compétition, les hostilités vont pouvoir commencer entre les équipes de foot que Stephen et ses comparses vont affronter. Vincent Kok se prend quarante buts d'affilée. Karen Mok et Cecilia Cheung portent moustache et bouc mais elles se font battre malgré leurs acrobaties. Les matchs de foot sont surtout l'occasion rêvée pour une célèbre marque de chaussures de placer ses produits à l'image, quand bien même Stephen jouera avec des pompes rapiécées par Mui.

Car il n'y a pas que le foot dans la vie. Il y a Mui, la jeune qui concocte les délicieux beignets avec la grâce du kung-fu. Seulement voilà, Mui est un vrai thon bourré d'acné pas franchement enviable. En plus sa patronne est une vraie mégère. Mui et Stephen flirtent ensemble, à moins que Stephen n'aie que pitié d'elle. Mais elle, elle tombe amoureuse. D'où un petit problème d'incompréhension légitime. On s'en doute tout est bien qui finit bien. Shaolin soccer est une grande réussite de la comédie cantonaise. Il faut dire que Stephen Chow a pris son temps : deux ans. Certes, c'est moins que pour un film de Wong Kar-wai, mais en comparaison de la cadence qu'avait l'acteur dans les années 1990, c'est énorme. Il faut dire aussi que les effets spéciaux se sont beaucoup améliorés depuis quelques années. Là aussi, on est loin des bidouillages de Sixty million dollar man, le remake imparfait de The Mask. C'est pas encore ILM, mais c'est déjà mieux que Legend of Zu.

Shaolin soccer est sorti en France en 2002 dans une version raccourcie de vingt minutes. Rien que ça ! Manquent à l'appel quelques scènes, parfois explicatives : au début, le flashback entre Pied droit d'or et Hung est coupé des trois quarts, parfois drôles : Stephen et Tête de fer font leur show dans la boîte, manquent la baston, ou encore la chanson de He Wen-hui, parfois d'action : toutes les scènes de Tin Kai-man quand il remplace Danny Chan sont supprimées, enfin le bêtisier final n'est pas là.

Jean Dorel

Shaolin soccer (少林足球, Hong Kong, 2001) Un chef d’œuvre de Stephen Chow avec Ng Man-tat, Patrick Tse, Vicki Zhao Wei, Wong Kai-ye, Tin Kai-man, Lam Tze-chung, Danny Chan, Mo Mei-lin, Vincent Kok et Stephen Chow et les apparitions de Cecilia Cheung et Karen Mok déguisées en mecs

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