mardi 9 décembre 2008

Fulltime killer


Fulltime killer était le premier film de Johnnie To que je voyais. Cela remonte à six ans tout juste. A l’époque on ne parlait que de Johnnie To, on oubliait Wai Ka-fai qui a écrit et réalisé le film, rien que ça. C’était un an et demi après la sortie de The Mission et toute la presse s’était mise, d’un élan brave et naïf, à célébrer Johnnie To comme le nouveau maître du polar. Avec naïveté, car personne n’avait vu à l’époque un seul de ses films (ou peu s’en faut). Conséquence directe de cette stupide politique des auteurs qui fait des ravages dans la critique française, les journalistes se sont mis à comparer sauvagement les deux films sans se douter qu’entre temps To, souvent avec Wai, avait réalisé près de dix films. Mais c’est toujours ainsi, on s’empare d’un cinéaste et on le rentabilise. Quant à moi, je boucle la boucle puisque j’ai écrit sur chacun des films tournés par Wai Ka-fai, seul ou avec Johnnie To, et que Fulltime killer est mon dernier texte sur le cinéaste.


Au centre du récit, il y a une bataille entre deux tueurs à gages. Tok (Andy Lau) veut recevoir la Médaille d’or des assassins. Tok est un extraverti, il en fait des tonnes quand il exécute ses contrats. Sa première mission dans le film est de tuer un parrain incarcéré dans une prison en Thaïlande. Après avoir tué tous les gardiens à la manière d’un héros de John Woo, il balance un gros tas de grenades dans la cellule comme s’il lançait des confettis. Ono ou O (Takashi Sorimachi) est au contraire plus calme, plus réservé et discret, incarnant tout le flegme japonais. Le film commence par sa mission dans une gare de Kuala Lumpur en Malaisie. Quelqu’un le reconnaît ce qui risque de compromettre son crime. Après avoir tué sa cible, il est obligé de tuer son ancien camarade de classe car il ne doit pas laisser de témoins. Pour être le tueur numéro un, Tok a décidé de se débarrasser de Ono.


Entre les deux tueurs, Chin (Kelly Lin) essaie de trouver sa place. Elle travaille dans un vidéo-club à Hong Kong qui loue essentiellement des cassettes. Un de ses clients les plus assidus est un homme qui vient chaque jour avec un masque d’un président américain. Son préféré est celui de Bill Clinton, sous ce masque, ils vont voir tous les deux un film dans une salle très vide. Le cinéma marche mal à Hong Kong. Chin a un autre job, elle fait le ménage dans un appartement, celui de Ono. Et ce dernier l’observe depuis la fenêtre d’un appartement situé dans un immeuble en face du sien. Chin ignore l’activité des deux hommes et ne se montre pas très farouche, mais il faut se méfier des jeunes femmes qui ne laissent pas paraître ce qu’elles sont en vérité.


Interpol fait la chasse à nos tueurs et les policiers sont interprétés par Simon Yam et son assistante Cherrie Ying. Yam passera le film à se fatiguer à force de na pas arriver à mettre la main sur les deux tueurs à gages. Sa tenue sera de moins en moins classe, il passe du costume strict au pauvre jeans et t-shirt. Il ne se rasera plus et se mettra à trembler. Il va tenter d’écrire l’histoire de son enquête pour un roman, mais ne trouve pas la fin de l’aventure des deux tueurs. Chin va l’aider. La maladie affecte aussi Tok qui est atteint de crise d’épilepsie quand la lumière clignote.


Le scénario de Fulltime killer est tiré d’un roman à succès de Pang Ho-cheung. On retrouve parfois les signes du cinéaste (qui ne l’était pas encore à l’époque) en rendant hommage à la culture populaire. Tok compare Chin à l’héroïne du manga Crying Freeman, on y cite Alain Delon et Point break de Katryn Bigelow. Wai Ka-fai est le principal maître d’œuvre du film avec un scénario tarabiscoté comme il aime en écrire. Il offre au film une bonne dose de comédie qui permet au polar de ne pas tomber dans une grande noirceur. C’est un film polyglotte, les personnages passent de l’anglais au japonais en passant au cantonais. Mais le film reste un peu mineur, il avance en roue libre et ne parvient pas toujours à étonner.


Fulltime killer (全职杀手, Hong Kong, 2001) Un film de Johnnie To et Wai Ka-fai avec Andy Lau, Takashi Sorimachi, Simon Yam, Kelly Lin, Cherrie Ying, Lam Suet.

lundi 8 décembre 2008

Orgies sadiques de l'ère Edo


Teruo Ishii continue de proposer sa vision de l’incompatibilité entre les sexes dans un film inspiré de l’esprit de Sade. Trois histoires qui ne sont pas liées entre elles, si ce n’est pas la présence d’un médecin incarné par Teruo Yoshida, que l’on désignera comme son acteur fétiche. Ce médecin, féru de médecine occidentale, cherche à apprendre la libido et à chasser les perversions.


Cela se traduit par trois récits où les femmes sont esclaves de leur destin. Elles devront passer par des séries d’épreuve qui les mèneront à la mort, et auparavant au désespoir. Les victimes sont dominées par le pouvoir masculin, par leur fourberie et leur cruauté. Et plus le film, plus la violence s’accroît, jusqu’à devenir assez répugnant.


Orgies sadiques de l’ère Edo commence de manière classique avec l’histoire de Oito d’une gentille jeune femme et de sa sœur. Agressées par des yakuzas, un homme vient les défendre. Il leur prête de l’argent, mais il était de mèche avec les yakuzas. Il va sortir avec elle et réclamer son argent, elle ne peut pas rembourser et va se faire engager dans un bordel. Elle va tomber enceinte (mais de qui ?) et s’attirer les foudres de ses patronnes. Notre médecin va tenter de la soigner.


Le deuxième récit commence par un viol. Mademoiselle (on l’appelle comme ça dans le film), se fait prendre par des nains dans un cabanon. Mademoiselle sort un fouet et commence à flageller ses agresseurs. Son valet arrive, c’était une mise en scène. La femme est sadique, son valet en est amoureux et faire appel au médecin pour la soigner. Mademoiselle raconte sous hypnose l’origine de son sadisme, son aversion répulsion pour la laideur. Le valet va se mutiler pour que Mademoiselle tombe amoureuse d’elle.


Le dernier récit est de la torture simple. Un seigneur local prend du plaisir en voyant les femmes mourir. Sa première scène le montre prendre au lasso une pauvre paysanne et la traîner jusqu’à ce que mort s’en suive. Plus tard, dans son château il fait lâcher des taureaux dans son harem. La rescapée, masochiste, deviendra sa femme et la future mère de son enfant. Mais, il se pourrait qu’il s’agisse d’un inceste. Le médecin arrive et pratique une césarienne tandis que le seigneur, dans sa folie, brûle son château.


Le film est beau mais ce n’est pas facile tous les jours quand on n’est pas programmateur de la Cinémathèque Française. Enfin, beau, cela veut dire qu’un soin tout particulier est accordé à chaque plan et que la narration fonctionne. La violence des rapports est parfaitement décrite mais montrer le plaisir SM est une gageure de misanthrope, ce que semble être Teruo Ishii.


Orgies sadiques de l’ère Edo (残酷異常虐待物語 元禄女系図, Japon, 1969) Un film de Teruo Ishii.

jeudi 4 décembre 2008

Piano forest


Un jeune enfant part en voiture avec sa mère dans une nouvelle ville pour une nouvelle vie. Les raisons sont familiales mais n’importeront pas sur le récit. Ils passent devant une forêt et le petit Shuhei entend le son d’un piano. Il s’en étonne et admire le son parfait qui est joué. Lui-même est un pianiste, son père – décédé – était un grand pianiste et il a repris le flambeau.


A l’école Shuhei se fait embêter par ses camarades de classe. Il vient de la grande ville pour un village et son aspect bien propre sur lui en fait un souffre-douleur de choix. Il n’y a que Kai pour tenter de prendre sa défense. Kai est à l’opposé de Shuhei. Il a les cheveux blonds en bataille et pratique l’école buissonière. Très vite, les autres écoliers évoquent ce piano dans la forêt et en font un enjeu pour accepter le nouveau venu.


Kai et Shuhei sympathisent et Kai affirme qu’il est le seul à savoir jouer de ce piano étrange égaré en pleine forêt. Shuhei essaie mais échoue. Entre alors en scène le professeur de musique de l’école, un homme taciturne et mystérieux. C’est à lui qu’appartenait le piano : il était un virtuose mais un accident l’a blessé à la main. Le professeur va prendre en charge Kai et l’inscrire au concours de piano des écoliers.


Le Piano dans la forêt commençait presque comme un animé écolo, encore un pensais-je. Mais il bifurque vite vers le fantastique pour arriver sur un charmant récit initiatique où les enfants cherchent non pas à se dépasser, à fournir le meilleur d’eux-mêmes pour la compétition, mais plutôt à découvrir le champ de liberté que leur procure la musique. Le professeur encourage Kai à trouver son propre style. Ainsi lorsqu’une des concurrentes panique avant de jouer, Kai lui confie sa méthode pour jouer.


Le film parle du bonheur, du plaisir de jouer, c’est un film sur la musique et sur la liberté qu’elle procure. On y entend du Mozart et on y voit de l’amitié. En revanche, le film se répète souvent, tourne un peu en rond et aurait mérité un rythme plus allégro ma non troppo.


Piano forest (ピアノの森, Japon, 2007) Un film de Masayuki Kojima avec les voix de Aya Ueto, Ryunosuke Kamiki, Mayuko Fukuda.

Sorties à Hong Kong (décembre 2008)


True women for sale (我不賣身 我賣子宮)
Un film de Herman Yau avec Anthony Wong, Prudence Lau, Race Wong, Sammy, Monie Tung, Sherming Yiu, Chapman To, Jessey Meng, Fung Hak-on, Toby Leung, Siu Yam-yam, Yoka Yue, Siu Fei, Yumiko Cheng, Louis Cheung, Jackie Ma. 90 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 4 décembre 2008.




Legendary assassin (狼牙)
Un film de Wu Jing et Li Chung-chi avec Wu Jing, Alex Fong Lik-san, Celina Jade, Ronald Cheng, Kou Zhanwen, Jiang Baocheng, Lam Suet, Tin Kai-man, Kara Hui, Mark Cheng, Hui Chiu Hung. 89 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 4 décembre 2008.



mardi 2 décembre 2008

Vierges pour le shogun


C’est ma première visite dans l’univers de Teruo Ishii. J’en ai pas mal entendu parler et il a eu l’honneur d’un hommage à un Etrange Festival il y a de cela quelques années. Le titre du film engage forcément sur une voie érotique, ce que l’on appelle le pinku eiga, mais finalement Vierges pour le shogun ne sera pas aussi érotique que ça.


Le film tourne essentiellement autour des luttes de pouvoir entre les différentes cours qui s’affairent dans le château du shogun. Il y a d’un côté la cour d’Edo et de l’autre celle de Kyoto. Chacune se faisant une guerre sans courtoisie pour avoir les faveurs du seigneur. Ishii présente les femmes en premier, il nous fait découvrir la vie du harem, son fonctionnement, ses règles. Quand le shogun arrive et qu’il veut une femme, toutes se mettent en rang d’oignon dans le couloir jusqu'à ce qu’il en choisisse une. Bien entendu, la jalousie est de mise. Enfin, c’est ce qu’affirme la voif off.


Le shogun n’a pas d’héritier et chaque clan aimerait pouvoir lui en donner un. Les femmes officielles du seigneur ne lui plaisent plus, il cherche chaque fois une nouvelle. Là, lors de la fête des femmes, il aperçoit une jeune femme pourvue d’un grain de beauté sur la cuisse gauche. Il fantasme sur elle et la demande. Mais la guerre fait rage et la pauvre servante et torturée à la bougie. On lui fournit une autre servante avec un faux grain, le shogun s’en apercevra. Il commencera à être méfiant.


Plus tard, d’autres servantes tenteront d’avoir les faveurs du shogun. Les scènes de coucherie restent très sobres. Un gros plan sur un visage féminin en alternance avec une estampe japonaise. En revanche, ce qui choque c’est que le shogun séduit ces femmes dans la chambre même du couple, avec sa femme légitime qui entend tout. Le malaise se fait de plus en plus grand. Sa nouvelle maîtresse joue au sumo. C’est l’une des rares occasions de montrer des poitrines dénudées pour pas cher. Puis la troisième sera une princesse de Kyoto, mais le shogun a des doutes sur sa fidélité. On dit même qu’il serait impuissant ou stérile.


L’atmosphère de Vierges pour le shogun se fait pesante. D’autant que l’on quitte jamais l’intérieur du château. Les intrigues atteignent une rare mesquinerie et le seigneur devient au bout d’un moment fou. Dans la dernière demie heure du film, on quitte le château et le shogun cherche conseil ailleurs auprès d’hommes en qui il pense avoir confiance. Finalement, il perdra tout, y compris l’amour de la servante au grain de beauté sur la cuisse gauche.


Vierges pour le shogun (徳川女系図, Japon, 1968) Un film de Teruo Ishii avec Teruo Yoshida.

lundi 1 décembre 2008

Louis Koo

Bullets over Summer




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Louis Koo est un des acteurs actuels les plus intéressants au sein de l’industrie du cinéma de Hong Kong. Grand, beau garçon, une peau sombre, un regard pénétrant, en l’espace de dix ans il a tourné dans des films de tous les genres : wu xia pian, thriller, comédies, romances, polars, films noirs. Il partage l’affiche avec les plus grandes stars et a pour partenaires féminines les plus belles actrices.

Louis Koo commence au cinéma alors qu’il est déjà une vedette du petit écran, comme bon nombre d’acteurs et d’actrices de Hong Kong. Il se fait remarquer par le public dans un banal film de triade Street of fury de Billy Tang (1996). Ses débuts sont modestes puisqu’il ne tourne au milieu des années 1990 que dans des films d’horreur et notamment dans la franchise Troublesome night produite par Nam Yin. Troublesome night est une série de 19 films tournés entre 1997 et 2003 qui s’inspire largement des Contes de la crypte. Herman Yau réalise les six premiers. Louis Koo tournera un autre film avec Yau, Masked prosecutor, un thriller où il partage l’affiche avec Jordan Chan. Il enchaine avec un polar de Ringo Lam The Suspect.

Le premier grand rôle de Louis Koo sera celui d’un flic nonchalant dans Bullets over Summer de Wilson Yip en 1999. Avec son collègue Francis Ng, il doit surveiller des truands. Ils squattent l’appartement d’une vieille dame qui les prend pour ses enfants. Les deux policiers draguent des filles, se créent une famille de substitution. Koo propose ici une performance exceptionnelle (voix traînante, attitude de dilettante, vêtements cool) qui font merveille face à la nervosité de Francis Ng. C’était encore l’époque où il avait les cheveux courts, très noirs avec une raie sur le côté. Ça a l’air d’un détail, mais ce look de gentil garçon est l’une des composantes de ses interprétations.

Après quelques films d’action typiques de Hong Kong (liste dans laquelle on pourrait inclure le tristement raté Legend of Zu de Tsui Hark en 2001), Louis Koo va faire la rencontre de sa vie. Le scénariste réalisateur Chan Hing-kai (connu essentiellement pour avoir écrit Twin effects) va faire de Louis Koo le symbole même de l’homme moderne. Ensemble, ils tourneront pas moins de six films. Le premier de ces films est Born wild, co-réalisé par Patrick Leung en 2001. Born wild est un film de boxe où les acteurs principaux (Louis Koo, Daniel Wu et Patrick Tam) sont filmés avec un érotisme troublant dans une histoire d’amitié entre hommes qui frise l’amour.

Naked ambition

Leung et Chan vont réunir Louis Koo et Lau Ching-wan dans trois films les années suivantes. La Brassière (2001) explore l’insertion de deux mâles au milieu d’un univers féminin. Koo et Lau doivent créer un soutien-gorge révolutionnaire. Ils doivent batailler pour prouver leur virilité face à Carina Lau et Gigi Leung. En 2002 dans Mighty baby, on reprend le même casting (en y ajoutant Cecilia Cheung et la crème des comiques HK : Vincent Kok, Tats Lau, Jim Chim, Chapman To), mais cette fois, nos deux hommes doivent concevoir l’équipement parfait pour un bébé. Les hommes, comme on le sait, n’y connaissent rien aux bébés, avec à la clé une grave question : les hommes et les femmes peuvent-ils vivre ensemble ? C’est à cette époque que Louis Koo prend la tête qu’on lui connaît maintenant : cheveux teints couleur rouille qui descendent derrière la nuque et des pattes devant les oreilles. Koo passe du gentil garçon à l’homme metrosexuel.

On ne sera pas étonné du coup que Chan Hing-kai en fasse, en 2003, dans Good times bed times un flic impuissant face à Sammi Cheung. Dans Naked ambition un éditeur de magazine porno en duo avec Eason Chan. Dans Love on the rocks (2004), un homme qui a une aversion profonde pour la question de l’amour. C’est toute la question de la virilité qui est posée dans les comédies de Chan Hing-kai, avec l’idée que dans le cinéma de Hong Kong, on peut montrer le torse nu d’un acteur mais que sous la ceinture, tout doit rester censuré. Y compris dans sa simple évocation. Certes, ces comédies eurent beaucoup de succès – on le comprend vu le casting de rêve – mais les films restent très imparfaits dans la mise en scène.

Louis Koo ne tourne pas des comédies sexuelles existentialistes. Il œuvre aussi beaucoup dans le divertissement pur sous la caméra de Wai Ka-fai et Johnnie To : Fat choi spirit (2002), un film de mahjong (donc forcément incompréhensible pour un occidental) avec Andy Lau et Lau Ching-wan, Love for all seasons (2003) où il se caricature dans un rôle de playboy face à Sammi Cheng. Tourné par Wai Ka-fai seul, il s’amuse beaucoup dans Fantasia (2004) avec Cecilia Cheung, Lau Ching-wan, Francis Ng et les Twins Charlene Choi et Gillian Chung, avec qui il a déjà tourné dans certains de ses films. Fantasia est une comédie du Nouvel An Lunaire, hommage au cinéma des frères Hui, comiques numéro 1 au début des années 1980. Chaque interprète cabotine à qui mieux mieux.

Throw down
Dans un tout autre registre, il est mis en scène par Johnnie To dans trois films : Throw down (2004) où Louis Koo est un alcoolique. Son jeu rappelle celui de Montgomery Clift. Aaron Kwok et lui forment un duo étonnant de par leur ressemblance physique et le désespoir qui les anime. Il est dans les deux Election (2005 et 2006), Jimmy un jeune membre des triades qui vend des DVD pirates, mais il n’est qu’un second rôle dans le premier opus. Dans Election 2, il devient le personnage principal et le rival de Lok, le Parrain de la Société Wo Sing. Beau rôle. L’année 2006 est faste pour Louis Koo. Il est à l’affiche du blockbuster de Benny Chan Rob B Hood avec Jackie Chan et Michael Hui. Le film, sorti fin septembre 2006 à Hong Kong, un des plus succès populaire de l’année.

Depuis quelques mois, c’est l’un des acteurs de la nouvelle génération qui tourne le plus en diversifiant toujours autant ses rôles : comédie romantique avec Happy birthday, film d’action à testostérone avec Donnie Yen dans Flash point, drame social dans Lost in time. Louis Koo peut désormais porter un film avec son seul nom comme dans le portrait de l’homme raté de Run papa run de Sylvia Chan. Mais il manque une chose à Louis Koo. Contrairement à bon nombre des partenaires qu’il a eus dans ces plus de quarante films, il a été systématiquement oublié aux Hong Kong Film Awards. Piètre détail comparé à son statut d’idole sexy qui remplit les salles de cinéma par la variété de ses choix. Depuis quatre ans maintenant, il tourne environ cinq films par an : comédies du Nouvel an lunaire (les récents All's well end's well 2009, All's well end's well 2010, All's well end's well 2011, All's well end's well 2012 où il remplace avantageusement Stephen Chow en comparse de Sandra Ng), romances de Johnnie To (Don't go breaking my heartRomancing in thin air) et le polar Overheard (encore une fois avec Lau Ching-wan et Daniel Wu).

jeudi 27 novembre 2008

Sorties à Hong Kong (novembre 2008)

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Beast stalker (証人)
Un film de Dante Lam avec Nicholas Tse, Nick Cheung, Zhang Jing-chu, Miao Pu, Liu Kai-chi, Keung Ho-man, Kwok Jng-hung, Sherman Chung, Zhang He, Wong Suet-yin, Wong Sum-yin. 110 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 27 novembre 2008.




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Ballistic (彈道)
Un film de Lawrence Ah Mon avec Simon Yam, Joseph Chang, Han Chang, Leon Dai, Jiwei Fang, Huang Zhongkun, Hu Ting Ting, Ko Chun-hsiung, Lam Ka-tung, Liu Kai-chi, Tseng Kai-xuan, Zhang Guozhu. 101 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 27 novembre 2008.



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Nobody’s perfect (絕代雙嬌)
Un film de Patrick Kong avec Kary Ng, Terence Chui, Joey Leung, Sammy Leung, Tin Kai-man. 100 minutes. Classé Catégorie IIB. Sortie : 27 novembre 2008.


mardi 25 novembre 2008

Le Transporteur 3


Je ne parle de ce film que parce qu’il y a Corey Yuen au générique en tant que chorégraphe des combats. Ce n’est peut-être pas une raison suffisante compte tenu de la faible teneur de combats dans ce film d’action signé Olivier Megaton (on admire le pseudo qui peut vite se transformer en megacon) sur un scénario de Luc Besson.


Bref, c’est encore l’histoire de Frank Martin qui doit transporter un colis, et encore une fois c’est une fille. Elle est ukrainienne dans cet épisode et Frank va mettre une heure à comprendre que c’est elle le colis. Pourquoi pas ? Mais il devrait être habitué à force. Et hop, c’est parti pour un voyage dans l’Europe : on commence par l’Allemagne, on va vite en Roumanie, on renverse quels étals de marché – ça marche toujours les étals de marché, surtout en Roumanie, ils ont plein d’orange à vendre – et on finit en Ukraine. Le motif de la livraison est simple. Notre jeune ukrainienne est la fille du ministre de l’environnement et elle a été enlevée par des mafieux qui aiment la pollution.


Besson a regardé Hyper tension puisqu’il fait de Jason Statham, non plus un prisonnier du temps (il avait une heure pour ne pas mourir et courrait dans tous les sens, c’était génial) mais de sa voiture. Idée idéale pour faire de la pub pour cette marque automobile le personnage principal du Transporteur 3. S’il s’éloigne de la bagnole, Jason explose. Comme ça la caisse est de tous les plans. Le film fonctionne sur un mode très simple : Jason et l’Ukrainienne discutent dans la voiture, puis ils s’arrêtent, des méchants arrivent, Jason se bat et ils repartent.


Donc, Corey Yuen et les combats. Du banal, du très banal. Mais Megaton les filme tellement mal que tout devient illisible. Il y a vraiment un plan toutes les secondes. Bien entendu, on comprend que Jason est au centre de l’action. Je retiendrai la scène dans un garage bavarois où Jason enlève ses fringues pour foutre leur raclée aux ennemis. Sinon, le film est un monument d’ennui, les blagues sont bas de plafond. On dirait même qu’ils tentent de recycler les fondamentaux de la franchise en laissant penser que ce sont des classiques. La franchise Transporteur, un classique ? Allons bon, quelle naïveté !


Enfin, ce qui ressort, c’est qu’on est loin d’autres films d’action actuels qui essaient de se projeter dans le monde d’aujourd’hui en intégrant les grands conflits mondiaux ou la lutte des classes. Là, la pollution reste très une simple hypothèse. Besson et Europacorp ne sont plus du tout dans l’air du temps. On appelle ça des ringards.


Le Transporteur 3 (France, 2008) Un film d’Olivier Megaton avec Jason Statham.

dimanche 23 novembre 2008

Une famille chinoise


Comme son titre l’indique bien, c’est autour de la famille que tourne le sujet du nouveau film de Wang Xiaoshuai, cinéaste chinois spécialiste des festivals où la plupart de ses films sont repartis avec des récompenses. Une famille chinoise a d’ailleurs reçu à Berlin cette année l’Ours d’argent du meilleur scénario. Le titre en chinois signifie « gauche, droite », ce qui se rapporte à la première séquence où le personnage de la mère de famille indique au conducteur quelle direction prendre.


C’est justement l’enjeu du film. Quelle direction doivent prendre les parents de Hehe, un petite fille atteinte de cancer. Sans greffe de moelle épinière, ses chances de vie sont très limitées. La mère de Hehe a divorcé et s’est remariée. Avec son deuxième mari et sa fille, elle vit dans un immeuble d’une ville nouvelle, Shanghai sans aucun doute. La ville est triste, on ne quittera pas les barres d’immeubles déshumanisantes. La pollution atmosphérique est visible. La famille mène une vie qui va devenir morne une fois la maladie de la fillette décelée.


Le père de Hehe n’est pas compatible, la mère non plus. Il a également une nouvelle femme dans sa vie. Là, va se poser une question pour sauver l’enfant, comment faire pour trouver un donneur ? Les deux parents biologiques vont donc aller à l’hôpital pour faire une insémination in vitro, avec comme objectif de donner un petite sœur ou frère à Hehe. Mais malheureusement, après trois tentatives, la mère ne se retrouve toujours pas enceinte.


Auparavant, il aura fallu convaincre les conjoints respectifs. Le deuxième mari est prêt à s’effacer pour rendre la santé à sa fille adoptive. C’est un personnage touchant. Il a toujours le sourire mais on sent bine son malaise face à la situation. Dès qu’une discussion s’entame, il part acheter un paquet de cigarettes. Sou sourire de façade, il le gardera constamment pour aider sa famille. Quant à la nouvelle épouse, elle refuse catégoriquement jusqu’à ce qu’elle voit l’enfant.


Wang Xiaoshuai, avec un sujet aussi mélodramatique, parvient à constamment rester sobre dans sa mise en scène. Il n’utilise jamais d’effets dramatiques mais laisse au contraire le temps aux personnages de comprendre les situations. Il laisse du temps aux scènes, pour que le drame se noue et se dénoue. On est loin du soap apéra, même si le père pense que sa vie ressemble à une série télé.


Une famille chinoise est un film lent, souvent sombrement éclairé, sans musique mais constitué de beaux plans. Je retiendrai celui de la conversation entre les deux époux où chacun est flou à tour de rôle, comme pour signifier que leur vie est troublée. On peut y voir une critique de la Chine urbaine et de sa politique de l’enfance. Si la mère ne peut sauver sa fille, c’est parce qu’elle a du avorter après son unique enfant. Un beau film.


Une famille chinoise (左右, Chine, 2007) Un film de Wang Xiaoshuai avec Liu Weiwei, Zhang Jiayi, Chen Taisheng, Yu Nan, Zhang Chuqian.

mercredi 19 novembre 2008

Dictionnaire du cinéma asiatique : à acheter, à lire, à offrir

C’est un beau livre, comme il s’en fait peu. Abondamment et richement illustré : chaque article est accompagné de plusieurs photos de grande qualité et, parfois, couvrant une page entière. C’est un ouvrage collectif dirigé par Adrien Gombeaud, rédacteur à la revue mensuelle de cinéma Positif. Les auteurs des articles viennent de différents pays, beaucoup sont français (et pas mal de la chapelle Positif, justement), mais d’autres proposent leur vision de l’intérieur même de l’industrie.


Dans son introduction, Gombeaud pose le vrai problème d’un dictionnaire du cinéma asiatique, soit qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire. « Cinéma asiatique » ou « cinémas d’Asie », questionne-t-il avec raison et sa réponse est judicieuse. Donc, les cinémas d’Asie, du Pakistan à la Corée du Nord, de la Mongolie à l’Indonésie, du Népal au Cambodge, pour ne donner que les nations dont pratiquement aucun film ne sont venus jusqu’à notre Europe. L’auteur avertit également que le dictionnaire ne sera pas exhaustif et que le choix de ces 420 entrées fera des frustrés. En effet, il y manque de nombreux noms d’acteurs ou de réalisateurs que l’on aime, que l’on défend. Chacun peut faire sa propre liste de noms.


Ce qui frappe le plus quand on feuillette, puis qu’on lit, le dictionnaire, c’est une impression que l’ouvrage est complet, qu’il ne manque rien. C’est un travail de fond de ne pas mettre le superflu mais, au contraire, l’essentiel. C’est un travail éditorial qui permet au dictionnaire de dépasser l’idée de « cinéma asiatique pour les nuls », pour reprendre le titre de ces ouvrages d’initiation à la mode.


De A l’est des rails à Preity Zinta, les entrées sont évidemment d’ordre alphabétique, ce qui évite de privilégier tel article. Encore une fois, l’effort fait pour évoquer les nations méconnues (Pakistan, Népal, Viet Nam, Laos, Indonésie) est essentiel et remarquable. En environ quatre pages, les grands mouvements de chaque nation sont abordés. Cela vaut aussi pour les pays les plus connus (Japon, Hong Kong, Chine, Thaïlande), mais on sait que pour ces cinémas, il existe des ouvrages très complets. Comprendre les différentes évolutions du cinéma dans chaque coin d’Asie montre que les disparités sociales, politiques et économiques ont provoqué, au fil des décennies, des disparités.


Parfois le cinéma devient un pur moyen de propagande (Chine, Corée du Nord), parfois un tremplin pour la politique (Inde), souvent une expression artistique, et c’est bien le moins. De ce point de vue, choisir qui est le plus représentatif pour chaque nation est une gageure. Les meilleurs portraits sont ceux qui illustrent l’Inde, surtout ceux écrits par Ophélie Wiel et par Kartik Singh, qui nous fait partager sa passion pour quelques divas locales et quelques films que l’on aimerait voir.


A l’inverse, le cinéma de Corée du Sud est sans doute trop abondamment analysé, parfois en doublon. Il n’était pas nécessaire d’écrire un article à la fois sur Fantasmes et sur son réalisateur. Cela vaut aussi pour Kim Ki-duk et son Locataires, annoncé comme son film somme, mais Kim est-il un si grand cinéaste que ça. Plus irritantes, les textes sur les actrices de Hong Kong, comme celui sur Cecilia Cheung où l’auteur passe deux paragraphes sur sa vie privée, dont on se moque. Il aurait été préférable de parler de sa voix unique dans le cinéma cantonais.


Quelques films sont analysés, quelques veut dire peu. Beau texte sur Le Roi des moghols, intéressante analyse des différents Devdas, fine critique du film somme La Condition de l’homme, beaux passages en revue des Tora San et des Zatoichi. Sinon, que des films sortis ces dix dernières années et souvent des choix bien anecdotiques (encore le cinéma coréen). Ou presque. Enfin, quelques chefs d’œuvre japonais sont chroniqués : des films de Kurosawa, Ozu, Mizoguchi ? Oui.


On apprend beaucoup de choses. Au détour des pages, le portrait de Shu Qi est encadré par un texte sur Sholay et un article sur Norodom Sihanouk, le roi cinéaste du Cambodge. Plus en avant, on lira l’influence du tyran Kim Jong-il et sur le cinéma nord coréen. On découvrira qui est l’actrice Rekha, qu’en Indonésie l’acteur Nico Saputra est une star malgré son jeune âge, que les Laotiens se passionnent pour les soap thaïs, qu’en Inde on tourne autant de films en telugu qu’en hindi. Et bien d’autres choses encore qui font de ce dictionnaire du cinéma asiatique plus qu’un beau livre, un livre passionnant.


Dictionnaire du cinéma asiatique, sous la direction d’Adrien Gombeaud, Editions Nouveau monde, 640 pages, 49 €.